Pêche : Grogne des pêcheurs artisanaux

PêcheLes pêcheurs artisanaux sont en colère contre les responsables du marché au poisson de Nouakchott. Depuis vendredi dernier, ils sont en grève générale, pour protester contre les récentes mesures prises, à leur encontre, par le directeur du marché qui a décidé de leur interdire de remonter sur la plage, en vue de les réparer, leurs pirogues endommagées par les violents vents océaniques.
En cette période de forte agitation, les pêcheurs sont confrontés à de nombreux problèmes. Ce sont de petites pirogues qui déchargent, à terre, les produits des grandes embarcations. A défaut de chantiers navals qui leur soient dévolus, les pêcheurs sont obligés de réparer leurs pirogues sur la plage.
Pourtant, les Japonais, principaux bailleurs du marché, avaient, prévoyants, réservé des espaces à cette fin. Malheureusement, les différentes directions ont cédé ces espaces vitaux aux commerçants.
Après différentes sommations, Mohamed Ould Ahmed Mahmoud, le directeur du marché, est passé à l’acte, faisant ainsi « preuve du plus total mépris à notre égard », indique un des pêcheurs. « Lorsque nous lui avons fait savoir que cela pouvait engendrer des situations déplorables, il nous a asséné à la figure que ça lui importe peu », renchérit un autre.
Parmi les mesures impopulaires prises par le directeur général, figure l’interdiction du stockage des carburants (essence et gasoil) dans les magasins du marché. Désormais, les piroguiers doivent se débrouiller pour garder leurs carburants ailleurs.
Mais où ? Autre grief, l’absence des principaux acteurs de la pêche dans le conseil d’administration du marché au poisson. Un conseil majoritairement détenu par des hommes d’affaires.
De l’avis des frondeurs, cette situation, inacceptable à leurs yeux, est destinée à les décourager et à les pousser au départ. Une aubaine que ne manqueraient pas de saisir bon nombre d’hommes d’affaires qui ont investi le secteur en recourant à des pêcheurs sénégalais.
Devant le refus de se plier aux injonctions du directeur du marché, cinq supposés dirigeants et meneurs de la fronde – Yaali N’Diaye, Abdoul Aziz Dièye (70 ans), Khayar Seck (65 ans), Oumar Dièye et Jemal – sont interpellés, le vendredi 8 Janvier, et détenus quatre heures d’horloge au commissariat de Tevragh Zeïna 3.
Protestant contre l’arrestation de leurs collègues, un groupe de trois cents pêcheurs tient sit-in devant les locaux de la préfecture de la moughataa. Pour aplanir les divergences et procéder au règlement du contentieux, le préfet convoque alors les différentes parties à la table de négociations, en présence du commissaire de police.
Une rencontre d’autant plus infructueuse qu’aucun accord ne sera trouvé mais les cinq personnes interpellées sont, tout de même, relâchées et le commissaire de police autorise les pêcheurs à réparer leurs pirogues endommagées sur la berge.
Ce qui suscite l’ire d’Ould Ahmed Mahmoud. Espérant retourner la situation en sa faveur, il manœuvre à nouveau, en convoquant les pêcheurs à une nouvelle rencontre le samedi. Remake de la première : après quatre heures de chaudes discussions, les protagonistes n’arriveront pas plus à trouver un compromis.
Les différentes parties restent arcboutées sur leurs positions. Le directeur du marché laisse entendre qu’il ne « reculera jamais ». Les pêcheurs rétorquent, quant à eux, qu’ils ne céderont pas d’un pouce et ne négocieront plus avec Mohamed Ould Ahmed Mahmoud. « Il n’est plus un interlocuteur valable.
C’est la dixième fois qu’il prenne des décisions injustes à notre égard. C’est une manière à lui de se venger de nous, depuis que le ministère a supprimé la dîme de cinq ouguiyas qu’il prélevait sur chaque kilo de poisson, suite à nos différentes protestations », fulminent les pêcheurs.
Les acteurs de la pêche artisanale sont également confrontés à d’autres écueils de taille. Leurs licences ne sont pas répertoriées au sein de la Direction de la pêche artisanale mais à celle de la pêche côtière.
Par ailleurs et en dépit de leurs protestations, les filets monofilament, utilisés par bon nombre de bateaux-pirates, mouillés en plusieurs campements clandestins, tout au long des côtes, ravagent les ressources halieutiques. Une situation « encouragée par des hommes d’affaires véreux », déplorent les pêcheurs qui s’offusquent de la limitation de la licence individuelle à deux embarcations par personne.
« Cette mesure n’encourage pas les acteurs et freine le développement du secteur, alors que les hommes d’affaires ne disposant d’aucune pirogue, arrivent à disposer de cent licences ! », s’indignent-ils. Enfin, la sécurité se pose avec acuité. « Nous devons nous mobiliser nous-mêmes, pour faire face aux situations d’urgence. L’Etat ne nous aide pas ».
Thiam Mamadou
Encadré
Le MPEM promet de régler le contentieux des pêcheurs
Le ministre des Pêches et de l’économie maritime a promis, ce lundi, un règlement définitif du différend opposant, depuis quatre jours, les pêcheurs artisanaux à la direction du marché au poisson de Nouakchott. Lors d’une rencontre avec les délégués, Nany ould Chrouga les a assurés de sa disposition à solutionner tous les problèmes et exhortés à reprendre leurs activités.
Prudents, les pêcheurs se donnent un temps d’observation de 24 heures, afin d’apprécier l’exécution des promesses des autorités. En cas d’insatisfaction de leurs doléances, ils promettent de revenir à la charge en relançant un mouvement de grève générale.
Un peu plus tôt le même jour, des milliers de pêcheurs s’étaient regroupés devant la présidence de la République, protestant contre les mesures « impopulaires » du directeur du marché, Mohamed ould Ahmed Mahmoud, comme l’interdiction de toute réparation de pirogues sur la plage.
Reçus par un conseiller à la Présidence qui a pris note des doléances exprimées par les intéressés, il les orientera vers le ministre des Pêches. Appelant à la « diligence et à la compréhension » du président de la République, ces pêcheurs ont dénoncé l’arbitraire, érigé en méthode de travail, par le directeur du marché. Largement suivi, ce mouvement pourrait entraîner de fâcheuses conséquences sur la chaîne d’approvisionnement du marché en poisson.

Source : Le calame

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