Nouvelles d’ailleurs : Délestages….

derwich_mint_meriemeEt voilà ! Notre Somelec nationale et inter sidérale a gâché la Saint Valentin… au grand dam des amoureux. Pour ceux qui s’aiment séparés, ce fut un grand moment de solitude, vu les coupures électriques…
Il y avait le choix : soit le téléphone, soit l’ordi, étaient à sec, à plat. Juste au moment où les amoureux se préparaient à se fêter tendrement leur sentiment réciproque (réciproque , c’est mieux).
Comme quoi… Entre un réseau téléphonique qui joue les filles de l’air, plus porté à prendre ses babouches à son cou et à filer, et le sempiternel « Jour / Nuit » qui est la marque de notre société « électrifiante », dur dur d’aimer, de se le dire, de se souhaiter toutes les jolies petites choses que les amoureux se souhaitent….
OK, la Somelec avait prévenu, se fendant d’un communiqué, suite d’une longue liste de communiqués, où nous était expliqué qu’il y aurait pendant 3 jours des coupures de courant.
Z’auraient pu s’épargner ce blabla, vu que nous vivons TOUJOURS dans l’ère « une fois tu me vois, une fois tu ne me vois plus ! Coucou ! ».
C’est même notre marque de fabrique : l’électricité bégayante, en pointillé… l’électricité rectifiée, pensée, fabriquée à la mode des Nous Z’Autres.
Chez nous l’électricité n’est pas une électricité normale. D’abord elle est génétiquement nomade, comme le peuple qu’elle est censée éclairer. Elle va de par le vaste monde des réseaux électriques, une fois entre tels poteaux, une autre fois ailleurs.. Elle court les sables notre électricité…Elle a les watts voyageurs, grand arpenteur de nos brousses et de nos villes.
Une vraie bougeotte…. L’hyper activité de ceux qui s’ennuient en restant à la même place et qui lèvent le nez aux nuages afin de décider de la route à prendre…
Dans le langage opaque des techniciens es- électricité à hoquets on appelle ça « délestages»….
Z’ont bien vu : nous sommes délestés de ce pourquoi nous payons…ça s’appelle le braquage de la banque, le grand hold up à la Nous Z’Autres, l’attaque de la diligence…. Et tout le monde y a droit, riches comme pauvres, pauvres comme « au milieu », avec quand même certaines nuances. Dans les quartiers riches les délestages se font brefs…. Dans les quartiers pauvres ils durent, ils durent….
Faut dire que les pauvres ne sont pas censés posséder des choses à recharger à la fée électricité…
Leur téléphone portable ? Qu’ils pédalent, Monsieur, qu’ils pédalent ! Un pauvre qui pédale est un pauvre qui ne pense pas à râler….
D’ailleurs manquerait plus que ça qu’il râle à cause des délestages…. C’est toujours plus marrant de prendre aux pauvres pour redistribuer aux riches…Dans l’autre sens, c’est d’un commun !
Qu’y a-t-il de jouissif à délester les riches alors qu’il est plus simple de délester un pauvre ? Essayez, vous verrez….
En plus, les riches, ils s’en foutent royalement des délestages « électrifiés » : ils ont des groupes électrogènes… Vous voyez ? Pas marrant de délester des gens qui se fichent d’être délestés comme de leur premiers poil au menton…. En période, fort nombreuse, de délestages, un riche peut montrer au monde entier qu’il est riche en allumant son groupe électrogène…
Un citoyen lambda, c’est à dire, non riche, tendant plutôt vers la sobriété imposée et non heureuse, en cas de délestages, se contente de lever les bras au ciel et de s’armer du légendaire fatalisme qui nous anime dès lors que rien ne fonctionne….
On allume les bougies. On ferme son ordinateur (et tant pis pour les choses vachement intéressantes que nous racontions au même moment sur FB), on évite de téléphoner, on s’allonge sur le matelas et on attend que la lumière revienne….
Et on râle, on râle… On râle en rond. On râle dans toutes nos langues nationales. On promet à la Somelec toutes les représailles. On maudit ses descendants jusqu’à la millième génération…. On finit par s’assoupir pour se réveiller d’un coup en braillant « merde, merde, j’ai raté l’heure de la prière », vu , qu’évidemment, le muezzin d’une des milliards de mosquées qui nous entoure n’a pas pu appeler et que nous avons raté l’heure….
