Pêche : une nouvelle stratégie, un nouvel espoir

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Dans un écrit précédent, a été lancée l’idée d’aborder la question de la pêche dans le cadre de ce qui est déjà appelé ailleurs économie maritime ou économie bleue et qu’on rêve lui associer une croissance bleue aussi (Cridem du 26-09-2014).


C’était une invitation des pouvoirs publics à évoluer vers une politique nationale maritime intégrée où les différentes thématiques composant l’économie maritime seraient analysées de façon cohérente indifféremment de l’Administration de tutelle. 

Après un arbitrage sur l’organigramme de l’Etat, chaque département pourra puiser, dans cette politique nationale référentielle, les thématiques qui le concernent pour, selon le cas, les ériger en une stratégie sectorielle propre (pêche) ou les insérer harmonieusement dans la sienne (transport maritime, énergie renouvelable maritime, etc.).

L’écrit intitulé « Pêche : les fondements d’une nouvelle stratégie sectorielle »,Cridem du 04 Octobre 2014, a décrit ce qui pourrait être, pour la stratégie en cours d’élaboration pour ce département, des objectifs et des axes thématiques.

C’était une façon de reconnaitre que le statu quo reste l’option privilégiée et que la finalisation de cette stratégie va s’accélérer suite à la dernière circulaire du Premier Ministre demandant aux différents départements ministériels d’élaborer et transmettre leurs stratégies respectives. La préparation de la Déclaration de Politique Générale du Gouvernement pour 2015, exige.

Le présent écrit vise, lui, à rappeler aux experts en charge de cette mission de commencer par répondre à la question pourquoi une nouvelle stratégie pour le secteur pêche et décrire le contexte actuel sous ses deux dimensions nationale et internationale ; le but étant de livrer, in fine, un produit qui crée de l’espoir chez les mauritaniens. C’est-à-dire une stratégie dont la mise en œuvre pourra avoir, par sa contribution à la croissance économique, de réels impacts positifs sur les conditions de vie des populations, notamment en termes d’emploi, de création de richesse et d’accès au poisson. 

Dans ce qui suit, seront abordés des détails relatifs uniquement à la durabilité de la ressource et à l’intégration du secteur des pêches à l’économie nationale même si c’est à cause de la mauvaise gouvernance que toutes les politiques antérieures n’aient jamais réussi à faire de ce secteur économique un levier de croissance comme il aurait pu l’être. Il n’échappe cependant à personne que la place de la majorité des détails qui suivront, serait plutôt dans le cadre opérationnel qui accompagnera la stratégie attendue ou dans les plans d’action qui la déclineront.

I.Durabilité de la ressource :

Comme le sait-on, la recherche, la surveillance et un programme basé sur des plans de gestion et d’aménagement annuel ou pluriannuel, sont les mots clés dans toute politique destinée à assurer la durabilité et la diversité des ressources halieutiques nationales, patrimoine commun aux générations mauritaniennes présentes et futures. C’est en effet autour des out put de la recherche que se construit généralement ledit programme et c’est aussi à la surveillance des pêches et du contrôle en mer d’appliquer les dispositions réglementaires qui la concerne, en matière de préservation de la ressource, dans ce programme.

Ceci étant, toute la problématique tournerait autour de l’équilibre entre les deux dimensions « conservation » et « développement » sur lesquelles reposent les plans de gestion et d’aménagement des ressources, dimensions que beaucoup d’acteurs considèrent comme étant contradictoires.

La stratégie à élaborer devra donc concilier l’impératif de préservation de ces ressources avec l’ambition de pêcher tout le potentiel permissible annuel imposée, elle, par l’autre objectif de tirer le maximum de profits sociaux et économiques des ressources halieutiques nationales.

Dans cet exercice consistant à lier l’utile à l’agréable, il revient à la recherche d’affiner davantage l’évaluation de certains stocks dont le potentiel n’est connu actuellement que par groupes d’espèces.

Il lui incombe également de définir comment peut-on exploiter tout le potentiel permissible des stocks encore sous-exploités tels que les thonidés (petits thonidés et espèces voisines) et la sardinelle plate (caractéristiques des navires, des engins, techniques et zones de pêche les mieux indiqués, incitations pour nouveaux exploitants et autres).

A l’issue de ce travail, la recherche saura les quantités prélevables annuellement sans porter préjudice à la reconstitution des stocks et passera ensuite à la définition de l’effort global de pêche correspondant à ces quantités appelées souvent« potentiel permissible annuel ». C’est la clé de toute la problématique de l’ajustement des capacités de pêche.

Il s’agira de procéder d’abord à la détermination de la capacité de pêche de chaque type de production (navire artisanal, navire côtier, navire industriel) et de passer ensuite à la standardisation (définir un navire industriel standard et son équivalence en unités de chaque type d’outils de production). Alors, on découvrira l’intérêt de limiter la diversité de la flotte (typologie de la flotte) pour faciliter aux chercheurs ce travail et aux administrateurs de la pêche la codification des éléments de gestion.

