Pouvoir/Opposition : Accusations mutuelles

Ethmane Ould CheikhLe pouvoir accuse l’opposition de saper toutes les initiatives susceptibles d’aider à l’émergence d’un dialogue politique entre les différents acteurs de la scène. De son côté, le FNDU accuse le président Aziz de piller le pays et réclame la constitution d’une commission nationale d’enquête sur le transfert illégal  du patrimoine de l’Etat à des personnes privées.
Le fossé qui se creuse entre les deux camps n’augure point d’une éventuelle entente dont pourtant certains acteurs politiques croyaient imminente.
La coalition des partis de la majorité, un machin qui regroupe les formations politiques qui soutiennent l’action du président Aziz et qui est présidé par le président du parti Al Vadila, Ethmane Ould Cheikh Abilmaali, a tenu lundi dernier, à l’hôtel Mauri-Centre, un point de presse au cours duquel ses responsables sont revenus sur un seul point : le dialogue entre le pouvoir et l’opposition.
Premier à prendre la parole, Ould Abil Maali a situé le point de presse dans son contexte: informer l’opinion publique sur les différentes péripéties du dialogue mort-né entre la majorité et le FNDU.
Pourquoi faire tout ce temps pour que la majorité prenne l’initiative de prendre l’opinion à témoin ? Aucune réponse sauf que les représentants de la majorité n’ont cessé de répéter qu’ils tenaient à la confidentialité des propos des uns et des autres afin de donner une chance de succès à un dialogue dont l’aboutissement devrait être décisif pour l’avenir du pays…
Une explication qui ne parait pas très convaincante dans la mesure où la réussite du dialogue demeure toujours cruciale pour apaiser la scène politique et garantir la paix et la sécurité pour le pays. Rien, en principe, n’a vraiment changé pour justifier la prise de parole d’une majorité d’habitude si silencieuse.
Il faut donc chercher ailleurs pour comprendre les motifs du point de presse de la majorité. Qu’est-ce que le chef suprême, qui tire les ficelles de sa majorité à partir de son bureau au palais ocre, cherche-t-il à travers la montée au créneau de ses soutiens plus forts dans les applaudissements que dans les arguments et le débat contradictoire ? Pourquoi parle-t-on du dialogue à ce moment précis alors qu’il a été interrompu depuis déjà plusieurs mois et que personne ne se rappelle plus de lui ? Est-il en train de le dépoussiérer pour le remettre de nouveau à l’ordre du jour ?
Des interrogations auxquelles la conférence de presse n’y a pas apportés de réponses. Le président de l’UPR, Sidi Mohamed Ould Maham, qui a le plus parlé parmi les dirigeants de la majorité, s’est plutôt attelé à autre chose : vouloir coûte que coûte incriminer l’opposition et la rendre responsable de l’échec de ce qu’il estime être le dialogue national.
Dans ce cadre, il a expliqué que le FNDU s’est mal comporté avec la majorité en lui envoyant une délégation qui n’avait pas le rang protocolaire de celle qui est dépêchée par son camp. Passé ce point, explique-t-il, les représentants du FNDU s’étaient accrochés à des exigences de pure forme telle que l’obligation d’envoyer par écrit les réponses relatives à leur plate-forme. Pourtant, ajouta-t-il, nous avions accepté toutes les doléances qu’ils ont présenté à l’exception de celle relative à la formation d’un gouvernement d’union nationale.
En plus de ces points, Ould Maham a conclu au non sérieux de l’opposition qui cherche, selon lui, tout simplement à bloquer la vie politique dans le pays qui est présidé, poursuit-il, par un président qui a été plébiscité par ses citoyens lors des dernières consultations électorales.

Logique de rupture

Les observateurs étaient surpris du fait que la majorité n’a pas commenté le communiqué, au ton sévère, du FNDU rendu public en fin de semaine dernière. Une retenue qu’on a encore du mal à comprendre, tant la majorité et son principal parti, l’UPR, nous ont habitués à répondre en termes généralement acerbes à ce genre de communiqués.
D’autant plus que ce dernier n’est pas allé par quatre chemins pour attaquer frontalement le président Aziz : ‘’ En ce même jour, 6 août de l’année 2008, le Général putschiste Mohamed Ould Abdel Aziz confisquait la volonté du peuple mauritanien, en montrant dès ses premières décisions d’exercice du pouvoir un goût immodéré pour l’argent et les richesses matérielles et la ferme intention d’en accumuler par tous les moyens et au plus vite, à son profit et au profit de son entourage familial’’.
Après l’énumération d’une longue liste de propriétés publiques soustraites à l’Etat, le dernier communiqué du FNDU rétière :
– Son attachement au respect des procédures légales d’aliénation des biens publics qui ont été totalement ignorées lors des prétendues ventes susvisées, ce qui implique que les opérations incriminées peuvent et doivent être annulées à l’avenir. C’est pourquoi, le FNDU met en garde les acquéreurs de ces biens publics contre cette annulation prévisible car  Ould Abdel Aziz ne pourra pas protéger les bénéficiaires après son départ du pouvoir
– La nécessité de constituer une commission nationale d’enquête sur le transfert illégal  du patrimoine de l’Etat à des personnes privées ;
– Sa volonté d’œuvrer pour un sursaut du peuple mauritanien pour arrêter les pratiques de pillage et de vol sans précédent, banalisées ces derniers temps.

A aucun endroit de son dernier communiqué le FNDU n’évoque le thème du dialogue avec le pouvoir. S’agit-il d’une nouvelle réorientation politique visant à la rupture complète d’avec le gouvernement ? Ou plutôt d’une astuce visant à soutirer le maximum d’un partenaire difficile et franchement atypique.

Mohamed Mahmoud Ould Targui

 

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