Pêche : une phase décisive où l’heure de la décision sonne

DR-Sidi-El-Moctar-Ahmed-TalebDR.Sidi El Moctar Ahmed Taleb : Nombreux sont ceux qui félicitent le Ministère des pêches et de l’Economie Maritime pour avoir d’abord, lancé le processus de remplacement d’une stratégie échue depuis deux ans et ensuite, réussi à franchir une étape importante avec l’organisation de l’Atelier National de Concertation les 08, 09 et 10 décembre courant.

Ce ministère est surtout félicité pour avoir obtenu un premier résultat cautionné par sept (7) anciens ministres des pêches, les partenaires techniques et financiers, les professionnels et les actifs dans le secteur des pêches parmi les syndicats et les organisations de la société civile.

Pour ceux qui ne le savent pas, ce résultat consiste en un diagnostic exhaustif auquel l’application de l’analyse des forces, des faiblesses, des opportunités et des menaces (FFOM), a permis de dégager, par thématique étudiée, une sorte d’orientations stratégiques et de déduire de celles-ci une ébauche de plans d’actions, toujours par thématique.

En résumé, il s’agit pour le ministère chargé des pêches de disposer des principaux ingrédients ou intrants dont il peut en avoir besoin pour entrer dans la phase décisive de construction ou de rédaction de sa nouvelle stratégie sectorielle.

L’exploitation intelligente des cinq rapports thématiques présentés par les consultants, du cadre de financement préparé par le Projet PRAO et des commentaires et avis exprimés par les participants à la concertation, devra en effet conduire (i) au changement du nom du ministère, (ii) à la définition des thématiques à mettre exclusivement sous sa tutelle, (iii) à des choix précis concernant le objectifs et les modalités pratiques de la gestion et l’exploitation des ressources halieutiques et enfin, (iv) au nombre et à la nature des axes stratégiques autour desquels s’articulera la future stratégie sectorielle 2015-2019. C’est ainsi l’heure de la décision qui sonne.

A mon avis, le ‘’Ministère de l’Economie Maritime et de l’Aquaculture’’ calerait mieux à ce département ministériel quand on sait que la pêche fait partie de l’économie maritime qui, elle, comme on l’a souvent rappelé, englobe toutes les activités économiques liées aux océans, aux mers, aux côtes et autres.

En d’autres termes, l’économie maritime est constituée d’un ensemble de thématiques dont notamment, la pêche et produits de la mer; la recherche scientifique marine; la formation maritime; le transport maritime; le courtage maritime; les ports; la sécurité et la sûreté maritimes; l’environnement maritime;; les gisements (offshore pétrolier); les banques et assurances maritimes; la classification; l’industrie nautique; les énergies maritimes renouvelables; l’action de l’Etat en mer, etc.

Partant de cette définition et de la situation qui prévaut actuellement où certaines administrations entrent en conflits ou compétition avec la pêche, la priorité serait au tri des thématiques sur lesquelles ce nouveau Ministère pourra avoir une mainmise effective et maîtriser ainsi tous les éléments de sa future politique.

Par exemple la gestion de la ressource (exploitation et aménagement), la recherche scientifique marine et tout ce qui concerne les navires de pêche en matière de sécurité et de sûreté maritimes, de classification, de naturalisation, des hypothèques et d’assurances maritimes, la construction et la réparation navale, l’action de l’Etat (surveillance et contrôle en mer) et d’autres détails que trieront les spécialistes dans le contenu de la marine marchande et des industries nautiques.

Ainsi, les vocables ‘’marine marchande’’ et ‘’Affaires maritimes’’ devront disparaître au niveau de la pêche et leurs vrais domaines, transférés au ministère chargé de l’équipement et des transports (transport maritime des marchandises et des personnes, ports de commerces ainsi que les activités connexes).

