Nucléaire iranien: Washington s’accroche à l’espoir d’un accord

Le secrétaire d'Etat John KerryLes négociations de Lausanne sur le nucléaire iranien vont continuer ce jeudi matin. Le secrétaire d’Etat américain est toujours en Suisse alors que plusieurs ministres – notamment ceux de la France et de la Chine – ont quitté la table des négociations en attendant une réelle ouverture. Selon Washington, cela signifie que les discussions progressent, mais rien ne garantit qu’un accord cadre sera trouvé, et le départ de la délégation américaine peut intervenir à tout moment.

« Nous avons négocié plus d’une année, un ou deux jours de plus ne nous tueront pas, a déclaré le porte-parole de Barack Obama. Tant que des progrès sont réalisés, il n’est pas question de claquer la porte. » L’exercice est compliqué, d’autant que la date butoir du 31 mars avait été fixée, artificiellement par les Américains eux-mêmes. La fin officielle des négociations est prévue pour le 30 juin, et c’est la politique intérieure, à Washington qui a fixé ce point d’étape.

Les parlementaires sont en vacances jusqu’au 13 avril, et ils menacent d’imposer de nouvelles sanctions sur l’Iran. L’administration Obama a donc besoin d’éléments tangibles à envoyer au Congrès, après la trêve pascale.

« Je pense que [cette date] a imposé une pression excessive et inutile sur les négociateurs américains, explique ainsi à RFI Robert Einhorn, qui a été en charge du dossier de la non prolifération nucléaire au cabinet de l’ex-secrétaire d’Etat Hillary Clinton.

Les experts du dossier estiment que les républicains ont aussi affaibli la position américaine, en écrivant une lettre qui disait en substance que le Congrès allait tout faire pour empêcher la levée des sanctions, et qu’un président républicain – ce qui possible après le départ de Barack Obama en 2016 – pourrait revenir sur un éventuel accord. Et c’est ce qui ralentit une négociation dont tout le monde attend le dénouement.

« Saisir le moment »

Le temps presse, donc, pour l’administration Obama. Et l’Iran fait monter, de son côté, la pression. Téhéran a ainsi exhorté les grandes puissances à « saisir le moment et l’opportunité [d’un accord] qui ne se répètera peut-être pas. » John Kerry a d’ailleurs eu quatre heures d’entretiens dans la nuit avec son homologue iranien Mohammad Javad Zarif, avant de retrouver ses homologues occidentaux.

Suzanne Maloney, chercheuse à l’institut Brookings, estime que l’administration Obama a plus à perdre que les leaders iraniens en cas d’échec, et c’est ce qui explique les difficultés de la dernière ligne droite : « Certes, la grande majorité de ceux qui attendent une bonne nouvelle sont en Iran [mais] l’ayatollah Khamenei l’a dit, il n’a jamais voulu d’un accord en deux étapes. Donc en réalité, le prix pour l’Iran, en cas d’échec à ce stade, n’est pas tellement élevé… Le prix politique sera bien plus élevé [à Washington]. »

Robert Einhorn va plus loin : « L’accord intermédiaire, qui est en place depuis novembre 2013, a été beaucoup plus avantageux pour les Américains et leurs partenaires dans cette négociation, que pour l’Iran. Cet accord intermédiaire a gelé, au sens propre, le programme nucléaire iranien, et laissé en place la quasi-totalité des sanctions. Donc si quelqu’un a intérêt à la fin des négociations et de l’accord intérimaire, c’est l’Iran. » Et l’expert de préconiser de ne plus fixer, à l’avenir, de date butoir, jugée contreproductive.

Rentré en France, Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères, a fait état de « progrès » sans pour autant qu’il y ait de « compromis politique ». « On est à quelques mètres de l’arrivée, quelques dizaines de mètres mais on sait aussi que ce sont toujours les plus difficiles », a insisté le chef de la diplomatie française.

Source: RFI

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