NOUVELLES D’AILLEURS DE MINT DERWICH : PEUPLE VOLATILE…

derwic mariem pensive_6Nous sommes un peuple volatile. Un peuple éthéré, un peuple à nul peuple semblable. Un peuple parmi tant de peuples, certains aussi volatiles que nous, d’autres bien solides. Nous, nous sommes des « volatiles » : à peine une empreinte sur la terre, hormis sur la nôtre, et encore… Nous sommes un peuple volatile. Tellement volatile que nous nous sommes volatilisés, en partie, deux fois. Un matin de 1975, nous nous sommes réveillés et nous avions perdu le Nord et ses humains volatiles. Nos volatiles des frontières avaient disparu. Mais comment donc était-ce possible ?, marmonnaient nos politiques d’antan… On ne peut se volatiliser ainsi !

Mais c’est ainsi, nous nous étions auto-volatilisés. Le Tiris redevenait territoire vierge de ses volatiles. Nous imaginions bien que ces volatilisés-là étaient partis rejoindre d’autres volatiles dans des camps de résistants… Du coup il a fallu décider, pour nos volatiles politiques, de tenter d’ancrer un lieu de fermeté géographique, genre montagnes, bathas, oueds et tutti quanti. Des volatiles intelligents ont désigné un de nos espaces comme centre de tout ce qui se fait, l’Adrar. Il nous a fallu nous arrimer, nous volatiles lambda, à ces montagnes devenues centre des pouvoirs. Pas facile, pour un volatile léger comme un souffle, de s’accrocher à une montagne ! Ça a duré vingt-et-un ans. C’est long, vingt-et-un ans de volatilités, tentant, désespérément, de tenir à une paroi politique….

La seconde fois que nous nous sommes volatilisés, ce fut en 1989 et durant les années qui ont suivi. Notre Sud s’était, lui aussi, en partie volatilisé, volatiles gens et volatiles vies et volatiles sangs, obligés à la volatilité forcée. Forts de ces deux volatilisations qui avaient volatilisé et notre Nord et notre Sud, nous avons décidé que nous devions rester volatiles. Histoire de ne pas devenir fous. Nous sommes tellement volatiles que, dans notre royaume aux frontières bien droites, mathématiques, très «  Garde-à-vous… vous ! » – Je ne compte pas les petits moments de poésies que sont les rares coins de notre bled qui ne sont pas tirés au cordeau et qui divaguent de-ci, de-là – nous avons décidé d’être des volatiles zigzag : nous zigzaguons, entre humour ravageur et jouissif, colère, fatalisme, plénitude, amertume, etc., etc. Faut bien se consoler de tant de rectitude géographique ! A chaque frontière impeccablement tirée, nous répondons par un zigzag…

Nous sommes tellement volatiles que même notre armée l’est, contre toute logique martiale. Un jour, cette armée s’est volatilisée des casernes et s’est installée, volatile corps, à la tête de notre Nation volatile. Grand moment de magie. Nous avons observé, quelque peu dubitatifs, cette volatilisation militaire. Puis nous avons accepté, fatalisme oblige. Nous sommes tellement volatiles que nous disparaissons, régulièrement, dans la nuit totale des désormais célèbres coupures électriques de notre très volatile Somelec. A peuple volatile, électricité volatile. CQFD. Nous sommes tellement volatiles que nous avons décrété que nous n’existions que les jours de meeting politique et de « votations ». Entre ces deux moments, nous disparaissons, tout occupés que nous sommes à être des fantômes. Les volatiles politiques, d’ailleurs, ne nous en demandent pas plus…

Nous sommes tellement volatiles que nous regardons, dans un autre espace-temps, un truc appelé le Dialogue. C’est comme au ciné, le popcorn en moins. Nous sommes si volatiles que nous pensons que nous existons, peuple volatile, errants sur un espace tout aussi volatile. Nous sommes persuadés que nous sommes les meilleurs volatiles du monde. Et que ce même monde ne rêve que de notre volatilité. Pour ce nous avons de télévisions volatiles, la première et la plus volatile est la TVM. Celle-là se volatilise tellement de fois que nous nous concertons pour savoir si elle ne mérite pas la palme de la volatilité la plus volatile. Mais nous l’aimons bien notre volatile TVM… Elle fait un arrière-plan sonore somme toute convenable.

Nous sommes tellement volatiles qu’une partie des Nous Z’Autres volatiles a décidé de volatiliser le bien commun, tout volatil soit-il. Rien que de bien raisonnable, dans tous ces biens volatiles qui dorment sous notre nez. Il faut bien passer le temps… Nous sommes si volatiles que même nos infrastructures le sont devenues, solidarité oblige. Le goudron de la route de Rosso s’est volatilisé, lui aussi, tout heureux de retrouver sa liberté. La route de l’Espoir n’est plus qu’un espoir volatilisé et volatile. Du coup, nos voitures, ou ce que nous appelons ainsi, se volatilisent aussi, volatilisant des volatiles Nous Z’Autres.

Dans notre capitale volatile, le goudron citadin, pour ne pas être en reste, a décidé de se volatiliser aussi, avec la manière : il attend la pluie et, hop ! bye bye, la compagnie, je me fais la malle volatile ! Nous sommes volatiles, à tel point qu’une partie des Nous Z’Autres volatiles n’a aucun ancrage dans la terre et met un point d’honneur à ne s’attacher à aucun lopin de terre. Ces volatiles-là ne sont qu’oiseaux de passage, dans des lieux volatiles qui ne survivent que sous forme de poésie. Nous sommes des volatiles, presqu’heureux, presque…

Nous nous volatilisons dans les grandes chaleurs et redevenons mirages, nous grelottons de tous nos membres volatiles quand il fait froid. Nous nous envolons les jours de grand vent. Nous avons les rires volatiles de ceux qui se débrouillent et regardent passer les nuages volatiles. Nous sommes tellement volatiles que nous mettons au monde des enfants volatiles. Ils sont si volatiles, ces enfants nôtres, qu’ils se volatilisent même lors du bac ! De volatiles à volatiles extrêmes… C’est le grand maraboutage de notre Education nationale volatilisée.

Même nos morts se volatilisent… Même nos prisonniers se volatilisent… Même nos mosquées se volatilisent : un jour elles apparaissent, résultat volatile d’une aide financière volatile d’une association volatile. Pendant un mois, ces mosquées-là font leur boulot de mosquée puis se volatilisent, laissant des murs vides et volatiles et des croyants volatiles interloqués. Nous sommes donc des volatiles heureux, presqu’heureux… On n’attend pas grand-chose d’un bonheur volatile. On en profite quand il vient, on attend quand il s’en va. C’est le grand Karma volatile : nous nous volatilisons en dormant… Et nous rêvons que nous devenons vrais. Salut

Mariem mint Derwich

Source: Adrarinfo

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