Politique: Opposition et majorité brouillées déjà par les enjeux de 2019 et un Aziz encore très serein

Sidi El Moctar Ahmed TalebLa scène politique nationale est aujourd’hui morose et confuse à l’extrême. Les innombrables tentatives de sa redynamisation à travers l’organisation d’un dialogue inclusif sont, jusqu’à présent, restées vaines.
Pour plusieurs observateurs, une position claire de la part du Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz en ce qui concerne son retrait à la fin de ce deuxième mandat ou son intention de rester au pouvoir au-delà de 2019, rendrait les choses plus lisibles, mettrait fin à la confusion qui règne et à la morosité qui caractérise la situation actuelle, réanimerait la scène politique et lui ferait retrouver sa vivacité.
C’est donc là un simple mot de passe qu’on considère suffisant pour faire sortir le pays de l’impasse que crie l’opposition radicale et les mécontents de tous bords. En d’autres termes, Il y a un besoin pressant d’une telle décision, celle qui impactera sûrement la situation présente et future de notre pays.
Dans le camp particulier de l’opposition, on est aujourd’hui divisé entre ceux qui espèrent, d’un jour à l’autre, un changement accidentel du pouvoir d’Aziz et ceux qui reconnaissent leurs faiblesses et redoutent les enjeux d’une alternance pacifique normalement prévue en 2019.
Alors, le boycott des élections par l’opposition et son refus de participation à un quelconque dialogue, constituent l’essentiel d’une stratégie visant principalement à créer les conditions d’un mécontentement généralisé et d’une désobéissance civile qui, ensemble, pourraient induire un coup d’Etat.
C’est le cas surtout de Daddah et de Messaoud, tous deux frappés par la limite d’âge. D’autres groupes ( ) et personnalités indépendantes du Forum National pour la Démocratie et l’Unité (FNDU), misent, eux-aussi, sur un tel changement accidentel.
Au sein de ce FNDU, Ahmed Daddah et un groupe restreint de personnes l’entourant, constituent le noyau dur et sont considérés, malgré tout, comme l’opposition la plus crédible au niveau interne et externe.
Ainsi, les membre de cet ensemble resteront fidèles à leurs principes et continueront à œuvrer, loin du pouvoir, pour réaliser leur seul objectif consistant à conquérir la magistrature suprême.
De même, des chefs de partis politiques tels que Ould Maouloud, Ould Hanenna, Ould Mensour, et autres rêvent hériter la place des leaders traditionnels de notre opposition, notamment ceux privés de se présenter à la présidence en 2019 par la constitution.
Pour réaliser ce rêve, ces chefs de partis de l’opposition jugent qu’il est de leur intérêt de se démarquer, dès à présent, du pouvoir et d’arriver à 2019 dans une opposition radicale, clairement distancée du pouvoir en place.
C’est ce qui explique l’hésitation et les tiraillements quant à la participation ou non aux multiples dialogues proposés par le gouvernement.
En ce qui concerne Tewassoul, il est appelé à jouer la carte de la modération et de l’apaisement avec le pouvoir jusqu’au point de prendre part à toute solution négociée avec celui-ci. La situation dans les pays constituant sa base arrière et la conjoncture internationale, l’exigent.
Pour une autre partie de cette opposition, nostalgique des anciens temps, il faut coute que coute entretenir l’opposition à Mohamed Oud Abdel Aziz et espérer toute solution de rechange, même providentielle. Serait-ce là un conglomérat composé de quelques petits partis politiques, de tribus et de personnalités de diverses origines.
Une troisième catégorie, majoritaire, est constituée de chercheurs de solutions intermédiaires. Il s’agit de manœuvriers politiques, de spécialistes de marchandages, de pragmatiques, etc. Ceux-ci seraient récupérables à tout moment eu égard à leur mobilité historique qui les a toujours trainés de la droite à la gauche et vice-versa.
S’agissant de la majorité présidentielle, elle n’est pas plus homogène que l’opposition sous toutes ses formes (radicale, modérée, payée par l’étranger, non patriote, corrompue, etc.), mais elle continue encore à jouer la carte de l’unité autour de Aziz.
En effet, il y en a qui lui affichent le soutien et à son régime pour des intérêts personnels et égoïstes. Leurs actions et manœuvres pour arriver à leurs visées, ne manquent pas souvent de nuire au système de Son Excellence et de porter préjudice à sa personne.
Cela ne veut pas dire que Monsieur le Président de la République n’a pas des personnes qui le soutiennent sincèrement et qui seraient prêtes à l’accompagner dans tous ses projets actuels et futurs. Ces personnes existent bel et bien, mais elles sont rares, voire très rares par rapport aux opportunistes de tous genres.
A propos, le flou qui entoure encore le retrait en 2019 de Aziz et le suspens entretenu à ce sujet, sont à l’origine à la fois de la cohésion apparente de la majorité présidentielle et du flux des opposants, appelé à s’intensifier, vers la majorité, vers l’UPR ou tout simplement vers Aziz en personne.
Monsieur le Président de la République, que vous ambitionniez personnellement rester au pouvoir ou que votre entourage (militaire et civil) vous pousse à le faire, l’actuelle constitution est contraignante et son changement s’entoure de risques incalculables et imprévisibles.
Le plus important à ce sujet, reste cependant celui de savoir que le changement de la constitution et/ou la préparation d’un candidat pour la majorité, imposent une stratégie dont la conception et la mise en œuvre requièrent du temps et un travail délicat tant à l’échelle nationale qu’avec certains partenaires particuliers et la communauté internationale dans sa globalité.
Plus explicitement, le respect des dispositions de l’actuelle constitution, doit obligatoirement impliquer le choix et la préparation d’un homme de confiance qui pourra éviter toute action de poursuite des hommes et femmes du système et garantir la préservation des intérêts de toute cette équipe considérée par une partie de l’opinion publique nationale responsable de la situation qui aura été laissée à l’issue de toute la période 2005-2019.
Il est évident que la stratégie la réussite de la stratégie en question, dépendra, entre autres, des réalisations de l’actuel mandat 2014-2019 et de leurs impacts sur les conditions de vie des citoyens.
L’amélioration du Projet Emel, le respect de la loi et des procédures dans l’Administration et enfin la valorisation des ressources humaines, seraient des détails faisant partie d’un ensemble d’ingrédients qu’englobe pour tous le vocable‘’réalisations’’.
Quant aux concepteurs de ladite stratégie, ils partiront certainement d’un constat selon lequel l’élite intellectuelle et la majorité des partis politiques, les chefs religieux et tribaux sont toujours les principaux soutiens d’une armée versée dans la politique.
A leurs yeux, seule l’armée est capable de diriger la Mauritanie, particulièrement dans cette phase de son histoire quand le tribalisme, l’ethnisme et le régionalisme battent leur plein et le terrorisme constitue une menace réelle au niveau local, sous-régional et même international.
L’autre constat amer encore, est que pour l’Occident, les intérêts priment sur la promotion de la démocratie et la défense de ses valeurs dans le reste du monde. Notre opposition (FNDD et FNDU), en sait quelque chose !

Dr Sidi El Moctar Ahmed Taleb

Source : Dr Sidi El Moctar Ahmed Taleb

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