Offensive de l’Arabie saoudite au Yémen : et le pétrole dans tout ça ?

10371-163x150L’offensive de l’Arabie saoudite, jeudi, contre les Houthis au Yémen a fait bouger légèrement les prix du pétrole. Mais le conflit pourrait influer davantage sur le secteur car le Yémen contrôle

l’accès au stratégique détroit de Bab-el-Mandeb.

L’opération militaire lancée jeudi 26 mars par l’Arabie saoudite, soutenue par une dizaine de pays, contre la milice chiite des Houthis au Yémen, a eu un effet sur le cours du pétrole : le baril de brut a gagné un peu plus de trois dollars.

C’est peu. « Il s’agit d’une légère correction, qui s’explique par le fait que le Yémen n’est qu’un acteur de second ordre sur le marché du pétrole », explique à France 24 Sebastian Sahla, associé au cabinet britannique Critical Resource, qui conseille les groupes miniers, de pétrole et de gaz sur les risques politiques et sociaux.

Pour lui, cette offensive saoudienne ne devrait pas avoir de conséquence sur le prix de l’or noir dans la durée. Le Yémen ne produit, en effet, qu’entre 0,1 % et 0,2 % du pétrole mondial… c’est-à-dire autant que l’Italie ou le Kansas.

3,8 millions de barils par jour

Son principal client, la Chine, s’est dit « profondément préoccupé » par l’escalade militaire. Pékin a importé 4,5 millions de barils de pétrole yéménite sur les deux premiers mois de 2015, soit une hausse de 300 % par rapport à l’an dernier. Malgré cette augmentation, le « brut du Yémen ne représente qu’environ 2 % du total des importations chinoises, ce qui est assez facilement substituable », assure Jean-François Dufour, directeur du cabinet de conseil DCA Chine-Analyse.

Reste que le Yémen a une situation stratégique et que le principal risque pour le marché du pétrole réside dans « une extension régionale du conflit », note Sebastian Sahla. Ce pays se trouve au sud du plus important producteur de pétrole au monde, l’Arabie Saoudite, et il est le principal État côtier du Golfe d’Aden. Un blocage militaire de cette route maritime pourrait déstabiliser le cours du brut bien plus profondément que la baisse des exportations pétrolières du Yémen.

L’étroit détroit de Bab-el-Mandeb, entre le Yémen et Djibouti, est l’un des principaux nœuds de congestion potentiels pour le transport de pétrole. Environ 3,8 millions de barils de brut transitent chaque jour par cette voie d’eau de 40 km de large pour rejoindre le canal de Suez. « Si ce détroit venait à être bloqué, les premières victimes seraient les Européens », note Sebastian Sahla. L’or noir pour les marchés asiatiques et américains emprunte d’autres voies maritimes (canal de Panama et détroit de Malacca).

L’Iran a demandé l’arrêt de l’opération militaire

Cet expert ne note, pour l’instant, « pas d’indice qui suggère qu’une des parties impliquées dans le conflit au Yémen chercherait à faire fermer ce passage ». Il faudrait, en outre, des équipements militaires conséquents pour assurer un blocus, que ne possèderaient pas les forces armées terrestres actuellement impliquées sur place, d’après Reuters. L’Égypte a d’ailleurs annoncé l’envoi de plusieurs navires pour sécuriser l’accès au Golfe d’Aden.

La situation pourrait cependant rapidement évoluer si d’autres puissances régionales venaient à mettre leur grain de sel militaire dans le conflit. Un soutien plus conséquent de l’Iran aux milices houthies pourrait remettre en cause la sécurité du détroit de Bab-el-Mandeb. Téhéran a d’ailleurs rapidement fait entendre sa voix. Le régime iranien a demandé, jeudi, l’arrêt immédiat de l’opération militaire dirigée par Riyad.

Mais l’Iran a-t-il les moyens de se faire entendre ? Le pays n’est pas au mieux financièrement. C’est l’autre aspect de ce conflit lié au pétrole. « Si l’Arabie saoudite a pu s’accommoder des prix bas du baril, l’Iran en a beaucoup souffert et Téhéran n’a probablement pas envie de se voir entraîner dans un conflit militaire qui pourrait lui coûter très cher », souligne Sebastian Sahla

Source: FRACCE 24

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