Politique nationale: Rideaux sur les élections

aziz-jamilAvec un fichier électoral d’un peu moins de 1,2 millions d’inscrits, et à la suite de deux tours de scrutins organisés les 23 novembre et 21 décembre, les mauritaniens ont désigné 144 députés à l’assemblée nationale et les membres de 217 conseils municipaux, pour les cinq prochaines années. Les électeurs de quelques rares circonscriptions, à l’image de Kaédi pour les municipales, dont les résultats ont été annulés soit par la Cour Suprême, soit par le Conseil Constitutionnel, attendront encore quelques semaines, voire trois mois, pour retourner aux urnes. Cette bataille électorale a été repoussée 2 fois dans le passé, pour des raisons liées à la situation de l’état civil et le climat délétère caractérisant les rapports entre le pouvoir du président Mohamed Ould Abdel Aziz et la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD). Un collectif qui a finalement boycotté les élections législatives et municipales pour protester contre « l’agenda unilatéral » du pouvoir et « l’absence de garanties de transparence ». Majorité renforcée Pour la moisson des uns et des autres, on note les bonnes performances relatives de l’Union Pour la République (UPR), principal parti de la mouvance présidentielle, qui a fait élire 74 députés au sein d’une Assemblée nationale de 147 élus, soit une majorité absolue (50%+1). Cependant au-delà de ce premier constat à propos des chiffres, ce parti et ses alliés de la coalition majoritaire, dont certaines formations créées de toutes pièces et reconnues rapidement pendant la période immédiate précédant les élections en pleine débat sur un possible boycott de l’opposition radicale, réussissent une véritable razzia avec un total confortable de 108 députés élus. La forte présence de députés favorables au pouvoir est de bonne augure pour le président Mohamed Ould Abdel Aziz, qui malgré son silence actuel, devrait briguer un deuxième et dernier mandat (limitation constitutionnelle) à l’occasion de l’élection présidentielle prévue en juin 2014 (suivant le timing du calendrier républicain). Tawassoul, l’opposition gagnante Quant aux partis de l’opposition participationniste, ils ont fait élire un total de 37 députés. Dans ce contingent, les islamistes du Rassemblement National pour la Réforme et le Développement (RNRD/Tawassoul /islamiste), désormais première force de l’opposition, se taille la part du lion avec 16 représentants à l’Assemblée nationale. Du coup, les camarades de Mohamed Jemil Ould Mansour acquièrent le statut de première force de l’opposition présente au parlement et placent leur leader sur la station de chef de file de l’opposition démocratique. Le Parti pour l’Entente Démocratique et Sociale ((El Wiam) de Bodiel Ould Houmeid, a réussi son baptême de feu en plaçant dix (10) représentants à la chambre basse du parlement. Au sein de cette formation, on retrouve de nombreux dignitaires du régime du président Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya (1984/2005). Grande perdante des élections législatives et municipales 2013, l’Alliance Populaire Progressiste (APP) de Messaoud Ould Boulkheir, président sortant de l’Assemblée nationale, avec une portion congrue de sept députés, et est reléguée au rang de troisième force de l’opposition parlementaire, en dépit de l’absence du Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD) et de l’Union des Forces de Progrès (UFP). Dernière formation dans cette catégorie, l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Réconciliation (AJD /MR), de Sarr Ibrahima, elle décroche quatre postes de députés et représentera la mouvance nationaliste négro africaine au parlement. Après ce vote, le président Mohamed Ould Abdel Aziz a salué « un renouvellement de la classe politique ». Alors, à quand le renouvelle de l’oligarchie militaro affairiste sous les bottes de laquelle gémit la Mauritanie depuis le coup d’état du 10 juillet 1978. Comme l’a si bien dit Jamil Ould Mansour, président du parti Tawassoul, lors de sa première sortie devant la presse au lendemain du second tour, les élections municipales et législatives n’ont pas réglées la crise politique née du putsch 2088 et qui demeure là présente. Surtout que des partis de l’opposition traditionnelle restent en dehors du dispositif politique légal et exigent de nouvelles élections. Ahmed Ould Daddah, président de la COD a affirmé lors d’un point de presse tenu mardi que le pays « s’enfonce dans la crise »après les deux tours d’élections législatives et municipales. « La mascarade électorale qui vient de se dérouler ne règle en rien la crise politique. Elle enfonce plutôt le pays davantage dans la crise », a-t-il déclaré. Pourtant, les partenaires étrangers se sont félicités de l’organisation des dernières élections dans notre pays. La France a salué mardi « le bon déroulement » de ces élections et « la forte participation », selon le porte-parole adjoint du Quai d’Orsay, Vincent Floréani. Il a estimé que « la mise en place du nouveau Parlement, attendue depuis 2011, marque une étape dans le processus de démocratisation en cours. » ! Même son de cloche chez les américains et l’Espagne. Il reste maintenant à savoir que fera Aziz de cette nouvelle victoire. Va-t-il continuer sur la même lancée excluant ses adversaires de la COD ou est-ce qu’il va songer à les amadouer à la veille de tenue de l’élection présidentielle ?

Ould Bladi

Source : RMI Biladi

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