Pèlerinage à La Mecque: sécurité renforcée, tensions avec l’Iran

grande-mosquee-de-la-mecqueLe pèlerinage annuel des musulmans à La Mecque se déroule en ce moment en Arabie saoudite. Un million et demi de fidèles, venus du monde entier, sont actuellement sur place. Un an après une bousculade meurtrière qui a fait plus de 2 000 morts, les mesures de sécurité ont été renforcées. Et cette année, le pèlerinage donne lieu à une violente guerre des mots entre l’Arabie saoudite et l’Iran, qui remet en cause la gestion des lieux saints par Riyad.

La terrible bousculade du 24 septembre 2015 a coûté la vie à environ 2 300 pèlerins. Un chiffre obtenu en additionnant les bilans fournis par une trentaine de pays ayant perdu des ressortissants. L’Arabie saoudite n’a reconnu que 769 morts et n’a toujours pas publié les résultats de l’enquête promise.

Pour prévenir de nouveaux drames, les autorités saoudiennes ont mis en place de nouvellesmesures de sécurité cette année, avec notamment la distribution de bracelets électronique contenant des informations relatives à chaque pèlerin : identité, nationalité, hébergement, contact…

Effort de prévention également  : « Les pèlerins reçoivent des SMS pour les avertir du risque de bousculade », raconte Chafiq Benchaba, qui cette année est à la fois pèlerin musulman et envoyé spécial de la télévision algérienne Echorouk News. « Ils ont affiché des tracts dans les hôtels recommandant de choisir les heures d’accomplissement du rituel de la lapidation », poursuit cet Algérien.

C’est en effet durant cette lapidation symbolique de stèles représentant Satan que le drame a débuté l’an passé. « On peut lire qu’il faut aller lentement, par petits groupes, qu’il faut être organisé, car les bousculades peuvent causer la mort », explique le pèlerin, joint par RFI à La Mecque.

Pas de pèlerins iraniens cette année au hadj

Les mesures de sécurité ont été renforcées, mais les pèlerins iraniens ne sont pas venus à La Mecque cette année. Plus de 400 ressortissants de la République islamique ont péri l’an passé dans la bousculade. Et depuis, Téhéran et Riyad n’ont pas réussi à s’entendre sur des mesures demandées par l’Iran pour sécuriser le pèlerinage de ses fidèles.

Les deux pays – dont les relations sont très tendues – s’accusent mutuellement de cet échec. Et ces derniers jours, ils ont échangé des propos très durs : le guide suprême iranien a qualifié la famille royale saoudienne de « maudite et maléfique », ne « méritant pas de gérer les lieux saints » de l’islam. Or, pour l’Arabie saoudite, la gestion de La Mecque et de Médine, qui se trouvent sur son sol, est un enjeu essentiel.

« Le Roi se fait appeler  » le gardien des deux lieux saints « , donc c’est vraiment un pilier de la légitimité intérieure et aussi de la réputation extérieure de l’Arabie », explique Claire Beaugrand, spécialiste des pays du Golfe à l’Institut français du Proche-Orient (Ifpo).

« Quand l’Iran met en cause la gestion des lieux saints, il essaie de remettre en cause cette légitimité. Quand la République islamique demande une gestion différente, qui ne serait plus exclusivement saoudienne, c’est une attaque très, très forte, dans le contexte de la rivalité entre deux pays qui prétendent s’appuyer sur une interprétation de la religion musulmane », analyse Claire Beaugrand.

L’Iran accusé de vouloir politiser le pèlerinage

L’Arabie saoudite a répondu aux critiques iraniennes de façon tout aussi cinglante : « Les Iraniens ne sont pas musulmans », a lancé le grand mufti du royaume, Abdel Aziz ben Al Cheikh, alors que l’Arabie saoudite et les autres monarchies du Golfe accusent la République islamique de vouloir « politiser » le pèlerinage à La Mecque. Là, un point sensible est touché, selon le chercheur saoudien Fayçal Abuelhassan, qui explique que « l’idée d’un pèlerinage apolitique est historiquement fondamentale ».

Ce sociologue du Centre de recherche et d’études islamique du roi Fayçal à Riyad rappelle que les Saoud n’ont pris le contrôle de La Mecque qu’en 1924. « Avant cela, les al-Saoud et leurs sujets ont souvent été interdits de faire le hadj pour des raisons politiques, sous l’Empire ottoman puis sous les Hachémites », explique-t-il.

Depuis lors, « c’est un principe particulier et important que le hadj soit apolitique ». « Je crois que c’est dans la mémoire collective du pays », ajoute Fayçal Abuelhassan.

Le pèlerinage annuel, c’est aussi une source de revenus considérable pour le royaume, la première après le pétrole. L’Arabie saoudite projette d’ailleurs de promouvoir le « tourisme religieux » sur son sol. C’est l’une des mesures envisagées dans le vaste plan de réformes économiques intitulé « Vision 2030 » et dessiné par la dynastie des Saoud.

Par Nicolas Falez, Sami Boukhelifa

Source: RFI

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