Opinion – Discours de Néma : Quand Aziz se prend trop au sérieux, vous devez avoir peur

aziz a NémaAziz a parlé. A évoqué les questions sur lesquelles il était attendu depuis l’annonce de la visite de Néma. Situation économique du pays. Sécurité. Réalisations. Chiffres. Politique. Dialogue. Constitution. Opposition. Esclavage. Démocratie. Sans ordre précis.

Donc désordre. Va-et-vient. Dérapage. Oublis. Imprécisions. Indélicatesses. Quelques vérités. Beaucoup de contre-vérités. Voulues par lui ou par ceux qui l’ont « ravitaillé » en chiffres et en idées politiques saugrenues.

Aziz a parlé.

Il y avait du monde, il faut le reconnaître. Mais pas les SEULS habitants de Néma, ni même du Hodh Chargui. Les gens sont venus de partout : de Nouakchott, en très grand nombre. Du Hodh Al Gharbi et de l’Assaba voisins. D’autres régions certainement. Et probablement du Mali. Un meeting pas ordinaire. Donc, impossible de dire si le Hodh Chargui est toujours cette région majoritairement acquise au pouvoir. À tous les pouvoirs. Ceci n’a peut-être pas trop d’importance mais c’est un constat.

Aziz a parlé. Mais avons-nous bien entendu ce qu’il a dit ? Entendu, au sens de comprendre pour ceux qui restent au niveau de la linéarité du discours du président. Je pose la question parce que, quand Aziz se prend trop au sérieux, il faut avoir peur. Il perd alors sa spontanéité. Lui dont l’une des qualités est de dire ce qu’il pense. Sans se soucier des conséquences. Par exemple, l’allusion à son refus de se plier à la volonté de la France en s’engageant tête baissée au Mali est une chose à ne pas dire dans un meeting populaire. Le peuple va applaudir cette sortie à relents populistes, mais Paris peut grincer des dents.

Aziz a parlé.

Il s’est appuyé sur les dires des autres. Les chiffres des autres. Leurs allégations. Il a dit ce que ses « ministrés » disent. Répété le discours de l’Union pour la République (UPR) qui, de par sa qualité de parti au pouvoir, assume (toujours) sans s’assumer. Quand Aziz dit mon « gouvernement a fait », il parle de croyances. D’une somme de données concoctées à la hâte pour lui. Le même discours. Les mêmes (in)certitudes. Les mêmes repères. 2007 et maintenant. Les mêmes contrevérités : les hommes politiques de l’Ancien Régime sont de l’autre côté! A l’opposition. Il oublie tous les anciens Premiers ministres (Cheikh El Avia, Sghair, Sidi Mohamed Ould Boubacar, Ould Guig). Il oublie que 80% des anciens ministres sont aujourd’hui à l’UPR ou dans l’antichambre de ce parti. Sa « majorité ». Certes, ils ne sont pas revenus au gouvernement mais ils sont ambassadeurs, conseillers, directeurs de « quelque chose » ou présidents de conseils d’administration. Il oublie les chefs de tribus. Il s’oublie. Exactement comme quand il parle de ces pères de familles (harratines) négligents, ne pouvant pas encadrer convenablement leurs progénitures.

Aziz a parlé

De chiffres. Du budget qui a doublé (toujours entre 2007 et maintenant) mais pas des prix qui ont été multipliés par cinq au cours de cette période. Il a parlé de la dette intérieure du pays ramenée à des proportions « acceptables » grâce à la diminution du taux d’intérêt (passé de 14% à 4%), mais aucun mot sur la dette extérieure de la Mauritanie qui a atteint aujourd’hui le seuil critique de 4 milliards de dollars US. Même Taya, vu par l’ancien chef de ses « janissaires » comme le symbole de la gabegie, n’a pas réussi un tel « exploit ».

