Pouvoir – Opposition : Le peuple y’en a marre


Le bras de fer entre le pouvoir du président Mohamed Ould Abdel Aziz et les partis de la COD (Coordination de l’opposition démocratique) tourne autour de questions non essentielles : Tournées – virées – à l’intérieur du pays de ministres qui eux-mêmes ont épuisé toutes leurs ressources et de responsables politiques venus exhiber le luxe de Nouakchott (voitures tout-terrain, boubous de basins riches et tous ces signes de bien-être qui font le départ entre riches et pauvres).

Les visites destinées à prendre le pouls des populations de l’intérieur, dans la perspective d’une lutte à mort pour le pouvoir,

deviennent rares. Les politiques des deux camps reviennent à leur sport favori : « la guerre des mots » ».

Dernier exemple en date, l’opportunité saisie par le parti au pouvoir, l’Union pour la République (UPR) d’organiser une table ronde sur « le mandat du président Mohamed Ould Abdel Aziz » pour tirer à boulets rouges sur l’opposition. Il est vrai que celle-ci, plus précisément la Coordination de l’opposition démocratique (COD) perd du terrain, n’arrivant pas à faire avancer son projet anti-démocratique de « dégager » Aziz avant la fin de son mandat ! Même si l’actuel occupant du Palais a usé de la même procédure pour écarter le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, de larges pans de la population jugent que la COD soit prendre son mal en patience et attendre la fin du quinquennat d’Ould Abdel Aziz pour tenter de le faire partir par les urnes.

Ce qui étonne ici, c’est la volonté acharnée de la majorité à se focaliser sur le « projet » de la COD, dans une démarche qui vise, avant tout, à détourner l’attention des citoyens de ce qui constitue leurs préoccupations essentielles. Quel intérêt, en effet, à dénoncer l’appel au « dégagement » (mise en touche) d’un pouvoir qui dispose de la force et sait s’en servir, quand il le faut, pour plier tout le monde à sa volonté ? On ne peut s’empêcher de sourire en entendant le président de l’UPR évoquer «l’ingratitude politique » de la COD, sa « méconnaissance des projets de développement » et le « tort qu’elle fait à la démocratie », en faisant du départ d’Aziz, avant la fin de son quinquennat, le projet de la campagne qu’elle mène depuis plusieurs mois. Comme s’il n’y a jamais eu de précédent (la Fronde de 2008) en Mauritanie !

Situation équivoque donc que celle dans laquelle se trouvent aujourd’hui la majorité et l’opposition. La première dit défendre le pouvoir, au nom de la démocratie, s’étonnant que ceux « qui travaillent à faire tomber le pouvoir ne soient pas des bandes du crime organisé mais des partis politiques jouissant de toutes les vertus de la démocratie, qui organisent marches et sit-in, disent et font ce qu’ils veulent sans être inquiétés par le pouvoir qu’ils incriminent pourtant ».

La Majorité revient même très souvent sur la participation des partis politiques membres de la COD à l’élection présidentielle de juillet 2009, dont elle dit qu’ils ont reconnu les résultats consacrant la victoire du président, sous la « contrainte » avant de revenir à leurs vieilles habitudes de contestataires de tout et de rien.

Fausses réponses pour mauvaises questions

En fait, majorité et opposition radicale ont du mal à élever le débat pour le porter sur les vraies questions qui empêchent le pays de sortir de la crise dans laquelle il se trouve depuis plus de trois ans. Le retour sur les aspects rébarbatifs de celle-ci, à savoir la transparence ou non de l’élection présidentielle de juillet 2009, la gestion du processus de « normalisation » des rapports entre le pouvoir et l’opposition, à travers la mise en œuvre des clauses de l’Accord de Dakar (ou de Nouakchott) sur le dialogue et l’étiquette « démocratique » ou « militaire » à donner au pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz doivent être dépassés pour repartir sur de nouvelles bases.

On restera toujours au « degré zéro » de la normalisation de ces rapports si l’on continue à discuter des conséquences de la crise politique sans chercher à leur trouver une solution quasi définitive. Et de se dire que, comme l’a si bien compris le camp du président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, tout passe par l’acceptation qu’il faut d’abord penser à ce qui peut empêcher la Mauritanie de sombrer dans les affres de ce qu’on a appelé ailleurs le « printemps arabe ». Comprendre cela, c’est accepter que le dialogue s’impose, même s’il ne peut être, à l’heure actuelle, qu’un compromis. Pas nécessairement limité aux moyens à mettre en œuvre pour pouvoir organisé, à court terme, les élections municipales et législatives qui ont pris du retard faisant dire à certains que les conseils communaux et le Parlement n’ont plus d’existence légale, mais touchant à tous les aspects de la vie politique, économique et sociale du pays objets d’une controverse entre le pouvoir et l’opposition.

Comprendre aussi que les populations ne sont plus dupes. Elles savent maintenant que l’objet de toute cette agitation politique n’est pas de défendre – uniquement – les laissés-pour-compte qu’ils sont mais bien de conserver le pouvoir ou de le conquérir. Le peuple, bien que non encore souverain, car ne maîtrisant pas les rouages des élections qui lui permettent de sanctionner les personnalités et les partis politiques, est toujours l’instrument dont se servent ces derniers pour réaliser leurs ambitions. L’UPR, qui est loin de disposer des moyens du défunt PRDS, gagnerait, au cours des prochains mois, à sensibiliser sur la mise en œuvre du second volet du programme du président Aziz, à éviter d’user des mêmes méthodes que le parti de Taya pour tenter de mobiliser à son profit des citoyens qui s’attachent plus à la personne du Raïs qu’à une formation politique qui peine à s’affirmer en tant que premier parti en Mauritanie. La COD, elle, doit revenir à la raison – eh oui – et comprendre que la volonté de « dégager » Aziz ne suffit pas. Il faut aussi que le peuple souverain en éprouve la nécessité, ce qui est loin d’être une évidence aujourd’hui.

Sneiba Mohamed

Source:Elhourriya

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