Politique/droits de l’homme : Un ancien gouverneur membre du manifeste des haratines, dénonce la responsabilité de la France dans le non règlement de la question de l’esclavage en Mauritanie

mhamed_fall_o_messQui ne se souvient pas de la marche pour la justice et l’égalité citoyennes du mois d’avril dernier ? Trois ans après la parution de leur manifeste, les haratines sont-ils aujourd’hui en mesure de mettre en pratique ce qui semble être sur écrit – à travers le manifeste-, le plus grand bien pour le plus important nombre de nos mauritaniens ?
 Ahmedou Vall Ould Messaoud, ancien gouverneur de son état, y croit. Lors d’un entretien, il se sentait fort aise pour décliner sa vision et ses vérités sur le cas. Celui de ses frères de races ; les Haratines. L’homme est revenu longuement sur « le Manifeste du 29 avril 2013 pour les droits politiques économiques et sociaux des Haratines, au sein d’une Mauritanie unie, égalitaire et réconciliée avec elle-même »  qui a été l’objet de longs débats au niveau national et qui demeure actuel.

Un document,  fruit de leurs réflexions que nous avons trouvé  riche de par son contenu lorsque nous l’avons parcouru à la fin de notre entretien, il ne saurait laisser indifférent. En le lisant, le haratine se retrouvera lui-même car il dépeint le sort tragique de ces malheureux « proscrits ». C’est une iniquité qui a fini par révolter et contre laquelle on s’élève même au nom d’une religion commune. C’est un éloquent appel adressé aux mauritaniens dans leur ensemble pour asseoir un état de droit.

 Asseoir cette vision et la partager avec tous ceux qui sont mus par le bon devenir de la Mauritanie, « c’est souligne-t-il, un puissant indicateur de redéfinir le cap de notre compagnonnage avec nos frères beïdanes, car plus rien ne sera comme avant ». Pour lui son pays ne s’intéresse pas à la maximisation de l’utilité, c’est-à-dire du bonheur pour tous ses fils.

 « Je ne dirais pas que c’est facile, reconnait-il,  il y a la question de notre insertion chez, l’autre qui n’est pas sans conséquences en aval », la France et le Président Moctar Ould Daddah sont aux premières loges de nos problèmes, avance-t-il. « Jusque-là,  la France ne semble déceler chez nous une qualité d’esprit, une part authentique d’indépendance et avec elle, le premier magistrat du pays après les indépendances, c’est comme si nous n’avons la capacité de réfléchir à nos problèmes par nous-mêmes. Moctar a fait la moue au détriment des haratines, c’est notre deuxième fossoyeur après la France qui a colonisé ce pays pendant trois quarts de siècle ».

Il cite son propre cas, après ces études à l’ENA de Rabat, « c’est feu Cheikh Saadibou Kane, que dieu l’accueille en son saint paradis,  qui a tapé sur la table pour que nous obtenions notre premier poste de responsabilité en qualité de premier préfet haratine à Kaédi en 1977 ».

 Quant à la France, poursuit-il, « si elle le voulait, les barrières qui nous séparent tous aujourd’hui, seraient tombées depuis fort longtemps». Cette question, bien des politiques patriotes n’ont pas manqué de se la poser.

 Revenant sur le manifeste, il dira qu’il est l’aboutissement de toutes les luttes politiques, syndicales, sociales, économiques des haratines et autres bonnes volontés qui se sont déroulés depuis notre indépendance à nos jours. « En 2012, le lancement du manifeste avait littéralement changé les données de l’espace public mauritanien en venant informer l’opinion nationale et internationale sur les lois scélérates en vigueur chez nous.»

Depuis cette date, il y a une évolution graduelle que nous devons adapter aux différents contextes, souligne l’administrateur civil haratine.

 « A l’image de Senghor et Césaire, qui revendiquent leur négritude, nous réclamons notre haratinité urbi et orbi et pourtant il y a des hommes qui ne peuvent le concevoir sans prendre leur fouet. Nous ne sommes pas des beïdanes, parce que noirs de peau ». Il fit une longue citation coranique, qui dit que  l’individu doit se libérer du joug de l’arbitraire lui-même et que personne ne le fera à sa place : « Ina lahhah, laa you khaïyirou, maa bi khawmine, hataa you khaïyirou, maa vi envoussihime ».  Nous ne sommes pas des laudateurs ou des applaudisseurs à tout va, nous sommes ensemble pour tout ce qui renforce la promotion des libertés et l’Etat de droit.

Tout ce qui renforce la démocratie et le respect dû aux citoyens. Tout ce qui peut assurer la réduction de notre pauvreté et le décollage économique de notre pays qui repose sur nos épaules. « La conscience de quelques lobbys mauritaniens ne peut refuser à la majorité de ce pays que nous sommes, plus de 50%, nous, qui avions subi tant de vicissitudes au cours de notre vie, le droit et les moyens d’une existence politique économique et sociale parmi les mauritaniens ». L’exploitation née d’une souffrance commune qui se révèle de jour en jour dans toute sa fausseté cruelle, a été longue, lente et atroce retirant aux harratines tout atome de dignité et de fierté, témoigne l’ex gouverneur Ahmedou Vall Ould Messaoud.

L’espoir est-il permis quand les ruptures promises sont encore au stade de chimères ? « A l’image de la nouvelle la énième loi adoptée la semaine dernière par le conseil des ministres et qui condamne les auteurs de pratiques esclavagistes de dix à vingt ans au lieu de cinq à dix ans tel que promulguée par la loi n°048/2007 du 3 septembre 2007 le 2 avril dernier». Selon lui « cette loi va rejoindre le cimetière des nombreuses lois et autres dossiers de cas avérés d’esclavage en hibernation depuis longtemps dans les tiroirs des tribunaux de la république ».

 Il est revenu ensuite sur le cas des nombreux mauritaniens apatrides dans la vallée du fleuve au Sénégal et au Mali, « depuis 26 ans et qui revendiquent toujours leur appartenance à ce pays multi ethnique, refusant catégoriquement la nationalité sénégalaise proposée par Abdoulaye Wade et malienne proposée par Alpha Omar Konaré ».

Il poursuit : « Faire ce qui est juste n’est pas toujours facile pour des gens qui ont toujours gouverné dans la duperie, et le mensonge qui ont toujours emprunté une voie détournée pour abuser leur prochain et cela au nom de notre sainte religion, l’islam».

C’est une ère nouvelle qui commence ? « Oui ! Les haratines après une longue attente ont décidés de prendre leur destin en main, et cela passe par l’anéantissement d’une civilisation fondée sur l’arbitraire, l’injustice du non-respect de la dignité humaine ; de la nécessité de la justice ; du progrès moral, trouvant leur couronnement dans l’état de droit» argue Ould Messaoud. Pour lui, si on veut sauver les meubles, « il n’est d’autre ressource que l’union de ceux qui tiennent à la sauvegarde de la Mauritanie égalitaire et réconciliée avec elle-même ».

Source: Alakbar

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