Parfois l’électricité revient….ça c’est quand nous sommes très gentils. Je ne sais pas comment la Somelec mesure la gentillesse des Nous Z’Autres et décide de nous récompenser, mais je suis sûre qu’il y a un bureau des « gentillesses et cadeaux». Peut- être que c’est à la tête du client….
Ou, alors , à la tête de celui qui décide quand il va ré appuyer sur le bouton afin de nous rendre la modernité.
Modernité, je le rappelle au passage, qui coûte un âne et un cheval et un chameau réunis. Car chez nous l’électricité coûte cher. Très cher. Tellement cher que les jours de remise de factures, les services des urgences sont remplis de cardiaques….
Pour les nouveaux habitants de notre pays, voici, en gros, à quoi ressemble le délesté local, et le rituel qu’il entreprend pour lire sa facture :
imaginez un papier / facture, tout propre, tout gentil, à l’apparence inoffensive. L’heureux délesté sait, troisième sens, que ce papier là n’est pas un papier comme un autre. Que ce papier là est un crocodile. Qu’il annonce une journée merdique et une grande catastrophe.
Alors, commençant à transpirer, il jette d’abord un regard rapide et en coin sur la facture…. A-t-il vraiment vu tous ces chiffres ? Tant que ça ? Pas possible….
Il jette un second coup d’œil , puis il se dit qu’en tenant le papier à l’envers il ne va pas voir l’inéluctable . Parfois il peut aussi se mettre la tête en bas, loucher, jeter le papier en l’air….Tout est bon pour amortir le choc « délestable »
Mais, au bout de plusieurs efforts infructueux pour tenter de faire du truc à 5 chiffres minimum, avec de gros gros chiffres en premier, un truc sympathique et inoffensif, le malheureux est bien obligé d’admettre la dure réalité : il va devoir enrichir le riche….
Il tente de compter les heures où il fut « délesté », en vain. Il se rappelle toutes les fois où il n’a pas pu terminer son feuilleton à la télé… Il pense à la nourriture qui a pourri dans son frigidaire, redevenu simple objet d’ornement….
Il se souvient des fois où, de bien entendu, il y eut coupure au moment où il était plein de savon et de shampoing sur la tête et qu’il n’y a plus eu d’eau car le surpresseur, ne fonctionnant qu’à l’électricité, s’est mis aux abonnés absents au moment de la panne…. Il revoit avec émotion ce moment extraordinaire où son téléphone a affiché « batterie faible, 5 % démerde toi vieux sinon tu es cuit » et qu’il devait appeler, pour la Saint Valentin, par exemple son double amoureux….
Il sait, à ce moment là, qu’il vient d’entrer au purgatoire.
Qu’il va devoir payer cette fichue facture car, de bien entendu, la vitesse et la rapidité légendaire de notre Somelec à nous couper le courant est aussi de mise à exiger le paiement de ce même courant qu’elle nous offre au compte goutte…. Pas payé dans les temps, et, hop, coupure générale.
D’ailleurs je me demande quelle est la différence entre « je te coupe le courant, délestages techniques obligatoires » et « je te coupe le courant car tu n’as pas payé »
Dans les deux cas c’est du pareil au même : tu paies, on te coupe le courant, tu ne paies pas on te coupe le courant…..

Délestages qu’ils disent…..

Mouais….

En tous cas, j’ai une pensée émue pour tous les Valentins et toutes les Valentines qui ont du faire ceinture et n’ont pas pu se parler.
Et même si certains viennent nous raconter que la Saint Valentin c’est haram, forts de cette propension à « haramiser » même ce qui’ ne l’est pas, moi je proteste : Madame la Somelec, vous avez gâché ma Saint Valentin. Et tant que j’y suis, Messieurs les opérateurs téléphoniques aussi, vu que vous nous faites payer un service nomade et dont le réseau est la pire chose que je connaisse après les anchois sur la pizza….

A tous les « délestés », bien le bonjour !

Salut

Mariem Mint DERWICH

Source : Le Calame

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