Pouvoir : Voilà tout ce que le ministère de l’intérieur a perdu dans cette affaire…

Pouvoir perdu

La fin du mythe : quiconque se souvient des élections légendaires de 2006, exemple de compétences et de transparence, doit lire ceci s’il s’intéresse aux élections de 2013 et tout ce qu’on a dit à propos du premier tour et du pouvoir de la CENI ; lire ceci d’urgence et en entier,  c’est court et instructif. Après cela, plus personne ne regardera les accusations contre la CENI de la même manière et chacun saura pourquoi le ministère de l’intérieur a la rage depuis que les rôles ont été inversés…

Ainsi, selon ce rapport exceptionnel de l’UE, le premier tour 2013 est semblable au premier tour 2006…


Qui l’eût cru ? Les élections législatives, municipales et présidentielles de 2006, 2007 restent un modèle de réussite incontestable dans l’imaginaire collectif toujours captif des fantasmes et de la propagande après coup. Quand on lit l’exceptionnel rapport final de la mission d’observation électorale de l’union européenne, on découvre mille choses qui permettent à la CENI actuelle de ne pas rougir de l’organisation des élections vu qu’on trouve les mêmes faiblesses à l’époque mythique des élections de 2006.

Déroulement du scrutin page 7 : «  La première journée électorale a néanmoins été marquée par la complexité de trois scrutins simultanés, la lenteur des opérations de vote et un nombre anormalement élevé de bulletins déclarés nuls…».  A l’époque, il n’y avait pourtant en lice que 35 partis. P13 « Trente-cinq partis politiques  sont officiellement reconnus, dont la majorité ont effectivement participé aux élections législatives  et municipales. ». En 2013, le pouvoir ajouta un scrutin supplémentaire et fit passer le nombre de parti participants à plus du double ! Comment espérer une amélioration ?

C’était pourtant la grande époque du ministère de l’intérieur qui organisa la chose avec la CENI 1.0 qui n’avait pas les pouvoirs d’aujourd’hui « pris » au ministère de l’intérieur à qui toutefois malgré l’aigreur on a confié une direction générale d’appui au processus électoral avec le résultat que l’on sait. Ainsi P6 on lit « Chargé de l’organisation des élections, le ministère de l’intérieur a démontré son expérience  et son efficacité en matière d’administration électorale. »

P23 : «Le ministère de l’Intérieur coordonne et supervise l’administration  territoriale chargée de la gestion des élections dans les wilayas (régions) et dans les moughataas (départements). Le ministre de l’Intérieur proclame les résultats provisoires des élections, la publication définitive revenant au Conseil Constitutionnel.
Le ministère de l’Intérieur a démontré une réelle expérience et une efficacité certaine en matière d’administration électorale lors du processus électoral. En général, les tâches liées à l’organisation matérielle des élections ont été accomplies de manière satisfaisante et dans les délais prescrits. Les discussions autour de la conception et de la confection du bulletin de vote ont pris beaucoup de temps sans pourtant mettre en péril le respect du calendrier. Le ministère a aussi pris des mesures importantes pour accroître la transparence du processus en publiant, sur internet, la liste des électeurs, celle des bureaux de vote et des agents électoraux et les résultats des élections. Le ministère a aussi réussi, dans une grande mesure, à assurer la neutralité de l’administration, aux niveaux central et local.

Le ministère de l’Intérieur a également démontré une bonne capacité de réagir aux événements, en arrêtant, par circulaires, des améliorations procédurales visant à assurer plus de sécurité et prévenir de possibles fraudes, tant à l’occasion des élections législatives que lors de l’élection présidentielle. » Etc.

A l’époque la CENI naissante était « l’assistante » du ministère de l’intérieur, quand cette fois on a demandé au ministère de devenir l’assistant… Un inversement des rôles qui ne peut pas plaire à tout le monde.
Pour le reste, qui se souvient que la CENI de l’âge d’or de la transparence et de l’efficacité électorale selon la propagande, qui se souvient que cette commission électorale nationale indépendante comprenait des militaires ?

P25 «. Le collège de la CENI, au niveau national, est composé de 15 membres, dont deux femmes et comprend des anciens administrateurs publics, des anciens militaires, des membres de la société civile et des universitaires. »

P26 : Toujours cette CENI mythique de 2006 « La CENI a dû affronter le défi d’identifier et de former plus de 2.600 représentants, dans tout le pays, ce qui a résulté en un nombre élevé de personnes jeunes et inexpérimentées dans leurs rangs »

P40 : Toujours cette époque mythique : « Information, sensibilisation et éducation civique des électeurs. Lors des élections législatives et municipales, les activités de sensibilisation des électeurs sur l’enjeu des élections et sur les modalités pratiques du vote sont restées insuffisantes durant tout le processus. L’administration, la CENI, les partis politiques et les bailleurs de fonds se partagent la responsabilité d’un tel déficit. Cette insuffisance a été relevée par nos observateurs sur toute l’étendue du territoire national et a certainement constitué une faiblesse importante du processus électoral. »

P49 : A propos de la presse rien n’a changé : « la plupart des journaux affichent une tendance partisane en fonction des intérêts financiers, familiaux ou ethniques qui les unissent aux différents acteurs politico-économiques. » « Les journaux ont un tirage moyen de 1.500 exemplaires par jour, avec un maximum de 2.000 exemplaires pour Le Calame. Ces faibles tirages limitent leur capacité d’influence sur la société mauritanienne. »

P51 : « Activités des médias privés. Les principaux titres de la presse écrite privée francophone ou arabophone n’ont pas reflété, au cours des élections législatives, de tendances politiques nettement affichées. Ils se sont montrés plus critiques que les médias publics durant la campagne électorale en relevant les plaintes, les irrégularités ou les dysfonctionnements du processus. Cependant, leurs moyens d’investigation ne leur permettent que rarement de vérifier les informations et de démentir les rumeurs. »

