Première visite officielle en France pour l’Indien Narendra Modi

Le Premier ministre indienLe Premier ministre Narendra Modi est attendu en France ce jeudi 9 avril pour une visite de trois jours. Il s’agit de son premier déplacement en Europe. L’objectif : promouvoir l’Inde et la coopération économique entre les deux pays. Il se rendra ensuite en Allemagne.

Si le dirigeant nationaliste hindou a été banni d’Europe en 2002, après les émeutes anti musulmanes dans son Etat du Gujarat, Narendra Modi va cette fois recevoir un accueil chaleureux à Paris. Le Premier ministre indien doit notamment rencontrer des chefs d’entreprise et visiter le site d’Airbus à Toulouse afin de séduire les investisseurs français.

Si le méga-contrat de vente à l’Inde de 126 avions de combat Rafale est dans tous les esprits. Ce n’est pourtant pas l’enjeu prioritaire du voyage du Premier ministre indien, souligne Jean-Joseph Boillot, conseiller au club du Centre de rechercher et d’expertise sur l’économie mondiale et auteur de L’Inde pour les Nuls, aux Editions First : « Normalement, on ne devrait pas avancer sur ce dossier qui est bloqué. Simplement il fait partie depuis l’élection de Narendra Modi, de sa tournée internationale. La France fait partie des cinq pays les plus importants dans l’histoire de l’Inde indépendante. Il ne faudrait pas que les Français confondent la visite de Narendra Modi, qui fait partie de son agenda diplomatique, et la vente des chasseursRafale. »

Le Rafale, un dossier « bloqué »

Le dossier des avions de chasse Rafale a donc son propre agenda. Les négociations sont en effet « bloquées » depuis plus de trois ans. La France et l’Inde s’opposent avant tout sur le prix. On est passé de 11 milliards d’euros à 18,3 milliards aujourd’hui.
La France doit livrer 18 chasseurs clé en main. Les 108 autres seraient montés à l’usine de Hindustan Aeronautics à Bangalore. L’avionneur français Dassault estime que l’assemblage des avions en Inde va prendre plus de temps, d’où le surcoût.

Se doter d’une industrie militaire est, quoi qu’il en soit, une priorité pour le pays. Pour des raisons géostratégiques de proximité avec la Chine, le Pakistan, le Moyen-Orient, l’Inde a besoin de renforcer sa sécurité. « L’Inde a la troisième armée du monde en nombre de militaires mais sur le plan technique elle n’a jamais réussi pour l’instant à de doter d’une autonomie industrielle conséquente. Le résultat, c’est que c’est quasiment le premier importateur de matériel militaire au monde », explique encore Jean-Joseph Boillot.

L’industrie indienne a acquis ses dernières années un véritable savoir-faire et le Premier ministre Narendra Modi a lancé un mot d’ordre « extrêmement important », poursuit-il, soit « industrialiser l’Inde. C’est la fameuse campagne « make in India » ».

Attirer les industriels étrangers

Avec une croissance de 7,4% en 2014 et de plus de 8% attendue cette année, l’Inde veut attirer les investissements étrangers dans au moins 25 secteurs industriels : le nucléaire, le spatial, l’aéronautique, le ferroviaire. Narendra Modi veut moderniser le pays et créer des emplois pour les 12 millions de jeunes qui rentrent sur le marché du travail tous les ans. « Mon but est de faire de l’Inde une nation moderne et d’éliminer totalement la pauvreté en une génération. C’est une tâche et une ambition énorme, mais j’ai confiance dans notre capacité d’avancer », a déclaré le Premier ministre indien dans un entretien au Figaro.

L’Inde est, paradoxalement, un des pays où le taux de croissance est le plus élevé au monde et celui où le nombre de personnes pauvres est le plus important. Au total, 30% des 1,2 milliard d’habitants du pays – soit 363 millions de personnes – vivaient sous le seuil de pauvreté en 2011-2012, selon une expertise indienne.

