Périple de Mohamed Ould Abdel Aziz au Trarza : Sous le signe du « Rahil »

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Malgré les énormes moyens déployés pour la visite du président Mohamed Ould Abdel Aziz au Trarza, les organisateurs n’ont pas été à la hauteur de l’évènement, selon les premières estimations.

Le périple qui s’est pourtant caractérisé par plusieurs inaugurations, s’est finalement résumé en des guerres de préséance entre clans politiques rivaux, avec en prime des querelles byzantines souvent sous les yeux du président, sans compter les millions d’ouguiyas de l’accueil qui ont souvent pris la clé des champs, ainsi que des cris au « Rahil » dans divers endroits, notamment à R’Kiz et Keur Macène.

Pire, la visite n’a fait qu’accroître la colère du président, qui a vertement tancé les mauvais payeurs du Crédit agricole avant de quitter une région encore sous l’écho des ressentiments populaires.

La visite de Mohamed Ould Abdel Aziz au Trarza restera sans nul doute une douloureuse épine aux pieds des thuriféraires locaux de l’UPR (Union pour la République). En cherchant à dégager les concurrents pour leur propre visibilité, les clans politiques locaux se sont autodétruits, dans une guerre au lèche-botte où finalement tous ont perdu.

A Rosso, c’est Fassa Yérim, le maire central de Rosso, en bute contre le Sénateur Mohcen Ould El Hadj et le beau-frère du président, Cheikh Néma Ould Nour, puissant directeur des Bacs de Rosso qui refuse de payer ses taxes à la commune.

A Keur-Macène, c’est la guerre ressuscitée entre les frères ennemis du coin, Boïdiel Ould HoumeId, un opposant venu sauver son patrimoine de voix et Mohamed Ould Boilil, un ministre de l’Intérieur en fin de carrière qui vient préserver son grenier électoral.

A R’Kiz, c’est la vieille garde contre les jeunes loups dont la verve des anciens a fini par coincer dans les cordes raides de l’opposition radicale. A Tiguint, c’est la bataille à couteaux tirés entre tendances locales, celle des familles et des clans politiques, les fils de Habibourahmane et du maire actuel El Mamy contre l’ancien maire Bounana Ould Chrif et ses partisans.

Des querelles byzantines qui ont fini par jeter l’ombre sur les retombées de projets pourtant d’envergure pour les populations, telles ces routes qui vont désenclaver des villes aussi historiques qu’isolées, de la trempe de Mederdra et de R’Kiz, mais aussi ces projets qui vont éclairer de la magie de l’électricité des hameaux aussi perdus que Boïr Toress.

S’ajoutent à ce tableau peu reluisant des concurrences domestiques, les cris au « Rahil » qui ont accompagné le président Mohamed Ould Abdel Aziz dans sa tournée. A R’KIZ, malgré l’euphorie de la route inaugurée qui relie la vieille ville à Mederdra sur une distance de 45 kilomètres, la jeunesse locale n’a perçu dans ce passage présidentiel que la réminiscence des tournées carnavalesques de ses prédécesseurs.

Brandissant des slogans fustigeant la politique népotiste du régime, c’est devant les locaux de la préfecture que la contestation s’organisera, noyant de sa voix discordante les youyous des fidèles et les cris de cœur des partisans locaux. Un mélange de révoltés de la dernière heure et une vieille garde tannée par des décennies d’applaudissements.

A Keur Macène dont il était l’hôte hier, Mohamed Ould Abdel Aziz n’a pu rater les inscriptions qui tapissaient les murs. « Arhal », inscrit en couleur sang s’étalait en effet sur les façades des maisons et des édifices publics, au grand dam des laudateurs pris de court. Sur certains murs, des mains partisanes ont cependant tenté de transformer le sens des mots, en vain.

Pendant ce temps, Keur Macène retenait son souffle face à la bataille de titan que se livrait ses deux ténors. La guerre de la mobilisation émaillera en effet la joute qui opposera ainsi les partisans de Boïdiel Ould Houmeid, président du parti El Wiam, revenu en force dans son fief pour préserver son territoire et ceux de son rival de toujours, Mohamed Ould Boïlil. Les premières estimations parlent ainsi de la bagatelle de 26 millions d’UM dépensés pour accueillir pendant quelques heures le président Ould Abdel Aziz.

C’est ainsi un président diminué par la maladie, éreinté par son périple à Nouadhibou et découragé par la faible capacité mobilisatrice de ses poulains, qui se pliera ainsi à un forcing électoraliste, pour requinquer un parti-Etat en manque de vitesse.

A Rosso où il avait reçu les hommes d’affaires « agriculteurs », Ould Abdel Aziz a déclaré qu’il ne tolérera pas le détournement de l’argent du crédit agricole, la bagatelle de 9 Milliards d’UM impayés. Cet argent, selon les vrais agriculteurs, est allé dans les poches des grands hommes d’affaires et celles des puissants dignitaires de l’Etat.

Cheikh Aïdara

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