Polémique sur la capture du terroriste évadé

SaleckLes autorités mauritaniennes ont bel et bien cherché à tirer de la capture du terroriste évadé, Saleck Ould Cheikh, tous les dividendes politiques et diplomatiques au détriment des pays à l’origine de cette arrestation. Une attitude largement décriée aussi bien par une bonne partie de l’opinion publique nationale que par la presse des pays concernés, en l’occurrence la Guinée Conakry.

Alors que le président guinéen Alpha Condé déclarait sur les ondes de RFI la capture du terroriste évadé de Mauritanie, Saleck Ould Cheikh, par la gendarmerie nationale de son pays et qu’il en a informé le président Mohamed Abdel Aziz qui dépêcha aussitôt un avion pour le ramener, le ministre porte-parole du gouvernement mauritanien, déclarait lors du point de presse hebdomadaire du gouvernement, que c’est la police mauritanienne qui aurait procédé à une telle arrestation en terre guinéenne. Une polémique qui a été amplifiée, les uns soutenants la thèse locale et magnifiant la dextérité et l’efficacité des services sécuritaires, les autres, dénonçant une attitude qui minimise le rôle joué par les pays qui seraient les véritables acteurs du dénouement.

En effet, selon la thèse retenue ici en Mauritanie, les services sécuritaires auraient suivi à la trace le fugitif, à travers le Sénégal, la Guinée Bissau, avant de l’appréhender à la frontière entre ce pays et la Guinée Conakry. Une thèse qui résiste peu à toute logique, selon certains observateurs, qui voient mal, la police mauritanienne exercer librement son droit de poursuite dans trois pays souverains, sauf avec leur accord ou en collaboration avec leurs propres services de sécurité. Dans l’un ou l’autre cas, ils estiment qu’il était du devoir des autorités mauritaniennes d’adresser des remerciements solennels à ces pays et ne pas trop tirer la couverture sur elles au point de minimiser leur apport.

D’autres considèrent que le tapage fait autour de l’exploit des services de sécurité mauritaniens masque mal les erreurs commises dans cette affaire et pour lesquelles une enquête sérieuse et radicale s’impose et cela, à différents échelons. Les premières responsabilités retombent ainsi sur l’administration pénitentiaire et en particulier de celle où était détenue le terroriste Saleck Ould Cheikh.

Sur cette évasion, plusieurs interrogations restent sans réponse. Comment d’abord l’administration pénitentiaire pouvait-elle autoriser l’entrée de femmes entièrement voilées, au point où nul ne peut savoir ce qui se cache derrière, surtout, ces femmes se rendaient auprès de dangereux terroristes, la plupart condamnés à mort. Cela est d’autant plus grave qu’il y a eu d’autres évasions via cet accoutrement qui a permis à de dangereux terroriste, de sortir de la prison incognito, sous couvert du voile intégral. En effet, l’évasion spectaculaire il y a quelques années du chef présumé de la cellule Aqmi en Mauritanie, Khadim Ould Semane et quatre de ses amis de la prison civile de Nouakchott, habillés en burqua, aurait dû pousser l’administration à prendre dès cet instant des mesures énergiques interdisant le port du voile intégral pour les visiteurs, surtout les Salafistes. Ensuite, pourquoi emprisonner ces dangereux détenus, à Nouakchott, au milieu d’autres prisonniers, dont des détenus de droit commun et des détenus politiques.

Comment également la gade pouvait ne pas avoir eu la puce à l’oreille, alors que pratiquement tous les prisonniers étaient au courant des préparatifs du prisonnier, lequel aurait épongé son ardoise en payant toutes ses dettes en prison tout en s’adonnant plus que de coutumes à des exercices physiques. En plus, comment expliquer que la garde n’ait été informée de la disparition du prisonnier que plus de six heures de temps après son évasion ? Comment ensuite, les services de police, de gendarmerie et de la Routière qui jalonnent tous les axes nationaux, n’ont pas pu empêcher la sortie d’un dangereux terroriste condamné à mort ?

Parce que cette évasion était si incompréhensible, qu’une partie de la population avait brodé un et mille ragots, certains allant jusqu’à évoquer l’idée d’un kidnapping fomenté par les autorités pour des raisons ou d’autres. Par ailleurs, la réponse donnée par le ministre porte-parole du gouvernement à la question posée par un journaliste sur l’augmentation des prix, pourrait corroborer la thèse de la diversion faite autour de cette capture, pour détourner les populations de leurs véritables préoccupations. « Vous vous intéressez au prix des hydrocarbures au moment où nous venons de capturer un dangereux terroriste évadé ! » s’est-il écrié dans un large sourire. La puérilité au vrai sens du mot, trouvent plusieurs commentateurs qui ont été profondément déçus par un ministre qui, pour justifier le maintien du prix du carburant en Mauritanie, évoque de fantomatiques hausses dans les pays du golfe, tout en restant sans voix, quand dans une réplique, un autre journaliste lui demanda « comment expliquer alors la baisse du prix de ce produit dans tous les pays limitrophes ? »

Cheikh Aïdara

Encadré

Condé sur RFI : « Nous avons été informés de la présence du fugitif mauritanien en Guinée Bissau »

S’exprimant sur les ondes de RFI, le président de la Guinée Conakry, Alpha Condé, a déclaré que ses forces de sécurité ont été informées le 19 janvier courant de l’intention du prisonnier salafiste mauritanien de s’introduire en Guinée Conakry à partir de la frontière de la Guinée Bissau. Il a ajouté qu’une unité de la gendarmerie nationale guinéenne a été préparée à l’occasion et envoyée séance tenante au point de passage pour intercepter Saleck Ould Cheikh et son compagnon. Il a indiqué que les deux suspects étaient effectivement arrivés au point frontière à bord d’une moto. Ils ont été aussitôt appréhendés, dira-t-il en substance, non sans avoir tiré sur les gendarmes et causé quelques blessures légères. Il a indiqué avoir informé son homologue Mohamed Abdel Aziz de la capture du fugitif avec tous les détails, soulignant qu’il ne tolèrera pas que son pays soit le théâtre d’actes illégaux.

L’UPR : « nous exprimons toute notre fierté pour l’exploit de nos forces de sécurité »

Dans le communiqué publié le 20 janvier 2016, l’Union Pour la République (UPR), parti au pouvoir, a salué le grand exploit réalisé par la police nationale, en capturant le dangereux terroriste Saleck Ould Cheikh.

Le parti considère que cet exploit est une autre preuve de la grande préparation de l’appareil sécuritaire depuis des années dans le domaine de la lutte contre le terrorisme et du crime transfrontalier. L’UPR exprime ainsi toute sa fierté face à cet exploit de la police nationale au cours des différentes étapes de cette opération, en partant de la filature jusqu’à la capture du terroriste évadé de prison depuis le 31 décembre 2016 et condamné à mort en 2011 alors qu’il cherchait à mener des attentats à l’explosif à Nouakchott. Et le parti de féliciter le président Mohamed Abdel Aziz, à la police et au peuple mauritanien pour ce grandiose exploit. Puis, le parti a remercié les pays qui ont participé dans ce dossier.

Source: Lauthentic

 

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