Près de 300 chauffeurs sénégalais prêts à rentrer au bercail

manif taximen devant l'ambassade du SénégalLa Mauritanie a annoncé depuis le début de l’année 2013, l’introduction et l’application du Permis Vert pour tous les transporteurs. Une mesure qui selon les autorités, entre dans le cadre de la réorganisation du secteur. Cette mesure précise toutefois que ce sésame est réservé aux citoyens mauritaniens. Les chauffeurs étrangers exerçant dans le métier de taxi se voient donc privés de faire ce travail jugeant cette mesure « discriminatoire ».  Aujourd’hui, près de 300 chauffeurs de taxi sénégalais sont prêts à rentrer au bercail à l’effet de cette mesure.

 Le secteur du transport inter-Etat entre la Mauritanie et le Sénégal connaît depuis 2008 des perturbations aboutissant aujourd’hui, à des ruptures de charges à la frontière pour les gros transporteurs. Tout a commencé en novembre 2008 à Dakar lorsque les bus mauritaniens de la société Salam Transport et Bouragh ont été sommés par les syndicats sénégalais de décharger les passagers et de ne plus opérer en territoire sénégalais faute d’autorisation spéciale de circulation conformément à la convention de 1987 liant les deux pays en matière de transport routier.

Selon cette convention en son article 2 : « Tout véhicule de transport public non titulaire d’une autorisation spéciale de transport routier inter-Etats, ou tout véhicule de transport privé de marchandises et de voyageurs doit bénéficier d’une autorisation exceptionnelle de transport délivrée par l’autorité compétente du pays où il circule pour une durée de validité de trois (3) mois ».

La partie mauritanienne avait soutenu : « Nous avons une autorisation spéciale qui nous permet d’assurer le trafic en permanence  » rétorquait-elle à l’époque. Comme une réponse du berger à la bergère, un camion-frigo sénégalais a été saisi par la douane mauritanienne en janvier 2009 et 60 camions sénégalais de transport de marchandises ont été immobilisés en avril de la même année par la Gendarmerie mauritanienne durant un mois. Après moult interventions, les deux ministres en charge du transport se retrouvent les 14 et 15 mars 2011 à Nouakchott pour un conclave aboutissant à la revue de la convention de 1987 devenue obsolète et inadaptée au contexte actuel. Première conséquence de cette rencontre, il a été décidé de la libre circulation des véhicules de transport de marchandises et de voyageurs pour une période de deux (2) mois renouvelables d’un commun accord. Et à l’issue de cette période, il sera procédé à la rupture des charges. Une situation que nous vivons aujourd’hui. En outre, il faut signaler qu’il y avait des bisbilles au niveau des transports aériens, vite décantés par la suite.

Le permis vert, un goulot d’étranglement

Décidément, la Mauritanie n’a pas baissé les bras dans ce qui peut être considéré comme une réciprocité à outrance. En novembre 2012, les autorités de transport décident de passer à la vitesse supérieure. Le permis vert est instauré et contre toute attente, il est uniquement réservé aux citoyens mauritaniens. C’est le désarroi au niveau des communautés étrangères, notamment chez les chauffeurs de taxi étrangers originaires surtout d’Afrique de l’Ouest. Le 06 novembre, les chauffeurs de taxis maliens, sénégalais et guinéens pour la plupart entrent en débrayage et prennent d’assaut les ambassades du Sénégal et du Mali pour protester contre  cette mesure. Peine perdue. Nouakchott se fâche contre ce qu’elle considère comme un défi à l’autorité. Des consignes sont données et la nouvelle police routière créée pour la circonstance procède à la mise à fourrière des véhicules conduits par les étrangers. Et comme pour faire mieux, les chauffeurs étrangers sont arrêtés et mis en garde à vue pour défaut de permis vert et pour les inciter à arrêter de conduire les taxis. Des amendes sont infligées aux contrevenants. Pour les chauffeurs étrangers, «c’est de l’abus doublé d’une discrimination ».

Mais les autorités mauritaniennes expliquent aux ambassadeurs des pays concernés (Sénégal, Gambie, Mali notamment) que c’est une mesure qui vise la « mauritanisation » de l’emploi. Les transporteurs étrangers sont loin de comprendre cela. Malgré l’intervention du Président Macky Sall auprès de son homologue mauritanien, à l’occasion du sommet de l’OMVS (mars 2013), la situation demeure en l’état. De la bouche du Président Macky Sall, il fait savoir à ses compatriotes que c’est une mesure souveraine de l’Etat mauritanien. Rien à faire. Aujourd’hui, malgré l’entremise de l’ambassadeur du Sénégal et l’appel du pied des chauffeurs sénégalais à l’endroit de leur Président par le canal du ministre des transports, aucune réaction et ces derniers semblent être décidés d’organiser leur retour en convois avec tout ce que cela pourrait comporter comme conséquence. Pour les responsables chauffeurs, « nous avons enregistré  près de 300 véhicules sur demande de l’ambassadeur, appartenant aux Sénégalais et envoyé via l’ambassade un dossier pour solliciter la facilitation d’entrée de nos véhicules et leur mutation, sans réponse », indique El Hadj Diagne, responsable d’un garage de taxi. Des dérogations qui seront loin d’être satisfaites selon nos sources. Ce que confirme SEM Kane qui joue à l’apaisement en attendant une solution meilleure. Même son de cloche chez Diop Massar et Samba Diagne. « Aujourd’hui, nous sommes décidés de rentrer au pays quelque soit la conséquence », déclare Samba Diagne. Quid des retombées de la visite d’Aziz à Dakar? Tout compte fait, les chauffeurs de taxi étrangers sont en chômage, certains sont résolus de changer de métier. Pour les Sénégalais, le retour au bercail est pour bientôt.

Badiana

 RIMWEB

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