odeur nauséabonde du climat politique : La CENI et les élections


Au summum d’une crise politique doublée d’une véritable crise de confiance entre le régime de Mohamed Ould Abdel Aziz et des pans non négligeables du monde politique et de la société civile, la Commission électorale nationale indépendante (CENI), elle-même non consensuelle, décide de fixer dans six mois les consultations législatives et municipales.

Alors que la Coordination de l’opposition démocratique (COD), exclue des décisions, CENI-RIM1s’apprête à se prononcer officiellement, après la prise de position de son président qui s’est dit non concerné par la décision de la CENI, la majorité semble entériner les faits alors que la Coalition pour une Alternance Pacifique (CAP), un autre regroupement de partis d’opposition dite dialoguiste, semble divisée.

Ballon d’essai pour les uns, la goûte d’eau qui fera déborder le vase pour d’autres, le communiqué de la CENI marquera sans nul doute un tournant décisif dans le bras-de-fer qui oppose depuis plus de trois ans, partisans et détracteur du président Mohamed Ould Abdel Aziz.

La surprise a été grande, lorsque le 28 février 2013, la CENI annonça dans un communiqué non diffusé dans les médias publics, que les élections législatives et municipales auront lieu « dans la fourchette de temps comprise entre mi-septembre et mi-octobre 2013 ».

Et d’ajouter que « la date précise de la tenue de ces scrutins sera arrêtée en concertation avec les partenaires concernés ». Passé les premiers moments de stupeur, les réactions n’ont pas tardé à se faire entendre, alors que sur le plan officiel, aucune déclaration n’a encore été publiée.

La semaine qui vient de débuter sera certainement marquée par la publication de communiqués émanant des différents regroupements de partis, si ce n’est d’une manière individuelle, pour fixer l’opinion sur l’état d’esprit des uns et des autres. D’ores et déjà, deux avis semblent fixés, celui de la COD et celui de la Majorité.

Les conditions sont-elles réunies ?

Alors que les spéculations allaient bon train sur la faisabilité ou non d’élections locales au cours de l’année 2013, voilà que la CENI vient de prendre une partie de l’opinion de cours, en annonçant la tenue de consultations législatives et municipales dans un délai de six mois. Si les parties prenantes du dialogue d’octobre 2011, la majorité et une partie de l’opposition, ont dû être avisés de cette décision, la COD semble avoir été court-circuitée.

Mise hors jeu dans le processus actuel, dont la mise sur pied d’une CENI dont elle a été exclue aussi bien dans sa conception que dans sa composition, la COD a depuis longtemps prôné une tabula rasa générale, appelant en vain plusieurs fois du pied à un dialogue inclusif où de nouvelles règles du jeu devraient être établies, afin de mettre tous les acteurs sur le même point de départ.

Aujourd’hui qu’elle est mise devant le fait accompli, sa réaction est vivement attendue par l’opinion publique. Déjà Ahmed Ould Sidi Baba, le président en exercice de ce regroupement de 14 partis politiques, dont pas moins de six grands ténors de la scène politique nationale, a déclaré que le communiqué de la CENI ne regardait nullement la COD. Il faut rappeler que celle-ci a toujours fait du départ de Mohamed Ould Abdel Aziz du pouvoir, la condition sine qua none de tout règlement de la crise politique en Mauritanie.

En principe, la réaction de cette opposition dite radicale semble évidente. Elle ne participera pas à ces élections convoquées par la CENI, dans la mesure où cette structure ne peut, à ses yeux, garantir des scrutins libres et transparents. D’abord, la COD n’est pas directement impliquée dans cette institution dont les règles de fonctionnement et la composition lui sont méconnues.

C’est d’ailleurs le processus mis en place, avec une Direction générale des élections logées au ministère de l’Intérieur, qui fait dire à l’opposition que la CENI n’aura ni l’indépendance ni la neutralité requise pour assurer des élections crédibles. S’ajoute à cette appréhension, les rumeurs selon lesquelles, comme toutes les institutions de la République, la CENI serait sous la botte du président Mohamed Ould Abdel Aziz qui serait derrière la décision relative à l’organisation précipitée des élections.