Peut-être, on laisserait à la pêche les ports et ouvrages assimilés à vocation pêche ; ce département chargé des pêches aura à gérer le domaine public maritime, avec les administrations de l’aménagement du territoire et d’équipement et transport (aménagement et allocation), le littoral, avec celles de l’aménagement du territoire et de l’environnement et enfin, la formation maritime, avec la défense (Académie navale) et le département chargé de la formation professionnelle.

La pêche devra également gérer le domaine public maritime, le littoral et les industries de pêche avec l’Autorité de la Zone Franche de Nouadhibou dans les limites géographiques des compétences de cette dernière.

Concernant la stratégie proprement dite, elle devra se fonder, en plus de ces préalables, sur des choix clairement définis pour en constituer la substance. Alors, l’Etat doit décider de la finalité de l’exploitation de ses ressources halieutiques sachant que les choix suivants lui s’offrent:

1. Privilégier l’autosuffisance alimentaire en orientant la quasi-totalité de la production vers le marché national (une population d’environ 3 millions, non habituée à consommer les produits de la mer, avec des pouvoirs d’achat faibles, etc.) ;

2. Favoriser le développement de promoteurs privés nationaux, spécialisés dans la pêche : faire le bilan de plus de 30 ans de facilités de tout ordre en vue de voir le volume des investissements privés (état de la flotte, nombres d’usines de conservation, de traitement et de transformation, de chantiers de construction et de réparation navales, etc.), des recettes pour l’Etat, des emplois créés, le niveau actuel d’endettement du secteur, …. ;

3. Maximiser la rente tirée du secteur pour l’investir dans le développement du pays (éducation, santé, routes, eau, électricité, aéroports, industries, etc.). Serait-ce éloquent ici d’assimiler le système de quotas individuels dans la pêche à celui de vente de permis dans les mines et de comparer le précédent bilan relatif au secteur pêche aux résultats du mode de gestion des mines qui a toujours consisté à ouvrir ses produits à la concurrence pure et dure pour choisir le meilleur partenaire.

A propos, la consécration de ce troisième choix et la suppression du régime d’affrètement, permettront à l’Etat de récupérer des montants faramineux qui allaient, avant, dans les poches d’une poignée d’individus bien qu’ils proviennent (ces montants) d’un patrimoine commun à tous les mauritaniens comme les mines. Ce choix ne devra pas cependant priver la pêche artisanale (et même côtière) de disposer d’un quota hors toute forme de concurrence et empêcher de réserver exclusivement les activités de ce sous-secteur aux mauritaniens. De même, il ne devra pas empêcher le débarquement et la transformation locale des captures réalisées dans la ZEEM.

Indifféremment du choix que proposera le consultant et de celui qui sera officiellement retenu, des objectifs pour la stratégie en cours d’élaboration devront être clairement définis et des axes, choisis ; le choix de ces derniers devant se faire en étroite relations tant avec les objectifs à viser qu’avec les domaines de compétence du ministère chargé des pêche, réformé. D’ores et déjà, il serait opportun d’avoir un axe pour l’environnement et d’étudier la possibilité de supprimer l’axe des affaires maritimes et de fusionner les axes 1 (Ressources) et 2 (système d’exploitation).

Beaucoup d’autres détails mériteraient d’être suffisamment discutés entre le consultant en charge de la finalisation de la stratégie en préparation et puis des spécialistes du ministère et ce en présence d’une autorité d’arbitrage ayant le pouvoir de décision. Peut-on alors dire que le processus d’élaboration d’une stratégie pour le secteur des pêches est entré dans une phase décisive où a surtout sonné l’heure de la décision?

Dans la phase suivante, d’autres détails relevant notamment du domaine de la gouvernance, mériteront une grande attention ; seraient en tête de tels détails l’organigramme du Ministère, le déploiement des ressources humaines, l’arsenal juridique, la colonisation de la côte et l’audit de l’administration centrale et des établissements publics sous tutelle.

Dr Sidi El Moctar Ahmed Taleb

 

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