A cette même occasion, on découvrira également la nécessité d’arrêter le registre d’immatriculation des navires artisanaux et côtiers, et de résoudre l’équation casse-tête du renouvellement de la flotte nationale industrielle. Attention ! les réfractaires aux réformes déjà amorcées, fondent encore un espoir sur l’échec de cette opération et sur le flou que crée la Zone Franche de Nouadhibou.

Même avec l’application du système de quotas, en cours d’expérimentation, il y aura nécessairement besoin d’une gestion par effort de pêche -ne serait-ce que pour une période donnée- avant d’étendre ce système à la flotte nationale, notamment les segments artisanal et côtier.

A propos, la recherche, chargée de fixer annuellement les quotas par pêcherie, devra obligatoirement développer, pour des besoins de prévision, son expertise en matière de modélisation bioéconomique.

Concernant la diversification de la ressource, les pêcheries dites couramment émergentes (cymbium, anchois, mollusques bivalves, concombres de mer et algues) et identifiées avec les infrastructures comme créneaux pour l’investissement, la recherche devra préalablement donner une idée de leurs potentiels respectifs avant de leur chercher des acquéreurs : les japonais avaient fait, en 1997, une pêche expérimentale pour les crabes (Gerion maritae) qui a conduit à une estimation de leur potentiel et, par la suite, à leur exploitation (un boom que ceux qui en ont profité s’en rappellent encore sûrement).

De même, les potentialités offertes en pêche continentale et en aquaculture, devront être suffisamment mises à profit -comme les pêcheries dites émergentes- pour alléger la forte pression exercée sur les ressources exploitées présentement, contribuer à l’augmentation de la production nationale et appuyer la politique nationale d’autosuffisance alimentaire et de lutte contre la pauvreté. 

Enfin, la formation, la sensibilisation et l’implication des gens de mer (commandement) et des organisations de pêcheurs et de professionnels, devront fortement préoccuper les autorités du secteur. Conscients du fait que leur existence est liée à la présence de la ressource, ces partenaires seraient sûrement plus favorables à toute politique visant la préservation de cette ressource et de son environnement.

II.Intégration à l’économie nationale :

L’intégration serait « la stratégie de définir et agencer ou regrouper de manière logique, cohérente et réaliste toutes les potentialités d’une unité (entreprisse), d’un secteur, d’un pays ou d’un ensemble de pays pour ainsi bénéficier, entre autres, des synergies ». 

Dans le cas de l’intégration du secteur des pêches à l’économie nationale, elle ne peut qu’être, après réexamen de ce concept, à la fois verticale (cerner tout ce qui ne dépend que du secteur pêche pour une meilleure rentabilisation) et horizontale, au sens de prise en compte des interrelations avec d’une part, les autres secteurs nationaux et de l’autre, les partenaires étrangers (intégration ou interpénétration des résultats de ces rapports dans le tissu économique national).

En effet, l’inventaire et la définition préalables de la tutelle des différentes thématiques de l’économie maritime, permet à la pêche de maîtriser les outils de sa politique et de travailler en synergie avec les autres départements concernés par une ou plusieurs parmi les thématiques de l’économie maritime ainsi qu’avec les partenaires techniques et financiers ; le but étant d’assurer une plus grande intégration de l’ensemble des activités à caractère social et économique et de leurs divers vecteurs.

Nul doute que le cas idéal où la valeur ajoutée serait maximale, c’est de voir la Mauritanie assurer (i) l’exploitation de tout son potentiel permissible annuel par des navires, une main d’œuvre et un capital à 100% mauritaniens, (ii) le débarquement de toutes les captures réalisées dans sa ZEE et (iii) la transformation locale des quantités non consommées et non exportées à l’Etat frais.

Considérant les conditions actuelles de notre pays, une solution intermédiaire – même si elle est loin d’être à l’aune de notre ambition- serait malheureusement incontournable.

L’orientation ferme vers l’auto-exploitation de nos ressources halieutiques et la promotion des infrastructures de débarquement et de transformations des produits, constitue une piste ; mais une piste qui devra être explorée de manière tout à fait différente par rapport au passé. 

II.1. Auto-exploitation :

Cette auto-exploitation devra être envisagée de façon séparée, c’est-à-dire selon qu’il s’agisse des ressources démersales (de fond) ou de celles pélagiques (de surface).

Pour les ressources de fond, la maîtrise de leur gestion et la domestication de leurs activités sont bien possibles dans le court et le moyen terme. Il suffirait d’en faire un choix, d’avoir la volonté et de concevoir et appliquer un programme adéquat. Celui-ci devra définir les espèces ou groupes d’espèces à réserver exclusivement aux nationaux dès aujourd’hui (céphalopodes en tête), les quotas par espèce ou groupes d’espèces à destiner provisoirement à la vente pour les étrangers et un troisième quota que devra détenir l’Etat pour s’en servir dans le cadre de sa politique, notamment celle de vente du pélagique.

Un tel programme, devra aussi plafonner la pêche industrielle chalutière (destructrice de la ressource et de son environnement) et se fonder sur la promotion des segments artisanal et côtier et enfin, la formation des qualifications nécessaires en mer et à terre. Au préalable, il serait opportun de revoir la définition des navires artisanal et côtier dans le sens de la modernisation et l’amélioration des performances. 

