Nouvelles d’ailleurs : Dialogue, vous avez dit Dialogue ?

ailleursJe dialogue, tu dialogues, il / elle dialogue, nous dialoguons, vous dialoguez, ils / elles dialoguent…. Sans oublier le très injustement méprisé et pourtant si populaire, « on »dialogue.
« On » nous avait déjà tympanisé avec THE Summit Arabe, le seul, le vrai, sommet éclair et quelque peu avorté, malgré les dires de ses aficionados. « On » nous tympanise maintenant avec THE Dialogue, notre arbre à palabres à nous, notre Majlis local, assemblée des sages, notre Think Tank des sables….
Attention, petite précision utile : je n’ai rien contre un dialogue. Nous Z’Autres Z’Africains, étant les rois du bavardage et de l’art de palabrer des heures afin de savoir si un cheveu se coupe en deux ou en quatre, quoi de plus normal que cet exercice grandeur nature du «bavardage » entre amis de bonne compagnie.
D’autant plus que ces grandes assemblées bavardantes ont au moins un avantage social : pendant que les « bavardants » sont enfermés à bavarder, ils sont quitte de faire des conneries dans la rue. Ils pourraient traîner dans les cafés….ou dormir devant notre TVM.
Bref..ça dialogue dur.
C’est le Dialogue Inclusif ( « Inculsif » galou la TVM…. je ne suis pas sur d’avoir tout compris de l’inversion des lettres…Je n’oserais pas…) censé rapprocher les inconciliables, faire le point sur la situation du pays, être force de proposition et aboutir, notre Sultan l’a dit, à un référendum portant sur les modifications constitutionnelles proposées par tous les « dialogants »….
En gros, pour résumer et pour faire court et à l’usage des bourricots que nous sommes, notre Rais applique une tactique très féminine : faire en sorte de faire croire, TOUJOURS, à l’homme de notre vie que c’est lui qui vient de pondre une idée géniale ( sans qu’il voit, de bien entendu, que c’est nous qui avons fait en sorte qu’il croit dur comme fer qu’il vient d’inventer l’eau chaude). Ici, faire dire par les dialoguistes Réunis ce qu’il pense très fort mais ne dira point, à savoir : 3° mandat…Peut être….
Subtil….
L’opposition ayant peu poliment refusé l’invitation à la palabre, les fanas du Dialogue National Inclusif ont donc assemblé toute une brochette d’invités, histoire de justifier le truc.
Avec des bizarreries très rimiennes : comme l’invitation lancée aux FPC alors que le même pouvoir a refusé à cette organisation l’autorisation de se constituer officiellement en Parti… Je ne te reconnais pas mais je me souviens que tu existes quand j’ai besoin de montrer à tout le quartier que mon Dialogue concerne toutes les Mauritanie, même celles à qui je dénie le droit d’être un parti…
Je n’ai pas tout compris là aussi. Mais je passe….
Moi je veux bien… Les contradictions ne nous ayant jamais étouffés, pourquoi pas ?
Idem pour le Dialogue.
Sauf que.. Il y a toujours un « sauf que », sinon ça ne serait pas marrant.
Un Dialogue ( ou consultation) j’aimerais savoir ce que cela veut dire. Si nous partons de l’origine du mot, qui signifie l’entre parole, de quelle parole il s’agit ?
Qu’est ce qui est demandé aux dialoguistes ? Dresser un état des lieux de notre pays ? Applaudir le pouvoir ? Critiquer ? Proposer ? Réformer ? Amender ?
Quand le Président Balas a parlé, par exemple, qu’elles ont été les propositions ? Y a-t-il eu propositions ?
Faut il se réunir pour faire un état des lieux, établir des constats ?
Si un pouvoir qui met en place des politiques, qui décide des lois ( ouais, je sais, il y a l’Assemblée…Excusez moi, je passe là aussi…), qui décide de l’orientation idéologique d’une Nation et d’une façon de se penser, donc de nous penser, qui régit chacun de nos souffles, chacune de nos actions, qui élève comme il fait dégringoler, qui choisit une politique économique précise, etc, a besoin d’un Dialogue pour dresser un bilan qu’il connaît par cœur, à quoi donc sert ce fichu blablabla ? Depuis quand le consensus est devenu la marque de fabrique de ce pouvoir là ?
A se faire encenser pour le retour des réfugiés, en occultant sciemment le fait que c’est Sidioca qui avait tout enclenché, qu’il voulait même faire revenir les déportés au Mali ( ce que son rectificateur n’a pas voulu)… ?
A zapper un moment de notre histoire politique, celle du très éphémère Sidi Ould Cheikh Abdallahi, homme des militaires mais qui a tenté de se libérer d’eux ?
A faire comme si nous n’avions pas voté ?
Pourquoi cet empressement à toujours flatter, encore flatter, toujours flatter ?
Si le pouvoir ne sait pas ce qui se passe, ce dialogue n’a aucun sens, hormis de faire accroire à une démocratie « normale » où tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes…
Un dialogue sans l’opposition n’a pas de sens.
Un dialogue où la louange tient lieu de réquisitoire et de proposition n’a pas de sens.
Un dialogue où les vrais problèmes du pays, ceux qui nous minent, les dénis des droits, l’exclusion, la misère, le racisme à peine teinté de certains, le communautarisme, l’hypocrisie, la faim, la soif, la mortalité infantile, la violence… ne sont pas abordés de face et sans faux semblants idéologiques, n’a pas de sens.
Parler de démocratie informelle, c’est à dire de l’égalité et de citoyenneté, sans parler de la « vraie » démocratie, à savoir, la démocratie économique, n’a pas de sens.
Car s’il faut parler de nous, parlons donc de ce qui nous fait défaut : le droit au travail, le droit à la survie, le droit de vivre bien.
Parlons donc du droit à l’eau, du droit à l’électricité, du droit à l’école, du droit à la vie, du droit à être soigné…
Parlons aussi du droit à la justice, du droit à être bien traités, du droit de grève, du droit de manifester, du droit à porter plainte contre l’État, du droit à ne pas subir des procès politiques camouflés en procès pour destructions de bien d’autrui, parlons du droit des cultivateurs dont on a spolié les terres, le grand accaparement.
Parlons du droit à pouvoir marcher dans les rues de certains quartiers , la nuit, quand on est noir, sans se faire rafler.
Parlons du droit à refuser le racket des forces de l’ordre. Parlons du droit à exprimer une pensée différente de la religiosité étriquée ambiante.
Parlons du droit d’expression, non pas le pseudo droit d’expression que donne l’image d’une certaine presse, mais celui de la liberté d’expression personnelle.
Parlons du droit à ne pas vivre sur le trottoir, à ne pas mendier, à ne pas se prostituer pour manger.
Parlons du droit à ne pas être mariée précocement, à ne pas être excisée, à ne pas être battue, à ne pas être violée et être accusée de zina.
Parlons du droit à ne pas subir, coups d’état excuse après coup d’état excuse, à subir une armée qui s’est accaparée le pouvoir et qui ne le lâche plus, même si elle s’habille de vêtements civils.….
Il tombe à un point nommé ce dialogue, celui de la pré campagne présidentielle permanente. Le candidat futur, quel qu’il soit, pourra faire valoir son Sommet Arabe, son Dialogue, fascinant les populations dans chaque moughataa traversée.
Et opposant le « bilan » de son opposition qui s’est exclue de tout…
Bref…
Ce n’est pas à un dialogue que nous assistons, mais à une primaire… avec, pour le moment, un non candidat mais candidat en campagne permanente….

Salut

Mariem Mint DERWICH

Source : Le Calame

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