Pouvoir : Le style Aziz

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Maintenant c’est presque une certitude : Les élections ne sont pas loin. Les présidentielles qui comptent plus aux yeux du Mauritanien lambda que les municipales et législatives très en retard. Car c’est l’élection présidentielle, celle qui donne le pouvoir à un homme et lui assure généralement le soutien d’une majorité confortable, qui commande tout le reste.

Sans prétendre entre dans le secret des « dieux » de la politique, on peut dire que les signes avant-coureurs sont ceux que reflètent, incontestablement, cette précampagne électorale du président Aziz : deux visites en l’espace d’une semaine (Nouadhibou et Rosso), cela n’est pas anodin pour un président qui est resté, longtemps, sans répliquer à une Coordination de l’opposition démocratique (COD) qui, lasse d’avoir tout tenté pour remuer la rue, menace maintenant de boycotter les élections à venir pour les discréditer. Une option qu’on envisagerait de plus en plus comme ultime recours pour pousser le président Aziz céder sur certains points que la COD considère comme essentiel. Mais ce qui est sûr, c’est que les amis du leader de l’opposition démocratique, Ahmed Ould Daddah, risquent de rester très focalisés sur ce qui est considéré par certains observateurs indépendants, comme l’aspect le moins important de la crise, à savoir l’organisation de ces fameuses élections municipales et législatives, qui donneront, en fin de compte, des députés et maires mauritaniens qui occupaient déjà ces postes ou n’était pas loin de l’antichambre du pour. A ce sujet, nul ne semble avoir de répugnance à jouer à fond la fidélité au pouvoir, comme au beau vieux temps de Taya. Et même si le président Aziz, qui a passé des années et des années aux côtés de l’ancien dictateur, comme commandant de sa garde présidentielle, sait bien que les Mauritaniens ne font que jouer des rôles, il est clair aussi qu’il a besoin de raviver la flamme des soutiens, au moment  où tout le monde commence à penser, sérieusement, que la seule « vocation » des élections est qu’elles peuvent vraiment constituer une sortie de crise au goût d’un compromis. Alors que, jusqu’à présent, l’on accusait les partis de la Coalition pour une alternance pacifique (CAP), constituée de l’Alliance populaire progressiste, d’Al wiam et de Sawab d’avoir choisi la « compromission » avec un pouvoir dont les activités, politiques ou autres, sont toujours l’œuvre du Président et d’un gouvernement qui entoure cette dynamique « saisonnière » d’une propagande effrénée des grands jours de précampagne.

Que ce soit hier à Nouadhibou, ou aujourd’hui à Rosso, l’impression que tout a été une continuité parfaite est là. La chaîne des réalisations, de la productivité, ne s’est jamais cassée ! Les visites ont cette force, incommensurable, de raviver la flamme des soutiens, de réveiller les politiques de leur torpeur et de faire comprendre aux citoyens ordinaires que les « vacances » sont terminées. La politique reprend ses droits, avec cette fois non seulement les meetings de la place Ibn Abass, les empoignades verbales (avec risques de dérapages) de l’Assemblée nationales et les débats enflammés de la TVM, mais la sollicitation des suffrages d’électeurs qui ont oubliés, quand ils avaient glissé, pour la dernière fois, leurs cartes dans l’urne !

Les visites de terrain du président – ou de la COD – n’ont d’autres sens que cela. Les politiques nous crient à la face, sans gêne, « nous sommes de retour » ! Un manège dont les citoyens sont à la fois sujet (pour une fois) mais surtout objet. Ils recouvrent leur importance, leur pouvoir usurpé, eux qui sont censés commander aux politiques dans toute démocratie qui se respecte. C’est le peuple qui a pouvoir d’élire non ? Mais le jeu n’avait-il été faussé, depuis toujours par l’intrusion des autres pouvoirs (tribu, argent et savoir) dans le jeu de la démocratie. Une évidence même quand on sait que ce système de gestion des affaires de la Cité n’a été introduit en Mauritanie qu’à la suite d’une vague de passages à vide (qu’on avait appelé abusivement des « transitions démocratiques ») en Afrique. Quelle différence entre hier et aujourd’hui, quand on remarque que la Mauritanie fait encore partie de cette écrasante majorité de pays africains où les élections consacrent toujours la victoire de l’homme au pouvoir ; sauf à de rares exceptions (Sénégal).

C’est peut être cette donne essentielle de tout scrutin en Afrique qui explique, entre autres, que les hommes au pouvoir ne pensent aux élections, destinées à leur assurer un second mandat ou une majorité au Parlement, qu’au dernier moment. Ici, ce qui compte le plus ce sont les discours et les visites pour rappeler un « bilan » à usages multiples : Justifier le passé et l’avenir, même si le présent (la réalité) montre autre chose. C’est ce qu’il faut comprendre quand on évoque, à Rosso, les chiffres de la saison agricole 2009-2010, comparés avec ceux des 25 dernières années ! Comme s’il faut toujours évoqué « l’autre », l’absent-présent, pour dire que la Mauritanie se développe. Les projets sont volontairement mis en hibernation, à la veille des élections, pour servir de relance à un gouvernement traversé par les scandales dont le dernier en date (le ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Sports) est paradoxalement « détourné » pour servir la lutte contre la gabegie alors qu’il en est l’une des manifestations. C’est cela aussi, le « style » Aziz !

Sneiba Mohamed

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