Pouvoir – Opposition : Ça tire de tous les côtés

On pensait que la phase de la confrontation actuelle entre le pouvoir et l’opposition tourne, essentiellement, autour de la question des upr-ndbélections, mais non. On tourne en rond, avec toujours les mêmes questions, les mêmes actions et réactions de part et d’autres. En cette fin de quinquennat du président Aziz, ça tire de tous les côtés…

L’opposition (ou plutôt les oppositions parce qu’il y a aussi, en dehors de la Coordination de l’opposition démocratique (COD), cette autre, la Convergence pour une Alternance pacifique (CAP) qui a décidé de participer au dialogue, et de prendre au mot le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz), est aujourd’hui à la croisée des chemins. Elle ne sait plus quoi dire ni quoi faire, face à un pouvoir au jeu ambigu. La seule constance dans l’attitude de la COD c’est qu’elle n’a pas baissé la garde. Dans l’équilibre des forces, elle a même repris confiance avec le départ du camp de la majorité de trois partis politiques qui comptent (Adil, MPR, RD), ce qui compensent, du point de vue nombre, le départ, il y a un peu plus d’un an, des rangs de la COD des partis APP, Hamam, Sawab et Al Wiam. On peut même dire qu’avec le retard des élections et l’évocation de scandales supposés ou r&els, la COD a même a retrouvé une certaine virginité, ses élus continuant à donner du tournis aux membres du gouvernement appelés à défendre leurs politiques sectorielles à l’Assemblée nationale, et aux députés de la majorités qui sont plus des alliés objectifs des ministres que des « élus » du peuple défendant sa cause et ses intérêts.

C’est cette absence de la majorité, qui se ramène aujourd’hui à la seule existence de l’Union pour la République (UPR), qui donne l’impression que la COD a réellement investi le terrain. Au grand dam d’une majorité présidentielle absente dans tous les compartiments du pouvoir, si l’on excepte le rôle d’avant-garde joué par l’Union pour la République (UPR) qui, de par son statut privilégié de parti-Etat, arrive tant bien que mal à atténuer les attaques de l’opposition. C’est sur cette corde que l’opposition mauritanienne compte jouer désormais, si l’on regarde de plus près les propos tenus par elle, à chaque occasion, pour dire que le pouvoir a failli.

L’équilibre des forces

Pour beaucoup d’observateurs, le pouvoir a une mauvaise appréciation des forces en présence. Ce qu’on appelle la CPM se réduit, en fait à la seule UPR, du fait même que les autres partis ne donnent pratiquement aucun signe de vie. La preuve : la COD bouge depuis plusieurs semaines et au niveau de la CPM c’est le silence radio. On dirait même que les « soutiens » du Raïs prennent du plaisir à voir l’opposition tirer à boulets rouges sur un pouvoir accusé, quelque part, de n’associer à sa gestion que l’UPR et la parentèle des officiers supérieurs de l’armée.

Dans un tel contexte, les grèves et mouvements de revendications qui secouent le pays, et de la crise au Mali, n’arrangent pas vraiment les affaires du président Aziz.

Certes, un groupe restreint de députés, qui jouent de plus en plus le rôle de « porte-parole » attitré des élus de la Majorité présidentielle, tient à donner la réplique à l’opposition mais cela ne traduit pas, réellement, la volonté de continuer à montrer aux mauritaniens que le pouvoir a toujours le vent en poupe.

La COD gagne du terrain mais aussi, « l’autre opposition », avec les défections qui ont été enregistrées au cours de ces derniers mois et qui, tout en profitant au seul parti APP du président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, font également le bonheur de la COD. Parce que ces ralliements jouent surtout comme une sorte de contrepoids aux « oppositions » internes à…l’opposition ! D’un côté, le président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, avec ses alliés (Boidiel Ould Houmeid, Abdessalam Ould Horma), que les médias ont pris l’habitude de ranger sous le nom de « l’opposition participationniste », et de l’autre côté, la COD tirée en avant aujourd’hui par le Rassemblement des forces démocratiques (Rfd), d’Ahmed Ould Daddah, l’Ufp de Mohamed Ould Maouloud mais surtout le parti d’obédience islamiste « Tawassoul » de Jamil Ould Mansour.