P54 : A propos de la corruption de la CENI de l’époque pour donner le marché à l’entreprise britannique, on l’aura compris, si l’affaire s’est dégonflée c’est que le ministère de l’intérieur était incontournable à l’époque, il gérait quasiment tout : « Le ministère et la CENI sont néanmoins parvenus à un partenariat et l’imprimerie britannique Smith&Ouzman  a été retenue pour l’impression des 3,9 millions de bulletins nécessaires aux scrutins municipaux et législatifs dont le coût, près de 600.000 EUR, a été pris en charge par le Gouvernement mauritanien. La plupart des exigences techniques de la CENI visant à garantir la traçabilité et le caractère infalsifiable des bulletins de vote ont été prises en compte18. En dépit des difficultés liées aux modifications tardives apportées aux maquettes (rectification de l’ordre attribué aux candidats et aux listes, changement de la couleur et du logo de certaines listes), la production des bulletins a pu être achevée dans les temps avec le concours de l’équipe de suivi dépêchée au  Royaume Uni par le ministère de l’Intérieur et la CENI. »

P55 : à propos de Fraude et la méthode du carrousel : « Pour répondre aux préoccupations grandissantes faisant état de la possibilité de fraudes organisées selon la méthode dite du carrousel, le ministère de l’Intérieur et la CENI ont réagi conjointement avec le Conseil constitutionnel en décidant, à la veille du premier tour, que chaque bulletin serait paraphé par le président du bureau de vote juste avant d’être remis aux électeurs. Bien qu’extrêmement tardive, cette décision a néanmoins été diffusée très efficacement par l’administration, ce qui a permis son application dans la majeure partie des bureaux de vote du pays lors du premier tour »

P57 Tiens ! La CENI absente des félicitations : « Elections municipales et législatives. Les préparatifs des scrutins municipaux et législatifs ont été conduits de manière généralement efficace par le ministère de l’Intérieur et par l’administration territoriale, malgré quelques retards et certaines insuffisances dans la planification : les difficultés qui ont entouré la conception, la production et la distribution des bulletins n’ont cependant pas eu d’impact significatif sur le bon déroulement des scrutins. »

P57 : même problème de cartes d’électeurs toujours à l’époque mythique : « Seule la distribution des nouvelles cartes d’électeurs à l’ensemble des inscrits n’a pu être achevée dans les délais prévus : seulement 60% des cartes avaient ainsi été retirées à la veille du premier tour avec d’importantes disparités selon les régions (entre 40% et 80%). »

P60 « Validation des bulletins. Les proportions élevées de bulletins nuls lors des scrutins municipaux et législatifs a révélé que les électeurs ont eu d’importantes difficultés à valider leurs choix sur les bulletins en conformité avec des règles très restrictives »

P61,Un comble à propos des procès-verbaux, pareil qu’aujourd’hui « Clôture et dépouillement. Le dépouillement s’est révélé particulièrement problématique lors du premier tour des élections municipales et législatives, en particulier en raison de la combinaison des trois scrutins simultanés. Les instructions fournies pour la conduite de cette étape du processus étaient insuffisantes, notamment sur les modalités de qualification des bulletins nuls, de réconciliation des chiffres et d’établissement des procès-verbaux, et manifestement mal assimilées par les membres des bureaux de vote… »

P64 quand le ministère de l’intérieur ne sabote pas « Les résultats provisoires du premier tour des élections municipales et législatives ont été annoncés le 22 novembre, trois jours après le scrutin, conformément aux délais prévus par le ministère (48 à 72 heures). »

P70 bon à savoir « Contentieux des élections législatives. Premier tour des élections législatives. Le contentieux électoral lors du premier tour des élections législatives a fait l’objet de dix recours présentés devant le Conseil constitutionnel dans le délai légal (30 novembre 2006) et de deux recours présentés hors délai, le 1er décembre, et par conséquent déclarés irrecevables »

« Tous les recours, sauf un, ont été rejetés par le Conseil constitutionnel. Sept ont été déclarés irrecevables pour vice de forme bien que certains soulevaient des griefs sérieux, les autres pour absence de fondement ou défaut de preuves. Deux recours méritent une attention particulière. »

P75 Et enfin les recommandations de la commission à propos de ces élections mythiques, l’âge d’or du ministère de l’intérieur et de la CENI naissante :

« La formation du personnel électoral devrait être organisée plus systématiquement et de manière approfondie en utilisant des méthodes modernes et des outils pédagogiques adaptés »

« Le travail de sensibilisation des électeurs devrait être intensifié et mené sur toute l’étendue du territoire et durant une période plus longue. Il devrait attirer l’attention et insister par exemple sur la neutralité des autorités, sur les techniques de fraude à combattre, sur le phénomène de «l’achat» des cartes d’identité, sur l’utilisation du bulletin unique. Il faut innover dans les modalités pratiques d’une telle sensibilisation qui doit viser à toucher directement les électeurs. »

Et enfin pour finir, certainement le plus important, nous en parlions hier sans avoir lu ceci : «Un système neutre et objectif devrait être défini pour fixer l’ordre des candidats sur le bulletin de vote. Le tirage au sort est moins susceptible de contestation que l’ordre chronologique du dépôt  des candidatures. Un numéro lisible pourrait figurer sur le bulletin en plus de la photo du candidat et de son nom. »

http://eeas.europa.eu/eueom/pdf/missions/moe_ue_mauritanie_07_rapport_final.pdf

Source : Vlane

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