Politique : La COD à la recherche de plus de  » cohésion « 


Les dirigeants des partis membres de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) étaient en conclave, lundi dernier, au siège du parti Hatem, dont le président, Saleh Ould Hannena assure la présidence tournante de la Coordination. Objectif de cette réunion : revoir la charte constitutive de la COD en vue de lui donner plus de vigueur, mais surtout de solidité allant dans le sens de la cohésion du regroupement.

COD EN MEETING

Depuis lundi, la COD est en conclave pour rédiger un texte de restructuration de ses instances. Il s’agirait, selon une note produite par la commission de communication de la COD, de faire passer la charte du regroupement de partis d’un simple accord de  » rassemblement « , à celui d’un pacte politique sur les grandes questions d’intérêt national.

La volonté de mener les futures actions de la COD dans un contexte plus  » engageant  » découle sans doute de l’évaluation de la marche et du meeting du 18 juillet dernier jugés largement positifs, y égard à la forte affluence de populations de plus en plus remontées contre un gouvernement réellement sans envergure et sans visions pour l’avenir. Et, contrairement à ce que laissent entendre ceux qui critiquent la COD pour son absence de résultats (la chute du régime ou l’ébranlement de ses assises), l’opposition radicale semble inscrire son action dans la durée puisque la réunion de ses chefs a aussi examiné un plan d’action étalé sur plusieurs mois. Une guerre d’usure qui s’annonce, en quelque sorte.

C’est déjà une perspective en faveur d’un pouvoir qui a tout l’air d’avoir compris que c’est justement sur le temps que ses adversaires politiques misent pour le mettre en difficulté. L’impossibilité pour la COD de faire bouger la rue suffisamment pour ébranler les assises du pouvoir – et le pousser à faire des concessions importantes, à défaut de le  » dégager «  ramène tout le débat actuel et à venir sur le comment de la sortie de la crise. Il s’agit plus d’une guerre des nerfs que d’un véritable affrontement devant aboutir à la défaite politique de l’un des deux camps en conflit. L’abandon d’une stratégie de provocation ( » Aziz dégage « ) pour une autre d’harcèlements (marches et meetings) qui découvrent, au fil du temps, que le pouvoir est en train de perdre des points.

Jusqu’à présent, la COD a plutôt réussi à jeter le discrédit sur une gestion du pouvoir où l’improvisation l’emporte sur l’efficacité, même si, de l’avis de bon nombre d’observateurs il aurait été mieux indiqué pour l’opposition radicale d’attendre la fin du quinquennat de Mohamed Ould Abdel Aziz pour tenter de le  » renverser «  démocratiquement par la voie des urnes comme cela est arrivé au Sénégal. Le choix même du slogan  » Aziz dégage  » est devenu une sorte d’handicap pour une COD qui se sent obligée, maintenant, d’honorer cet engagement, même si certains leaders, comme le président du Rassemblement des forces démocratiques (Rfd), Ahmed Ould Daddah, prennent le soin d’indiquer que l’action menée contre le pouvoir s’inscrit bien dans la durée.

La COD gagnerait à reprendre la route menant vers les wilayas puisque c’est dans cette  » Mauritanie profonde «  que la guerre se gagne – ou se perd. La bataille de Nouakchott n’est déterminante que pour dire si oui ou non le pouvoir est en train de perdre du terrain dans les milieux politisés mais pas pour savoir si les populations de l’arrière-pays continuent encore à lui accorder leur confiance. Mais le grand test sera, incontestablement, le  » Direct avec le peuple «  que le président Aziz s’apprête à faire à partir de la ville d’Atar, ville de l’ancien président Taya, réputée être l’un des bastions de la COD.

Nouvelle stratégie, nouveaux moyens.

On est maintenant fixé sur ce que veut la COD (le départ du président Aziz) mais rien ne permet, à l’heure actuelle, de juger avec pertinence de ce qu’elle peut. Certes les quelques meetings qu’elle a organisés à Nouakchott ont démontré une capacité de mobilisation très forte mais quand il s’agit de pousser la confrontation plus loi, sur le terrain des sit-in ou des échauffourées avec la police anti-émeute, on se rend compte que les militants ne sont pas suffisamment préparés pour le  » sacrifice «  que veulent les hommes politiques pour réaliser leur plan de dégagement du pouvoir. D’ailleurs, les mauritaniens qui ont tous une aversion non feinte pour la violence, et prient pour que le pays ne connaissent pas les mêmes troubles sociaux vécus en Egypte, au Yémen, en Libye et en Syrie, n’adhèrent pas aux plans d’alternance (non pacifique) au pouvoir échafaudés par la COD. Faire partir le président Aziz, à force de grèves, de manifs et de sit-in qui débouchent très souvent sur des accrochages avec la police, n’est pas une stratégie qui enchante des populations qui ont vécu les douloureux évènements d’avril 89, frôlant de peu la guerre civile, et ont suivi en direct, grâce à Al jazeera, les drames des peuples tunisien, égyptien, libyen, syrien et yéménite.

Sur le plan communicationnel, la machine de propagande du pouvoir est beaucoup mieux rodée que celle de l’opposition. Les coups et contrecoups échangés de part et d’autre tournent à l’avantage d’un pouvoir qui dispose de tous les leviers de la presse officielle (agence, radio et télévision) et qui a mis en place des officines chargées de contrecarrer les manœuvres de la COD dans la presse privée. De sorte que la visibilité que l’opposition veut donner à sa vision stratégique, à court et moyen termes, est  » parasitée  » par une action parallèle menée par la majorité après avoir été sommée par le président Aziz de réagir aux attaques de la COD.

C’est dire que la stratégie qui sera adoptée par la COD, à partir de maintenant, ne peut pas être différente, sur le plan des résultats, de celle qui a été enclenchée depuis plusieurs mois. Elle peut, tout au plus, donner un élan nouveau à la confrontation, en choisissant de mettre en avant l’action des jeunes mais aussi en essayant de faire bouger la rue à l’intérieur du pays. En termes d’efficacité, cette stratégie aura peu d’efficacité, mais s’agissant de la qualité de la propagande visant à dire que la contestation est générale, la COD peut marquer des points.

Sneiba Mohamed.


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