En 2011-2012, l’implosion annoncée de la COD prédite par bon nombre de journaux locaux, et guettée avec impatience par la majorité présidentielle, n’a finalement pas eu lieu. Ce qui a fait dire à certains observateurs que la COD est sortie renforcée de cette énième épreuve qui a été vécue, de l’intérieur de l’opposition, comme un autre coup d’éclat entre Messaoud Ould Boulkheir et Ahmed Ould Daddah.

Toujours est-il que l’on assiste aujourd’hui à une sorte d’inversion des rôles jamais observée en Mauritanie. Des personnalités politiques de poids et des partis qui quittent le navire de la Majorité présidentielle, cela peut être mis sur le compte de la nouvelle culture démocratique née du changement intervenu en 2005-2007. Une sorte d’affaiblissement de l’Autorité (le Makhzen) dont l’explication objective se trouve non pas dans la volonté des uns et des autres de jouer le franc jeu de la démocratie, redonnant à la politique son statut d’équilibres entre principes et intérêts, mais parce que le pouvoir lui-même a contribué à atténuer l’impact de l’attrait de la Fonction et de l’Argent sur les choix « stratégiques » des chercheurs de postes et de privilèges. Car même quand on est nommé (ministre, secrétaire général, chef de projet, directeur central, etc.), l’on se rend compte que l’on n’est plus libre d’agir comme le seul responsable d’une fonction qui, par les temps qui courent ne nourrit plus son homme. La dévalorisation du statut de haut commis de l’administration a donc sans doute joué en faveur du rééquilibrage du rapport des forces entre la Majorité et l’Opposition. On peut même dire que le nouveau style de gouvernance du président Aziz, qui accorde plus d’entrevue à un opposant comme Messaoud Ould Boulkheir qu’à ses propres soutiens a fini par fâcher une partie de cette « majorité » qui ne comprend rien à l’équilibre – et aux rapports – entre l’Exécutif et le Législatif. C’est aussi, peut-être, ce qui a poussé Hatem, l’AJD/MR, ADIL, le MPR et le RD à claquer la porte d’une majorité négligée par un pouvoir qu’elle est censée servir… et se servir

Cette marginalisation des personnalités les plus en vue de la Majorité a souvent été citée par les dirigeants de la COD comme la preuve par quatre que le pouvoir est encore entre les mains de l’Armée ! C’est aussi l’argument qu’avance l’opposition pour dire que le pouvoir a échoué dans la mise en œuvre de ses projets de développement économique et social. Certes, le pouvoir a encore une bonne longueur d’avance sur ses adversaires politiques mais il n’est pas sûr qu’à l’allure où vont les choses, la donne ne risque pas de changer. Sauf s’il se reprend à temps et privilégie l’utilisation des grands moyens (de pression) dont usait et abusait le régime dictatorial de Taya. L’on verra alors revenir la politique de la carotte et du bâton qui pourra aider le pouvoir à remobiliser les troupes et faire face aux critiques qui fusent de toutes parts. Car à la remontée spectaculaire de l’opposition, s’ajoutent aussi les problèmes de survie quotidienne des populations.

La tendance à réagir à ces problèmes en tentant de remettre en cause les politiques déjà engagées, y compris par le pouvoir lui-même, ne fait que pousser les populations à douter des capacités même du gouvernement à appliquer à la lettre les engagements électoraux du président Ould Abdel Aziz. Un peu à l’image de la question épineuse de la « gazra » qui ressemble au serpent à sept têtes de la mythologie qui repoussent sans cesse. Finalement l’on se dit que le gouvernement actuel gagnerait à finir une action avant de passer à une autre. Avec le risque de laisser aux citoyens un certains goût – amer – d’inachevé.

Sneiba Mohamed.

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