La COD mettra sans doute en avant un autre argument pour justifier son rejet de la décision unilatérale de la CENI, c’est le fait que cette structure n’ait jamais daigné la consulter, contrairement aux partis de la majorité et de la CAP que ses membres ont visité, alors qu’ils se sont contentés de simples courriers dans leurs relations avec la COD.

D’autre part, les élections sont programmées alors que l’enrôlement des Mauritaniens n’est pas encore achevé, que le recensement à vocation électorale n’est pas encore entrepris et qu’un Audit du fichier électoral ne semble nullement au programme. Pire, cette annonce intervient en pleine crise politique, marquée par des mouvements de rue contestataires et des accusations graves portées contre le président Mohamed Ould Abdel Aziz pour crimes économiques et financiers et atteinte à la morale publique.

Une tension qui perdure depuis plusieurs années et qui risque d’être exacerbée par la décision unilatérale de la CENI. Ainsi, face aux choix qui lui sont offerts, entre une participation passive à des scrutins décisifs où les règles lui échappent, ou un boycott qui l’exclurait du champ politique, la COD va-t-elle jouer son va-tout et décréter la désobéissance civile et entraîner le pays dans cette « Révolution Arabe » qu’elle n’a pas pu jusque-là enclencher ?

Tout sera techniquement prêt

Pour les partisans de Mohamed Ould Abdel Aziz, la décision de la CENI est tombée à point nommé, dans la mesure où elle permettra à la Mauritanie de rétablir la légalité de ses institutions, tout en mettant fin à la crise actuelle. Ceux qui soutiennent cette thèse pensent en effet que la CENI n’a pas pris une telle décision si elle n’était pas sûre de régler dans les délais requis, les aspects techniques et institutionnels nécessaires à l’organisation d’élections libres, transparentes et crédibles.

Qualifiées d’incontournables, les élections municipales et législatives envisagées permettront, selon ce point de vue, de jauger du poids réel de chaque acteur politique, invitant la COD à y prendre part afin d’offrir aux Mauritaniens des perspectives plus heureuses que les contestations de rue, le blocage des institutions et du développement du pays.

D’autre part, la majorité estime que la CENI dispose de l’indépendance requise, et que l’Etat lui a conféré de larges prérogatives dans l’organisation du recensement administratif à vocation électorale (Ranvec) et des opérations de vote. Elle dispose également de la logistique nécessaire en ressources humaines et financières et en matériels pour assurer sa totale indépendance. La CENI affirme également avoir pris contact avec l’ensemble des acteurs concernés, partis politiques et membres de la société civile afin de créer les conditions idéales pour la tenue de scrutins où chacun pourra participer.

Les mêmes efforts auraient été entrepris vis-à-vis des partenaires dont l’appui est jugé nécessaire pour la conduite des consultations envisagées. La CENI s’est engagée ainsi à superviser les opérations de retrait des pièces d’identité pour que tous les citoyens en âge de voter obtiennent leur document, à organiser un RANVEC dans les délais et à poursuivre ses prises de contact avec les acteurs.

Pour le président du parti Sawab (membre de la CAP), Abdessalam Ould Horma qui s’exprimait dans une radio privée, « la CENI devait d’abord s’assurer que toutes les dispositions nécessaires à l’organisation d’élections libres et transparentes ont été prises avant de faire une telle annonce ». Un avis partagé par le parti APP (Alliance Populaire Progressiste) qui appartient à la même mouvance de l’opposition dite dialoguiste, alors que leur partenaire, El Wiam, semble avoir une autre vision.

Selon l’un de ses cadres, Mohamed Ould Idoumou qui s’exprimait dans une radio « la déclaration de la CENI est tombée à point », estimant que l’instance a certainement pris toutes les mesures idoines pour assurer la crédibilité des consultations. Quant à l’UPR, quelques uns de ses cadres ont abondé dans le même sens.

Cheikh Aïdara

Source : L’Authentique

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