Presse électronique en Mauritanie: une profusion d’informations en manque de professionnalisme

manqueDans le paysage médiatique mauritanien, la presse électronique s’est frayée un chemin et s’est imposée ces dernières années comme pourvoyeur incontournable d’information mais, de l’avis des experts, ce secteur accuse un sérieux manque en matière d’encadrement et de professionnalisme.
Vide juridique aidant, les médias électroniques, qui ont fait des réseaux sociaux un puissant allié se sont affirmés comme des sources d’information influentes.
Mais c’est surtout sur la liberté de presse consacrée par la loi sur l’Information du pays et l’aide allouée dans le cadre du Fonds d’aide publique à la presse écrite et électronique que compte cette activité, peu coûteuse, pour réaliser son essor, expliquent à l’APS, les observateurs de la scène médiatique en Mauritanie.
Le directeur de la presse électronique au ministère mauritanien de la Communication qui fait état de plus de 500 demandes déposées auprès du parquet pour la conception de sites d’information, indique que quelque 120 sites activent régulièrement sur le web dont 94 seulement ont bénéficié en 2015 de l’aide de l’Etat.

Une profusion de sites dans un contexte de vide juridique

L’activité de ces sites, malgré leur profusion, n’est pas sous-tendue par une prestation de qualité. L’absence d’un cadre règlementaire régissant son fonctionnement a plongé l’activité dans l’« anarchie », déplorent des journalistes pour qui les autorités ont une grande part de responsabilité dans cette situation.
Ces intervenants reprochent en effet aux autorités de n’avoir pas assumé leur rôle pour réguler ce secteur en favorisant la prolifération de sites d’information montés par des journalistes inexpérimentés qui exercent au détriment des critères de professionnalisme et des règles d’éthique professionnelle.
Aboubakr Al Imam, journaliste à l’Agence de presse électronique indépendante estime qu’une telle attitude dénote une volonté de faire émerger une presse médiocre au détriment de la presse professionnelle.
Plutôt qu’ à de l’activité informative, un bon nombre de ces sites s’adonnent à de la propagande tribale ou partisane quand ils ne se font pas les porte-voix de personnalités influentes dans le pouvoir, argue-t-il.
Pour le doyen des journalistes mauritaniens, Mokhtar Salem, le vide juridique et une formation et un encadrement défaillants sont à l’origine d’un tel constat. La plupart des sites d’information électroniques sont des tribunes de diffamation et d’atteinte à la vie privée des gens, s’élève-t-il.
Les plus avisés de ces sites, qui se font passer pour des « agences de presse » ont tendance à rapporter, sinon à plagier, les sites sérieux et crédibles.
Ils font généralement dans le sensationnel et les informations colportées par les réseaux sociaux. Leur incapacité à concurrencer avec les médias internationaux (agences de presses, chaînes de télévision, radios…) a confiné leur intérêt dans l’actualité locale, jugent encore les spécialistes.
En outre l’engouement de l’opinion publique mauritanienne pour la politique a également encouragé ce penchant des médias électroniques du pays pour l’information politique en délaissant autres aspects socioculturels et sportif notamment.

Recul de la presse écrite et des appels à la refonte du secteur

Les avis des spécialistes divergent sur l’impact de la presse électronique sur le champ médiatique en Mauritanie et la possibilité, pour ces médias, de se substituer à une presse écrite en net recul.
Pour certains, la presse écrite mauritanienne jeune et bien que pas rompue à l’exercice pluraliste est en mesure de tenir face aux médias électroniques déferlants.
D’autres estiment par contre que les journaux en ligne impacteront fortement le paysage médiatique. Le citoyen est passé d’un consommateur à un producteur de l’information à travers les blogs et autres forums qui à leur tour alimentent les sites d’information, soutient le doyen des journalistes mauritaniens.
Des appels pressants sont lancés pour la réforme de la presse électronique afin de l’expurger de toute intrusion malsaine.
A cet égard, le directeur de la presse électronique a fait part de nouvelles orientations et d’une volonté chez les autorités mauritanienne pour assainir ce secteur sensible, annonçant, à cet effet, la tenue prochaine de « forums de presse »,avec la participation d’organes de presse, d’éditeurs et de syndicats.

Source : Algérie Presse Service

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