Pouvoir – Opposition:Le jeu de cache cache toujours prisé

Depuis quelque temps, la crise en Mauritanie s’est transformée en grand cirque. Le cirque de la politique et des jeux de position.

cod-uprProfitant de la cacophonie générale qui commence à peser lourdement sur le quotidien des mauritaniens, chaque camp politique essaie de tirer le maximum de la situation présente. Le problème c’est que les différents protagonistes de la crise politique ne semblent pas se rendre compte, d’eux-mêmes, qu’ils jouent avec le feu.

La situation de blocage ou plutôt de crise politique semble prendre le citoyen comme arbitre. Un arbitre lui-même dépassé par les évènements, qui accepte que tous les coups soient permis : Accusations et insultes, par voie de presse, positionnement et repositionnements en fonction de la réalité du moment.

Déclarations et contre déclarations. Le tout se passe alors que l’on constate un répit au niveau de la mythique « Place Ibn Abass » que la Coordination de l’opposition mauritanienne (COD) a cherché, vainement, à transformer en « Place Tahrir ».

Il est vrai que concernant les manifestations sur la place Ibn Abass, un répit est nécessaire, au moment où l’initiative du président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, est à nouveau en discussion dans les différents états majors politiques, mais les (d)ébats alimentant la crise continuent ailleurs. Sur les ondes des radios et télévisions publiques et privées qui cherchent à donner l’impression, à tout prix, qu’il y a un semblant de dialogue politique. Et tout est prétexte pour y arriver.

La dernière occasion saisie est la commémoration de la journée internationale de liberté de la presse qui relance les discussions sur la crise, le retard des élections, la gestion économique du pays, le départ d’Adil de la Majorité, le dernier mini remaniement et l’impossibilité de où l’on va, en l’absence d’une vision claire des « desseins » du président Aziz.

Toutes les actions de l’opposition et les réactions de la majorité s’inscrivent dans le cadre d’une compétition politique à enjeux multiples : ramener les mauritaniens « à la raison » première de cette crise qui n’est rien d’autre qu’un conflit d’intérêts particularistes entre ceux qui sont bien assis dans les sphères du pouvoir et ceux qui jouent, depuis 2009, voire 2007 et même 2005, à ce jeu connu de tous de « pousse-toi-que-je-me-place ».

Par cette opposition au réel, les gens de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) rejette tout en bloc. Comme ils avaient refusé le coup d’Etat contre Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, en août 2008, avant de revenir à la raison du fait accompli. Maintenant, ils balaient d’un revers de la main le projet réformiste devant aboutir à la naissance (renaissance ?) d’une « Mauritanie Nouvelle » que Mohamed Ould Abdel Aziz dit être SA préoccupation. La COD agit avec la force du désespoir – et l’impatience en trop – pour que cesse ce qu’elle considère comme la « descente aux enfers » avec un pouvoir plus militaire que démocratique.

Et, pour dire vrai, la situation est préoccupante sur tous les plans, même si le président Aziz est en train de tout faire pour reprendre la main. Le retour triomphal du parti au pouvoir, l’Union pour la République (UPR) n’est pas sans raisons. Il faut fixer un point de ralliement à tous ceux qui seraient près à quitter leurs partis (Adil, MPR, RD) et leur signifier que la distribution des récompenses à déjà commencé.

Les décisions qui sont prises ces derniers temps reprennent les jalons d’une grande offensive de charme qui rappellent, dans ses grandes lignes, l’approche que l’actuel président avait menée, après le coup d’Etat du 6 août 2008, pour convaincre les électeurs qu’il est vraiment l’homme de la situation.

Aux populations le raïs a voulu donner quelques réponses immédiates aux problèmes qui se posent à elles, même si, à y regarder de près, il s’agit pour l’essentiel d’actes symboliques. A titre d’exemple, l’augmentation des salaires effective depuis janvier dernier avait pour objectif de couper court à la comparaison sans cesse établie entre le pouvoir de la transition militaire 2005-2007, qui avait consenti la plus grande augmentation des salaires de toute l’histoire de la République et celui d’Ould Abdel Aziz qui procède par petits coups.

Pourtant, Aziz et ses argentiers pensent avoir mieux fait si l’on comptabilise toutes les mesures prises dans ce sens (indemnités de non logement, transport) avec cette augmentation qui n’a pourtant pas changé grand-chose dans le quotidien des salariés de la Fonction publique. Pour la COD, tout ce qui a été fait entre dans le cadre de la récupération politique, seul domaine dans lequel le pouvoir a des aptitudes certaines.

Cependant, on ne peut pas dire la même chose s’agissant de l’action appréciable faite en faveur des populations pauvres de « Bouratt », aux confins du Triangle de la Pauvreté entre le Brakna et le Gorgol, mais aussi de celles de M’Bout qui vont bénéficier, enfin et pleinement, des potentialités énormes offertes par le barrage de Foum-Gleïta.

A condition que les programmes de développement initiés dans cette zone de ce qui était communément appelé le « Triangle de la pauvreté » et que le pouvoir a renommé en « Triangle de l’Espoir », ne suivent les problèmes inextricables qu’a connu la convention de pêche signée avec la société chinoise Poly-Hondone, qui avait fait miroiter monts et merveilles aux populations de Nouadhibou et qui a fini par capoter.

La stratégie que le pouvoir doit adopter, pour ne pas baisser la garde, est de ne pas laisser la COD attirer les mécontents de l’action du gouvernement dans son giron ; ce qui peut donner une « caution » populaire au discours de l’opposition radicale. Laisser en place, par exemple, le plan d’urgence « Emel 2012 » est une bonne chose mais il faut aussi penser à des programmes de développement qui n’aient rien à voir avec les solutions de survie.

La COD poursuit son offensive

Ce qui est remarqué – et remarquable – c’est que la COD ne veut rien lâcher. Même si, pour certains observateurs, elle ne parvient pas encore à mettre suffisamment de pression sur le pouvoir pour le pousser à dialoguer à défaut de le « dégager ». Cette dernière option devenant de plus en plus lointaine à chaque fois que l’on s’approche de la date des élections présidentielles (2014) et que celles pour le renouvellement des conseils municipaux et du parlement s’éloignent pour tendre vers deux mandats en un !

Pour sortir de ce qui fait actuellement l’essentiel des « pièges » tendus pour le pouvoir, il faut bien que la COD sorte de sa léthargie et se mette au travail pour préparer les élections. La « mère des batailles » à livrer contre le pouvoir est à ce niveau pas dans la rue.

Certes, l’opposition doit faire comprendre au pouvoir que sa participation aux élections municipales et législatives est largement tributaire de la mise en place d’un état-civil fiable mais il ne faut pas, comme en 2009, attendre l’instant critique (un mois) pour dire « oui, je m’engage ». Avec toutes les chances qu’elle soit encore battue sans savoir pourquoi et comment.

Et d’aucuns de se dire que, même si la COD poursuit son offensive pour faire plier le pouvoir, à défaut de faire chuter Aziz, ce dernier ne pourra faire des propositions concrètes de sortie de crise sans avoir d’abord entre les mains un fichier électoral à partir du recensement en cours. Autant dire que le grand cirque politique, auquel l’on assiste aujourd’hui, a encore de longs mois devant lui.

Sneiba Mohamed

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