Politique : une majorité inhibée face à une opposition piégée

DR Sidi El Moctar Ahmed Taleb
Il n’est secret pour personne que le pouvoir a tout fait pour que les partis de l’opposition dépassent le choc des accords de Dakar et de la mystérieuse force (magnétique ou alchimique) qui a donné à la lettre ‘’b de oui’’ la faculté de pouvoir se promener à son gré et de choisir chaque fois une destination autre qu’un candidat de l’opposition.

Jusqu’à présent, le secret reste entier à ce sujet sauf que certains soutiennent que le score de 52% des voix obtenu par Aziz, représente le volume des pauvres et des marginalisés parmi les castes tribales, ethniques et les intellectuels, c’est-à-dire ceux qui ont fortement cru au ‘’changement constructif’’, à la ‘’Mauritanie nouvelle’’, à ‘’la lutte contre la gabegie et les prévaricateurs’’, à la suppression des interminables maillons d’intermédiaires entre le pouvoir et le peuple, au ‘’changement de la classe politique’’, etc.

Ceux pour qui ces idéaux constituent un réel espoir pour une meilleure répartition de la richesse et plus d’équité dans l’accès aux postes et services que tout Etat est moralement tenu de rendre à ses citoyens.

Parmi les multiples démarches entreprises à ce sujet, on retient surtout l’Initiative du Président de l’Alliance Populaire Progressiste (APP) et Président de l’Assemblée Nationale qui a plaidé, des mois durant, pour qu’un dialogue plus inclusif soit organisé afin que la crise politique – que crie l’opposition dite radicale- puisse être dépassée. A propos, la crise qui couve dans les esprits de cette opposition est complètement différente de celle vraiment ressentie par la majorité des citoyens.

Suite à l’échec de faire parvenir les acteurs à un consensus, la décision a finalement été prise pour se suffire des résultats du dialogue de 2011 avec une partie de l’opposition et fixer la date du 23 Novembre 2013 pour le premier tour des élections municipales et législatives en retard déjà depuis plus de deux ans.

A peine sortis des trois tours de ces élections, les mauritaniens ont commencé à tergiverser sur les compromis et les compromissions possibles au sujet de la présidence de la Communauté Urbaine de Nouakchott, de l’Assemblée Nationale et du gouvernement (Premier Ministre).

Mais à voir ce qu’écrit la presse, le silence de l’opposition et le retard du pouvoir dans la prise de certaines décisions jugées très urgentes par les observateurs, on se rend compte que l’approche des élections présidentielles et ce qui s’est particulièrement passé en Egypte en liaison avec le printemps arabe, sont à l’origine de ce brouillage de cartes constaté chez les deux grands protagonistes.

En d’autres termes, il semble que l’approche de la date des présidentielles et une majorité devenue trop hétérogène pour être maîtrisable inhibent le camp de l’UPR et que ce qui s’est passé en Egypte –et continue de préoccuper les égyptiens et les analystes politique- piège l’opposition.

En ce qui concerne l’opposition, elle devrait être préoccupée, comme toute opposition à la veille d’une élection présidentielle, par le choix entre la participation et le boycott et puis la recherche, en cas de participation, d’une personne consensuelle pour avoir un candidat unique potentiellement capable de battre l’adversaire.

Mais on constate plutôt que chaque parti politique ou groupe de partis au sein de cette opposition, a ses propres chats à fouetter. Par exemple le parti Tewassoul se contentera du poste de Chef de File de l’opposition démocratique et exercera sa mission avec le maximum de prudence et de sagesse.

Ainsi, il ne présentera aucun candidat à la magistrature suprême, son discours sera suffisamment modéré et son action principalement orientée vers le travail de bienfaisance, notamment dans les régions où il a percé lors des dernières élections municipales et législatives. En un mot, il s’investira pour prouver le caractère universel de son idéologie aux différentes nationalités mauritaniennes et sa croyance au caractère civil de l’Etat et à la démocratie, au monde occidental et aux partenaires de ce dernier parmi les pays arabes et islamiques.

Contraints d’abandonner la troisième voie qu’ils ont empruntée jusqu’à présent en tant qu’opposition dialoguiste, L’APP, El Wiam et Sawab, choisiront certainement de se rabattre sur la majorité présidentielle. C’est le moment ou jamais. Si aucun d’entre eux ne sera pas choisi comme candidat unique de l’opposition, Ould Elweghf, Ould Abeiderrahmane et Kane Mamadou Baba choisiront, pour survivre et amoindrir les dégâts, le camp de Ould Abdel Aziz.

