Otages turcs en Irak: l’ayatollah al-Sistani intervient

Otages turcs en IrakL’ayatollah al-Sistani, plus haute autorité religieuse chiite d’Irak, a appelé à la libération des 18 employés turcs enlevés le 2 septembre à Bagdad par une milice chiite peu connue, dénommée Furaq-al-Maout (« escadrons de la mort »). Les ravisseurs exigent notamment de la Turquie qu’elle stoppe les jihadistes sunnites qui se rendent en Syrie par son territoire. Mais pourquoi le plus haut représentant des chiites en Irak prend-il de plus en plus de positions sur le plan politique ?

Plus haute autorité religieuse du pays, l’ayatollah al-Sistani n’a pourtant pas pour habitude de s’exprimer sur la vie politique. Mais ses interventions se font de plus en plus fréquentes. Cela s’expliquerait, selon Pierre-Jean Luizard, directeur de recherches au CNRS, spécialiste de l’islam et du Moyen-Orient contemporain, par la montée de la contestation sociale et politique dans la population.

« Les interventions de l’ayatollah al-Sistani, sur un plan directement politique, se sont effectivement multipliées ces derniers temps. Pourtant, ce qu’il dénonce aujourd’hui dans son propre camp, perdure depuis l’arrivée au pouvoir de Nouri al-Maliki. Il était resté silencieux, mais aujourd’hui, il s’exprime publiquement. Pour quelles raisons ? Je crois que c’est directement lié à l’émergence de ce mouvement pour l’électricité depuis le mois d’août. »

Nous avons alors vu, explique Pierre-Jean Luizard, « une contestation multiconfessionnelle rejeter la classe politique, et notamment la classe politique issue des partis religieux chiites qui sont arrivés au pouvoir, précisément avec la bénédiction de l’ayatollah al-Sistani. Donc, sentant le danger d’un rejet massif par sa communauté des partis politiques, qu’il a lui-même adoubés, je pense qu’il prend les devants pour se démarquer d’un système politique qui est en train de courir à sa perte. »

La dimension régionale au cœur de son intervention

Par ailleurs, les enlèvements et les violences des milices sont fréquents en Irak, où le système politique génère un climat d’insécurité, poursuit Pierre-Jean Luizard, pour qui la dimension régionale de l’affaire a poussé l’ayatollah à intervenir. « Cette insécurité donne le droit aux milices liées aux hommes politiques d’enlever, de tuer, et c’est précisément l’une de ces milices dont on sait simplement que c’est une milice chiite qui s’est manifestée contre les Turcs », analyse le chercheur du CNRS.

« Donc, c’est probablement pour prévenir la dimension régionale et internationale de cette action des milices chiites, que l’ayatollah al-Sistani est intervenu. Dans la mesure où quand cela ne concernait que les Irakiens, il pouvait rester silencieux, mais maintenant que la violence du système politique irakien prend une dimension régionale, il se sent obliger d’intervenir pour se dédouaner d’un type d’action qu’aucun homme religieux ne peut cautionner. »

Source: RFI

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