Initialement –pour ceux qui s’en rappellent encore- le segment côtier a été créé pour se substituer progressivement à la flotte industrielle chalutière et ce au fur et à mesure que ce segment se développe et que la pêche artisanale se modernise et s’insère formellement dans le système d’exploitation de nos ressources halieutiques. 

S’agissant du potentiel pélagique, son exploitation pose le plus de problèmes. L’acquisition de navires industriels pélagiques n’est pas envisageable dans les 5 prochaines années que durera la nouvelle stratégie. Construire des ports et avoir une manutention aux normes, est aussi une chose difficilement réalisable au cours de cette même période.

En conséquence, une réflexion est à mener et une démarche précautionneuse, évolutive et ferme, à suivre. Alors, il est suggéré de partir pour ce travail de cette option consistant à :

1.Développer une flotte côtière et semi-industrielle nationale (ou carrément industrielle) en associant à tous ces segments un quota qui varie en fonction du rythme de progression des capacités de pêche de cette flotte. Seront nécessaires à ce sujet une volonté politique, une vision claire, des actions pertinentes échelonnées selon un ordre de priorité cohérent et réaliste, des conditions incitatives pour les promoteurs économiques nationaux, etc.

2.Définir un quota à vendre uniquement à ceux qui présentent un projet d’investissement à exécuter au niveau national et portant, en plus de la pêche, sur le traitement et la transformation locale de toute la production. Ce genre de projets, devra bénéficier de conditions incitatives spéciales dont particulièrement l’octroi d’un quota limité de ressources de fond (crustacés, céphalopodes et autres).

3.Destiner un éventuel troisième quota à la vente selon le mode traditionnel de licence libre, mais avec le maximum d’améliorations possibles (Union Européenne et autres); le volume de cet hypothétique quota étant bien évidemment fonction des deux premiers quotas (et du quota global de référence à définir annuellement par la recherche et qui se situerait actuellement autour de 1.200.000 tonnes par an).

4.Supprimer purement et simplement le régime d’affrètement pour toutes les catégories de navires. Cela contribuera à la réussite de la politique de maximisation de la valeur ajoutée à travers la promotion d’une flotte nationale et la domestication de l’essentiel des activités du secteur. 

5.Définir et appliquer une panoplie de mesures d’accompagnement qui aiderait à réussir ces nouvelles orientations visant à maîtriser, dans l’intérêt général, le maximum des activités d’exploitation et de transformation des ressources nationales aussi bien de fond que de surface. 

II.2. Débarquement :

Le débarquement n’est autre chose que les ports et les ouvrages similaires plus des industries à terre, tous aux normes et avec des capacités suffisantes respectivement d’accueil et puis de conservation et traitement. C’est aussi l’entrée dans le circuit économique national du produit débarqué. En conséquence, les débarquements à exiger devront l’être en fonction des infrastructures existantes et de celles programmées pour le court terme.

En somme, les administrations impliquées dans la construction, l’exploitation et la promotion de ce genre d’infrastructures devront agir de manière concertée, complémentaire et efficiente.

II.3. Transformation :

La transformation locale des captures réalisées dans notre zone économique exclusive devra davantage devenir un élément de l’option de maximisation de la valeur ajoutée tirée du secteur des pêches.

En plus de ce qui est préconisé ou suggéré plus haut à ce sujet, il serait opportun de préciser qu’au sein du quota à allouer globalement à la flotte nationale toutes catégories confondues, un quota limité devra être destiné aux usines de fabrication de farine et huile de poisson. En d’autres termes, la priorité en matière de transformation devra devenir la fabrication de conserves, de plats cuisinés et d’autres produits destinés directement à la consommation humaine.

La mise sur le marché national des qualifications requises et en nombre suffisant, augmentera la chance de réussite les choix des pouvoirs publics quant à inverser la tendance actuelle où environ 90% de notre production annuelle sont exportés à l’état brut.

Par ailleurs, savez-vous que la Mauritanie a des espèces encore sous-exploitées, des espèces potentiellement exploitables, d’énormes potentialités dans la pêche continentale et l’aquaculture ? Savez-vous également qu’elle a les possibilités de domestiquer les activités d’exploitation de ses ressources de fond, de pêcher et de transformer localement une partie importante de ses ressources pélagiques, d’emmener la consommation nationale annuelle par tête d’habitant au standard de 16 kg/h/an ?

N’est-ce pas tout ceci justifie le nouvel espoir que les mauritaniens mettent en cette nouvelle stratégie du secteur des pêches ?

Messieurs de la pêche, savez-vous qu’introduire cette fois-ci l’éthique pour en faire un moyen de renforcement des capacités de gouvernance du secteur, fera fortement multiplier cet espoir chez vos concitoyens !

Dr Sidi El Moctar Ahmed Taleb 

Source : Dr Sidi El Moctar Ahmed Taleb

Toute reprise partielle ou totale de cet article doit faire référence à www.rimweb.net

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