L’emprunt sans vergogne, orchestré par le ministre Ould Tah, et après lui par Ould Rayess et Ould Diay, l’APD et les ressources providentielles tirées de l’exploitation du fer, de l’or et du cuivre comptent-ils pour des miettes aux yeux d’un gouvernement fanfaron ? Des milliards de dollars investis, « sans études » dans des projets dont certains se sont avérés par la suite des éléphants blancs : Ribat El bahr, la fameuse ville touristique de 50000 habitants, la zone franche de Nouadhibou, dont se plaignent aujourd’hui les habitants de la capitale économique, Chami, la ville fantôme, la grande mosquée de Nouakchott qu’on attend depuis 2009 et qui ne verra le jour que quand la cité « Nejah » surgira sur l’aire de l’ancien aéroport international de Nouakchott…

Aziz a parlé.

De la démocratie « qui se porte à merveille » ! Alors que lui qualifie ses opposants d’ennemis de la nation, de « menteurs » et de…vauriens ! C’est ce que j’ai compris quand il a dit que le gouvernement agit et l’opposition « s’occupe » en parlant. Une démocratie qui soigne ses plaies par un dialogue sans cesse renouvelé. Aziz a dit qu’il y en aura un « dans quatre semaines, au plus ».

Un dialogue prêt-à-porter quoi. Je vous ai dit qu’il faut craindre le rais quand il se prend trop au sérieux. Il a même annoncé quelques « menus » déjà au frigo et qu’il faudra réchauffer le moment venu : dissolution du sénat-gazra et création de conseils régionaux. Il ne s’agit pas de « propositions » mais de décisions déjà entérinées. Aziz l’a dit et il dispose des moyens nécessaires pour le faire : SA majorité et SON opposition. Pas celle qu’il qualifie de tous les mots et maux. Cette dernière peut venir, « merehba » (bienvenue) ou rester (tant pis).

Aziz a dit.

Il n’y a pas de prisonniers d’opinion. Biram et Brahim, emprisonnés pour avoir affirmé que l’esclavage foncier existe (et marché pour le dénoncer) sont considérés alors comme quoi ? Des meurtriers ? Des voleurs ?

Aziz a parlé.

De la constitution et c’était le moment fort de son discours. La constitution, « qui n’est pas le Coran » sera bien changée. Alors l’appel des « ministrés » Ould Diay et Ould Daddah n’était pas une sortie hasardeuse. Ils préparaient le terrain à ce fameux discours de Néma. D’ailleurs, le président a même repris, sur le ton de l’humour, le propos de l’un d’entre eux.

L’on comprend en écoutant Aziz parler de la « nécessaire » dissolution du sénat, un « copier-coller » dont l’on se rend compte maintenant, et de la création de conseils régionaux, que ce sera le loup dans la bergerie. Les changements au nom de la décentralisation sont loin d’être innocents. Quand on déplace une brique, on peut être obligé de toucher les autres.

La constitution est une structure dont les éléments sont solidaires. Il ne s’agit pas de juxtaposition de lois et d’articles. La décentralisation renforcera les pouvoirs du Premier ministre. On peut alors se retrouver dans un contexte comme celui de 1981, avec Haidalla, pour ne pas avoir à aller chercher la pirouette politique du « je quitte tout en restant » dans la Russie de Poutine ou la Turquie d’Erdogan.

J’avoue cependant que si c’est la voie que choisira Aziz, il restera dans la légalité. Du point de vue forme, pas du fond. Et ce sera un moindre mal. Mais s’il décide de forcer la porte du troisième mandat ? S’il s’abrite derrière « c’est le peuple qui cherche à garantir la pérennité de sa démocratie » ?

C’est le peuple qui veut. Qui peut. Aziz a-t-il voulu aller dans ce sens quand il a blâmé une opposition qui appelait à son « rahil » (départ), alors que, disait-il, j’ai été élu par le peuple ?

Dans la bouche d’Aziz, « le peuple décide » a la même valeur que la « fronde » qui avait fini par emporter Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi en 2008. A Néma, le signal a été donné et le Bataillon Civil au Service du Président, conduit par Ould Maham, peut commencer les manœuvres. Une nouvelle « Rectification » est en marche.

medseib.mondoblog.org

Brochure MOIMA Annonces1 Brochure MOIMA Annonces1

Exprimez vous!

CommentLuv badge