Pour un statut d’Ancien candidat aux Présidentielles

Mohamed Ahmed O. Baba Ahmed

Au moment même, où des milliards sont gaspillés par je ne sais quelle alchimie, dans ces scandales financiers qui déferlent les chroniques et qui ne finissent jamais, et après les progrès démocratiques que constituent les statuts de « l’ancien Président de la République » et du « Chef de l’opposition démocratique », je me suis autorisé à réfléchir sur ce que pourrait être le statut de « l’ancien candidat », j’entends, le candidat perdant, celui qui n’a rien.

                                                                                                                                                           

Le candidat perdant est par axiome, le projeté, le symétrique, l’analogue, ou si vous voulez, l’image virtuelle d’une image réelle, le candidat gagnant, le Président de la république.

L’autre, qui a tout, c’est le candidat gagnant, en exercice, il est Président de la République, et, à la retraite, il bénéficie de son statut « d’ancien Président de la République ».

La loi du « tout ou rien » qui est une loi biologique, n’est-elle pas antinomique à la démocratie, et même dangereuse, surtout pour une société aussi complexe et contradictoire, que la nôtre ?

Pour bien évaluer l’importance du candidat perdant, il faut admettre de un, que sans lui, il n y a pas de pluralisme, pas de concurrence et, donc point de démocratie…

De deux, s’il n’avait pas perdu, il aurait été le Président de la République.

Alors allons y voir ce qu’il aurait été, s’il avait gagné…. Le «roi constitutionnel », pour emprunter l’expression de certains constitutionnalistes surnommant, ainsi, le Président de la République, même dans des vieilles démocraties, possède pratiquement tous les pouvoirs, c’est-à-dire le triple pouvoir de dissoudre le Parlement (le pouvoir législatif), de présider à la fois le pouvoir exécutif (chef du gouvernement et de l’Etat) et le pouvoir judiciaire (Président du  conseil supérieur de la magistrature, qui gère et commande l’appareil judiciaire, et, simultanément, son garde des sceaux et ministre de la justice dirige l’ensemble du parquet).

En plus de ce pouvoir quasi-absolu, dans des pays africains, comme le nôtre, il est, aussi, le commandant suprême des forces armées et de sécurité. Et, plus que le drapeau et l’hymne nationaux, c’est bien, lui, le symbole de l’Etat ; il est l’état-lui-même, en chair et en sang, c’est lui, qui parle en son nom, le représente, voyage pour lui et signe à sa place ?

Voilà pourquoi il est aisé de comprendre la gravité de l’acceptation de la candidature aux présidentielles par le conseil constitutionnel, sa responsabilité tant juridique, que morale et, surtout, les lourdes conséquences sociales d’une telle décision sur un citoyen (le candidat) et sa vie, qui étaient jusqu’ici paisibles et bien ordinaires, et qui vont, désormais, cesser de l’être, et, pour toujours. L’état doit, donc, assumer les conséquences graves de sa décision et toutes les répercussions qui s’en suivent tant sur le plan humain et social, que sur le plan moral et financier.

Dans tous les pays civilisés, l’Ancien candidat est une personnalité publique nationale, presque une « quasi-institution de la République » par comparaison au candidat gagnant, qui est devenu la plus grande institution de la République, le Président de la République. Le candidat perdant acquiert de facto, le statut « d’Ancien candidat », lui assurant un minimum de dignité et de revenu, qui sied avec son rang républicain.

Après tout, la république ne l’a-t-elle pas cautionné par dizaines d’élus municipaux, puis, par jugement de sa plus haute juridiction, avant de l’avoir présenté au suffrage du peuple ? ……………..Comment, pourrait-elle, alors, le lâcher à la vindicte du quotidien !

Les Etats, qui se respectent, a fortiori les Etats de droit, ne supportent pas l’image laide que pourrait refléter par incidence le miroir du vécu des anciens candidats, qui n’est toujours pas bordé de roses. C’est la raison pour laquelle, ils ont pris le devant, d’une part, en alourdissant le dossier de candidature, et d’autre part, en faisant approuver et appliquer un Statut « d’Ancien candidat » assurant pour celui-ci un minimum de vie décente et de protection sociale et sanitaire, pour lui et sa famille. En général, ce statut stipule que ces privilèges s’arrêtent immédiatement, dés que l’intéressé accepte d’occuper un poste public ou privé.

Chez nous, parmi la vingtaine d’anciens candidats, si nous en excluons ceux qui ont présidé, ceux qui sont morts, Miséricorde pour eux, et ceux qui ont pris leur retraite légale, seuls, moins de sept bénéficieraient immédiatement d’un tel statut parce que – bien heureusement, et de gratitude – tous les autres, ou, ils ont déjà un autre statut, comme celui «  d’ancien Président de la République » », ou, ils occupent, actuellement, des postes publics ou privés.

En somme, nous parlons d’une procédure budgétairement simple, mais dimensionnellement multiple et très profonde, en terme de connotations, de significations, de répercussions, d’image de la République et d’abord, de prestige de l’Etat.

L’Islam, le droit, la morale, la démocratie, son propre respect et sa responsabilité juridique, tout, absolument tout, incite l’Etat, le somme même, à ne pas jeter inhumainement, dans la rue, au lynchage du vécu, celui, qu’on ose encore appeler  « Monsieur le Président », au moment même, où des milliards sont arrachés à la République et gaspillés par la gabegie.

N’est-ce- pas l’État, c’est d’abord une idée nationale, une valeur intrinsèque, propre et un respect pour l’institution, dont l’ancien candidat, avant d’être un territoire peuplé et gouverné?

                                                                                     Mohamed Ahmed O. Baba Ahmed

 

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