Pourquoi sommes- nous aussi pauvres ?

Dia Mauritanies1
Sept ans après l’exportation du premier baril de pétrole, la Mauritanie est toujours reléguée dans les profondeurs des classements en matière de tous les indices du développement humain. Nous exportons 9000 barils par jour, soit au cours actuel du Brent, 954 000 dollars bruts gagnés entre la prière d’El Fajr et celle d’Al Maghrib, partagés bien évidemment entre différents partenaires dont l’Etat mauritanien. Pour le commun des citoyens, ce partage qui se fait loin de sa sphère immédiate et en l’absence des personnes élues censées le représenter, est opaque, ne faisant objet d’aucune publicité. Quelle est la part qui revient à l’Etat ? Quid du fonds dédié aux générations futures disparu aujourd’hui des écrans de radar ? Quid de notre participation à l’initiative de la transparence des industries extractives (ITIE) ?

En plus du pétrole qui devra, sauf nouvelles découvertes, s’épuiser en 2019, nous avons tiré 300 mil- lions de dollars des exportations minières. Là aussi, mille questions
: comment, à qui et selon quels critères, sont attribués les licences d’exploration et d’exploitation ? Quel rôle joue la Police des Mines ?

Il y a aussi le secteur des ressources halieutiques. Entre janvier et août 2012, la Société mauritanienne de commercialisation des poissons (SMCP) a engrangé 233 millions de dollars de recettes d’exporta- tion. Que de questions ? Com- ment quelques individus se sont-ils retrouvés gérant des centaines

de bateaux ? Quelle fut la contre- partie accordée à l’Etat dans ces transactions ? Toutes les cap- tures passent-elles par la SMCPP ? N’y a-t-il pas des ventes au large ? La marine nationale a-t-elle les moyens de surveiller nos 700 km de côte ? Les bateaux espagnols pêchent-ils au-delà des limites

réglementaires ? Si nous avons
les côtes les plus poissonneuses
du monde, pourquoi nous ne produisons pas encore une boîte de sardine ? En plus du pétrole, des mines et de la pêche, il y a le secteur agro-pastoral, qui pourrait à lui seul nourrir les 3 millions

de mauritaniens et qui pour le moment est laissé en friche. Pour- quoi l’Etat ne veut pas aider les propriétaires terriens à mettre en

valeur le legs de leurs ancêtres,
à l’instar de la Malaisie ? Faut-il absolument déposséder les pay- sans de leurs terres à travers des décrets préfectoraux et donner ces mêmes terres à des intermédiaires véreux qui sillonnent le Golfe à la recherche des investisseurs ? Que gagnera l’Etat dans ce bradage ? Bref, si nous comptons tant de pauvres, c’est parce que nous n’avons pas mis en valeur les richesses de notre sous sol. C’est
là où nous sommes obligés de revenir à la vieille maxime d’Adam Smith, «il n’y a de richesses que des hommes ». En effet, toutes les intelligences humaines mises

bout à bout ne comptent pas sans vision, sans stratégie de développement et sans lea- dership. Un regroupement disparate d’ingénieurs dis- pose de la même intelligence ne moyenne qu’une masse
de plombiers analphabètes. Sans vision éclairée de déve- loppement, les milliers de grandsdiplômésmauritaniens ne brilleront qu’à l’étranger,

dans des pays qui connaissent leurs priorités et essaient d’atteindre leurs objectifs. Si des contrées au sous sol pauvre comme le Rwanda ont réussi à briser la spirale du sous développement c’est grâce

à un leadership et à une disci- pline neutre, égale pour tous. Or, aujourd’hui, compte tenu des intérêts des uns et des autres, on a l’impression que le leadership et la transparence n’arrangent pas

grand monde en Mauritanie. Des opérateurs économiques qui ne paient pas de droits de douane
aux fonctionnaires qui battent des records d’absentéisme, en passant par les professionnels en appels d’offres truqués, les accapareurs de foncier, les spécialistes en déli- vrance de documents administra- tifs, qui voudrait la réhabilitation de l’Etat dans ses prérogatives?

La centaine de partis politiques qui occupe l’espace public s’intéresse- t-elle au positionnement straté- gique de la Mauritanie, en dehors de la CEDEAO pour des raisons idéologiques ? Que serons-nous dans un Maghreb comateux où

la Mauritanie est appelée à jouer les seconds rôles compte tenu du gouffre qui la sépare du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie ? Voilà autant de questions sérieuses pour nos partis politiques et nos socié- tés civiles. Le «TSA » (Tout Sauf Aziz) qui fait florès actuellement n’aura de sens qu’avec des argu- ments stratégiques et une vision concrète. Le «Dégage » qui a réussi en Tunisie et en Egypte avec les dégâts que l’on sait ne saurait tenir lieu de programme politique. En- core moins le «j’y suis et j’y reste» ne saurait tenir lieu d’une vision. Il n’y a pas de doute, la Mauritanie a les moyens humains et financiers pour s’affirmer en tant que Nation. Reste seulement à lui doter d’une

vision qui passe par la réhabili- tation de l’Etat de droit. Par les temps qui courent et compte tenu de l’abattement des fourches cau- dines du fisc sur Bouamatou , on souhaite que l’Etat de droit, le vrai, s’exprime. A suivre.

DIA EL HAJ IBRAHIMA,    Mauritanies1

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