Nucléaire iranien: ultimes négociations pour l’introuvable accord

Les discussions sur le nucléaire iranienLes ministres des grandes puissances sont rassemblés à Lausanne, en Suisse, pour finaliser un accord sur le nucléaire iranien. Ils se sont retrouvés deux fois autour de la même table depuis dimanche 29 mars. L’objectif est de trouver une solution à ce dossier qui empoisonne les relations internationales depuis 2003 et s’assurer que l’Iran ne développe pas un programme nucléaire militaire qui lui permettrait de fabriquer la bombe atomique.

Trois points de blocage majeurs pèsent sur ces négociations. Le premier, c’est la durée de l’accord. S’il est obtenu, le programme nucléaire iranien sera soumis à un contrôle international, mais pour combien de temps ? Quinze ans disent les 5+1, moins de dix ans réclament les responsables à Téhéran qui ne veulent pas rester sous la loupe des inspecteurs internationaux durant une période trop longue.

Arrivent en deuxième position les différentes sanctions internationales : européennes, américaines et de l’ONU, votées par le Conseil de sécurité. Téhéran souhaite qu’elles soient levées immédiatement. Les 5+1 parlent d’une levée progressive avec plus ou moins de flexibilité, mais surtout la possibilité de les remettre en place très rapidement en cas de violation.

Dernier point de blocage : les garanties. Les six grandes puissances sont exigeantes. La République islamique a violé la loi durant des années, il est donc impossible de lui signer un chèque en blanc. Il faut du temps pour retrouver la confiance perdue.

Un accord à trouver dans l’urgence

Malgré ces trois points de blocage, la date limite pour trouver un accord est fixée à demain soir, mardi 31 mars. Mais les négociateurs sont habitués à travailler dans l’urgence. Comme le rappelait ce week-end un diplomate occidental : les Iraniens aiment bien négocier au bord du précipice.

Dans les couloirs du Beau-Rivage Palace, où se tiennent les négociations, un autre diplomate européen se rappelle encore de l’accord-cadre signé par les 5+1 et l’Iran en novembre 2013 à Genève. Quelques heures avant sa signature, la situation était aussi bloquée qu’aujourd’hui. La situation peut évoluer rapidement vers un accord signé ou, au contraire, se diriger vers un échec.

Plusieurs issues possibles

S’il existe trois points de blocage dans ces négociations, il y a également trois scénarios envisageables.

Le premier est le scénario optimiste : un accord entre l’Iran et les grandes puissances. S’il est signé, il ne restera plus que des détails techniques qui devront être finalisés d’ici au 30 juin.

Deuxième scénario : aucun accord n’est signé mais il y a une entente. Autrement dit, les négociateurs ont assez avancé pour ne pas abandonner mais pas assez pour conclure. Les discussions pourraient donc se prolonger quelques jours encore.

Troisième possibilité, la plus redoutée, c’est l’échec. Dans ce cas le Congrès américain, qui doit se réunir à la mi-avril, ne se gênera pas pour voter de nouvelles sanctions contre l’Iran. Si elle est sanctionnée, la République islamique n’aura plus de raison de maintenir le gel partiel de son programme nucléaire et il sera totalement hors de contrôle. Retour à la case départ.

Des discussions au ralenti

Il ya eu peu d’avancées ces derniers jours. Le ministre russe des Affaires étrangères a assez bien résumé la situation. Lorsque la question : « Etes-vous optimiste ? » a été posée à Sergueï Lavrov sa réponse a été : « Je ne suis pas payé pour être optimiste ». Depuis dimanche soir, les ministres se sont vus à plusieurs reprises, mais les lignes ne bougent pas. Chacun ne fait qu’exposer au final une situation déjà bien connue.

Ce même diplomate européen a dit toute sa détermination pour que ces négociations aboutissent : « Si jamais on n’y arrive pas, confie une source diplomatique européenne, personne ne prendra ses valises pour rentrer chez lui. Les deux parties continueront de discuter sereinement. L’idée n’est pas que les uns fassent mordre la poussière aux autres. » Mais il a également conscience qu’il sera difficile d’expliquer un échec aux différentes opinions publiques, aussi bien en Occident qu’en Iran.

Israël fermement opposé à un accord sur le nucléaire iranien

« Conclure un accord avec l’Iran équivaudrait à récompenser l’impunité dont jouit ce pays », affirme Benyamin Netanyahu. Le Premier ministre israélien critique les grandes puissances qui fermeraient les yeux sur le soutien iranien aux rebelles chiites au Yémen, nous rapporte notre correspondante à Jérusalem, Murielle Paradon. Il dénonce même un « axe Iran-Yémen-Lausanne », Lausanne étant la ville où se déroulent les négociations.

Benyamin Netanyahu tente, jusqu’au bout, de torpiller les discussions. Il a toujours été contre un accord avec l’Iran. Il est allé jusqu’au Congrès américain au début du mois pour tenter de convaincre les parlementaires américains, quitte à se mettre Barak Obama à dos.

Pour le Premier ministre israélien, l’Iran est et demeurera une menace. Il affirme que, même après un accord, les Iraniens construiront la bombe atomique et mettront en danger le peuple juif et le monde entier. Sa rhétorique sécuritaire a en tous cas convaincu son électorat. C’est en partie grâce à ces discours basés sur la peur que Benyamin Netanyahu a été réélu comme Premier ministre en Israël.

Prudence et espoir à Washington

L’administration Obama ne laisse rien filtrer sur cette phase essentielle de négociation avec l’Iran, commente notre correspondante à Washington, Anne-Marie Capomaccio. Le porte-parole du président a toutefois pris la peine de démentir les informations pessimistes diffusées lundi : « Il n’y a jamais eu d’accord avec l’Iran pour sortir du pays les réserves d’uranium enrichi. Nous avons toujours autant de chances d’échouer que d’aboutir dans cette phase délicate », a déclaré Eric Schultz.

John Kerry a toutefois annulé un déplacement de Genève à Boston afin de rester sur place dans la dernière ligne droite. Il devait participer à une cérémonie d’hommage à la famille Kennedy. Barack Obama a d’ailleurs fait allusion à l’absence du secrétaire d’Etat et à sa mission : « John est en Europe avec nos alliés et partenaires, pour mener la négociation avec l’Iran, a expliqué le président américain. La communauté internationale soutient un principe auquel Ted et son frère le président John Fitzgerald Kennedycroyaient fermement : « Il ne faut jamais négocier par peur, mais il ne faut jamais avoir peur de négocier ». »

Barack Obama reste extrêmement prudent sur les chances de succès d’un dossier qui lui tient à cœur depuis son élection. Le président des Etats-Unis sait qu’un échec lui sera amèrement reproché par les républicains. Il sait aussi qu’en cas d’accord avec Téhéran les mêmes adversaires politiques vont proposer un projet de loi pour tenter de miner la dernière phase de négociation.

Source: RFI

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