L’UFP souffre d’un conflit de générations, de tendances et de l’effet de la récupération de personnes dont le passé politique rend impossible leur assimilation et leur acceptation par une vielle garde, nostalgique encore du combat d’idées. Cette crise est donc normale puisque cette formation a toujours su manœuvrer dans le respect d’un ensemble de principes et dans les limites de l’éthique politique.

L’AJD/MR est la formation qui mérite d’être aidée à rester présente dans la scène politique pour promouvoir ce qu’excluent les autres de leurs programmes, rappeler au pouvoir ses oublis et insuffisances, et le conseiller pour solutionner des problèmes propres aux communautés que ce parti essaye de défendre dans le respect des principes et valeurs de la démocratie.

Le fameux RFD est préoccupé par l’après Daddah et le groupe des fidèles au choix de l’opposition pourra étudier la fusion avec Ould Bettah et à élargir l’alliance à des personnes affichant jusqu’ici leur indépendance et à des formations politiques dont le crédo se limite à la valeur du reçu détenu (l’autorisation).

Les autres groupes se répartiront certainement entre Tewassoul, El Wiam, APP, l’UPR et ses appendices. Serait-ce l’inauguration de l’ère du regroupement de nos 107 partis politiques et de leur redimensionnement par rapport à la population globale du pays.

Ensemble, tous nos partis politiques -au sein et en dehors de l’opposition- sont aujourd’hui convaincus que l’occident préfère la stabilité de ses partenaires plus que la défense de la démocratie et des valeurs qui lui sont associées. Tous voient également que cet occident accepte que Morsi (civil) soit une parenthèse entre Nasser, Sadat et Moubarek, d’une part et Sissi, de l’autre (militaires).

Alors, rien ne l’empêche aussi, pour eux, de considérer SIDIOCA comme une parenthèse entre une série de présidents issus de notre institution militaire. Comme la déception conduit souvent au pragmatisme et au fatalisme, on ne peut qu’être tolérant à l’égard de cette pauvre opposition qui ne voit à l’horizon, pour un changement …de rôle ou de personnes, qu’un autre coup d’Etat.

En conséquence, l’entente entre les différentes sensibilités de l’opposition et sa réussite à présenter un candidat unique aux prochaines élections présidentielles, ne préoccupent guère la Majorité ; la candidature de Biram est déjà suffisante pour légitimer le prochain scrutin et piéger davantage l’opposition dans le peu qui lui reste de ses ambitions.

Cette Majorité souffre plutôt du fait que le temps est assez court pour lui permettre de résorber les mécontentements suscités, dans son camp, par les dernières élections municipales et législatives, pour fixer la nature de ses relations avec les nouveaux venus en son sein et pour enfin, bien ficeler une stratégie capable de faire passer Messoud Ould Boulkheir et Boidjel Ould Houmeid du statut de l’opposition dialoguiste (modérée) à celui de la majorité.

Le lien étroit entre la réalisation de ces objectifs et la prise de décisions au sujet du choix des premiers responsables de la Commune Urbaine de Nouakchott, de la chambre basse et du collectif des ministres, explique l’hésitation du Décideur constatée par les observateurs de la scène politique nationale.

Comme l’erreur n’a pas sa place ici, prions Dieu pour que la réunion de demain de la nouvelle Assemblée Nationale ne nous apporte de mauvaises surprises. Monsieur le Président de la République, vos soucis se justifient puisque cette situation de paix où les uns sont inhibés et les autres piégés, la Mauritanie s’y trouve grâce à Allah le Tout Puissant et à la décision courageuse et historique des leaders des partis ayant participé au dialogue qui fut organisé en 2011.

Boidjel Ould Houmeid reste cependant la vedette et l’homme sur lequel on peut toujours compter dans les alliances politiques car pour ce Grand Monsieur l’espace où les manœuvres politiques et politiciennes sont possibles et utilisables est totalement différent de celui des principes sacrés, l’intérêt général en tête.

C’est enfin l’occasion pour moi de remercier l’APP, El Wiam et SAWAB au nom de ceux qui se sont opposés aux tentatives de cloner le soi-disant printemps arabe dans une Mauritanie déjà fragilisée par des contradictions internes suffisamment exploitées par des ennemis internes et externes, tous aidés par la conjoncture internationale. Que Dieu continue de préserver cette Mauritanie pour tous ses citoyens!

Dr Sidi El Moctar Ahmed Taleb

Toute reprise partielle ou totale de cet article doit faire référence à www.rimweb.net

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