Peine de mort au Pakistan: Shafqat Hussain a été pendu

Shafqat HussainShafqat Hussain a été pendu mardi 4 août par les autorités pakistanaises, malgré les critiques internationales. Devenu un symbole de la lutte contre la peine de mort, Shafqat Hussain avait été condamné pour le meurtre d’un enfant. Le jeune homme affirmait que ses aveux lui avaient été soutirés sous la torture.

Au lendemain du raid des talibans contre une école de Peshawar qui avait fait 154 morts en décembre, le Pakistan avait repris les exécutions de condamnés à mort, y compris ceux n’ayant aucun lien avec des mouvements considérés comme « terroristes ». L’ONU, l’Union européenne et des organisations de défense des droits de l’Homme ont aussitôt fustigé cette nouvelle politique. Mais cela n’a pas empêché le gouvernement de faire pendre environ 180 personnes parmi les 8 000 qui croupissent dans les geôles pakistanaises.

L’attentat de Peshawar, « a conduit le gouvernement à mettre en place un programme national antiterroriste et anti-extrémiste, jugé par les médias pakistanais comme étant peu efficace. On a donc l’impression que le gouvernement s’est mis sur une ligne dure, en mettant fin au moratoire sur la peine de mort qui avait été mis en place depuis plusieurs années maintenant, en relançant un rythme soutenu des exécutions », explique Jean-Luc Racine, chercheur au CNRS. Mais pour une grande part, si ce n’est pour l’essentiel, des exécutions de gens qui n’ont rien à voir avec les affaires de terrorisme.

« On est donc dans une politique assez confuse. On a l’impression que toutes ces exécutions sont perçues par le gouvernement comme une façon de montrer sa résolution contre le crime, sans véritablement faire la distinction entre crimes de droit commun et les véritables opérations antiterroristes à mener à travers tout le pays », ajoute le chercheur.

«Je n’ai jamais touché au garçon »

« Le gouvernement a fait preuve d’une indifférence impitoyable non seulement envers la vie humaine, mais aussi du droit international », a dénoncé Amnesty International à propos de l’exécution de Shafqat Hussain. Issu d’une famille pauvre du Cachemire, il n’avait aucun lien avec le carnage commis par les talibans à Peshawar. Son cas était devenu emblématique des limites de la politique d’exécution du gouvernement dans un pays où les aveux sont parfois arrachés de force aux suspects. Ces derniers n’ont d’ailleurs souvent pas de papier d’identité pour prouver leur âge.

Condamné à mort il y a une dizaine d’années par un tribunal antiterroriste en 2004 pour le meurtre d’un garçon de sept ans à Karachi, Shafqat Hussain avait plaidé son innocence et soutenu avoir « fait des aveux » après des jours de torture policière. Le jeune homme avait moins de 14 ans au moment de sa condamnation. « Je veux que le monde sache que je n’ai jamais touché au garçon », tels ont été ces derniers mots a confié à l’Agence France-Presse son frère Gul Zaman, qui l’a vu peu de temps avant son exécution.

En appel, ses avocats avaient plaidé en vain qu’il était mineur au moment des faits reprochés et donc qu’il ne pouvait être pendu. La loi et les traités internationaux ratifiés par le Pakistan lui interdisent normalement l’exécution de personnes reconnues coupables de crimes avant leurs 18 ans.

Source: RFI

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