Un climat d’affaires difficile

L’ouverture aux investisseurs étrangers est toutefois assortie de conditions très strictes : se fournir auprès des très nombreuses PME Indiennes, par exemple, investir un montant minimum, négocier avec chaque Etat pour s’implanter. « L’environnement des affaires reste très dégradé comparativement à d’autres pays émergents comme la Chine, les contraintes règlementaires sont très lourdes, et la corruption très forte », confirme Johanna Melka, économiste chez BNP Paribas.

Même écho chez Olivier Monange, de DS Avocats, spécialiste de l’Asie : « L’expérience des investisseurs étrangers est difficile en Inde parce que c’est un pays très bureaucratique avec une administration tentaculaire. On peut citer le cas de la création d’une société. Pour créer une entreprise dans ce pays aujourd’hui, il faut une quarantaine de tampons ». L’Inde est d’ailleurs classée au 142e rang sur 189 de l’indice de facilité pour faire des affaires de la Banque mondiale.

Et ce climat d’affaires complexe en a découragé plus d’un. Arcellor Mittal a fini par plier bagage en 2013. Après six ans dans le pays, le groupe sidérurgique n’avait obtenu ni terrain, ni permis d’extraction du fer. Et l’année dernière, la marque de grande distribution Carrefour a jeté l’éponge, en fermant cinq magasins.

Protectionnisme indien ?

Les investisseurs sont-ils confrontés au protectionnisme indien ? « Il s’agit d’une vieille philosophie indienne que vous pouvez lire ou relire chez Mahatma Gandhi dans son livre Swaraj, qui consiste, comme Mao en Chine, à compter sur ses propres forces », analyse Jean-Joseph Boillot. « L’Inde n’est pas protectionniste, l’Inde veut simplement être indépendante ». Pour les quelque 400 entreprises françaises présentes dans le pays, comme Renault, Lafarge, Alcatel, l’Oréal, l’important est que les produits soient fabriqués en Inde. « Ils ont cette logique qui consiste à dire « nous sommes un pays continent et nous n’avons pas à nous transformer en une base », un peu comme la Chine l’a fait à un moment donné, exportatrice-importatrice. »

Un état d’esprit qui pour les Français est « plutôt une bonne nouvelle », selon l’économiste. « La délocalisation massive des industries en Chine a posé des problèmes au monde entier. Donc le développement indien est un développement plutôt équilibré, c’est ce qu’ils appellent une mondialisation modérée ».

Coup de pouce aux investissements

Le Premier ministre indien a toutefois lancé de nouvelles mesures pour encourager les investissements directs étrangers : « Il est parvenu à faire passer deux lois qui sont relativement importantes », précise Johanna Melka. « La première permet de relever le quota d’investissements directs étrangers dans le secteur de l’assurance de 26% à 49% et la deuxième de développer les investissements dans le secteur du transport ferroviaire, les investissements pourront s’élever jusqu’à 100%. »

Près de 400 grands groupes français sont présents en Inde. Avec 1,2 milliard d’habitants, l’Inde est un marché de gros contrats à fort potentiel. « Il y a des contrats qui ont été signés il y a quelques années, je pense à la DCNS avec les sous-marins, aux avions Mirage et la modernisation de ces chasseurs monoréacteurs, un contrat qui a été signé il y a deux trois ans », indique l’avocat Olivier Monange. Et si le contrat de vente des Rafale aboutit, « sachant que l’Inde oblige à réinvestir 50% du montant du marché en Inde avec transfert de technologie, cela va entrainer une activité énorme au niveau des équipementiers de l’industrie militaire et aéronautique. L’Inde est un marché incontournable. »

Outre ses entretiens avec François Hollande et Manuel Valls, le Premier ministre indien doit discuter avec les chefs d’entreprise français, et se rendre à Toulouse pour visiter les installations d’Airbus et du Centre national d’études spatiales (Cnes). Il fera aussi une promenade en bateau-mouche à Paris !

Source: RFI

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