Pour une nouvelle approche psychiatrique en Mauritanie.

Le 3ème congrès maghrébin de psychiatrie militaire sur les psycho-traumas vient de se terminer, il y a quelques jours à peine. Félicitations psychopour la bonne organisation de ce congrès qui n’a rien à envier à ce que nous voyons ailleurs. Les présentations psychiatriques des pays du Maghreb étaient de très bonnes factures, qu’ils en soient remerciés.

L’intervention du médecin colonel algérien Abdelkrim Kellou sur le psycho-trauma était pertinente et ouvre de nouvelles voies sur le sujet. De plus, le travail de Dr Dolorès Torres en hommage au premier psychiatre militaire feu colonel DrAhmed Ould Hamadi nourrit notre réflexion et toute notre attention.

En effet, au-delà du cadre de la psychiatrie militaire, les dogmes engendrés par les travaux de Dr Torres et Dr Hamadi doivent trouver écho chez tous nos confrères, et ce pour un meilleur dispositif en psychiatrie générale.

Le Centre Neuro-Psychiatrique de Nouakchott a certes rendu d’énormes services aux prémices de sa mise en place mais se trouve aujourd’hui confronté à une société en mutation et apparaît ainsi quelque peu obsolète.

La cohabitation des services de neurologie avec la psychiatrie semble dépassée pour la simple et bonne raison que la tendance internationale actuelle est de bannir l’internement. C’est pourquoi l’idée d’une psychiatrie plus communautaire, une psychiatrie de promiscuité incombant un contact direct et régulé au rythme de séances en accord avec notre programme de santé mentale, apparaît plus cohérent dans notre système actuel.

Cette nouvelle forme de psychiatrie permettra ainsi d’éviter une sur-médicamentation des patients, laquelle entraîne une forte dépendance aux neuroleptiques et plonge un grand pan de nos patients dans une profonde léthargie.

Nous sommes aujourd’hui face à un grave problème sociétal, le nombre de personnes sous neuroleptiques en Mauritanie se situe aux alentours des 40 000 patients1. Sur une population avoisinant les 3 500 000 citoyens, ce chiffre représente un segment bien trop considérable et dangereux, il devrait être divisé par quatre, si l’on se réfère aux tendances internationales.

Certaines pratiques inadmissibles ont amené à de lourds débordements médicamenteux et nécessitent d’être ainsi mis en exergue : la prescription de neuroleptiques par de non-professionnels au sein même du Centre Neuro-Psychiatrique, la confusion de diagnostic, ainsi que la prescription massive et quasi-systématique au patient à chaque demande d’aide psychologique.

L’innocence d’un certain savoir psychiatrique et son consentement aveugle au sein d’une population non avertie a certainement causé beaucoup plus de dommages dans l’histoire de la psychiatrie moderne mauritanienne ; d’où la nécessité d’une réforme profonde, et de l’acceptation sans préambule aux normes du programme de santé mentale légalement déjà mis en place.

Le congrès et certaines interventions ont mis en lumière des aspects de la psychiatrie en zone militaire qui permettent a fortiori de redynamiser tout notre travail psychiatrique.

Une volonté personnelle ne suffit malheureusement pas à pallier les torts causés par les quelques décennies qui nous précèdent, et la libéralisation de la discipline n’encourage pas ces changements intrinsèques. Il est ainsi temps de s’unir et de lutter contre ce désengagement professionnel qui nuit à notre grande communauté mauritanienne.

Dr Sissako Sidi El Moctar, psychiatre des hôpitaux.

1 : Selon une enquête épidémiologique réalisée par l’OMS ainsi que les récents constats opérés entre les chiffres d’affaire des neuroleptiques en 2011 et une étude personnelle au sein du CNP.

Source : mdmdlemine

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