Presse: Sous les feux de la rampe


Le Calame: Le grand oral annuel du président de la République, consacrant ce qu’il est convenu, au niveau du gouvernement, d’appeler la «rencontre avec le peuple», comme si, pendant toute l’année, le chemin de celui-ci qui l’a élu, le 18 juillet 2009, n’a jamais croisé celui qui se vante d’être le «président des pauvres», vient de remettre, sur le tapis, les rapports entre la presse et le pouvoir.

En effet, en dépit de l’existence des syndicats de journalistes et de la Haute Autorité de la Presse et de l’Audiovisuel (HAPA), le choix de ceux qui ont le privilège d’interroger, en direct, le chef de l’Etat, reste toujours aussi aléatoire et suscite nombre de supputations. D’abord, sur les critères de désignation de ces «grands journalistes» – en Europe et aux USA, le privilège n’est pas, non plus, donné à n’importe qui mais il est, tout de même, objectivement motivé. A la veille de l’évènement, beaucoup de noms ont circulé et certains ne faisaient aucun doute, vu leur supposé proximité avec le pouvoir ou, disons-le, le Palais. Mais, à quelques heures de ce gala annuel, personne ne sait comment ces journalistes ont été choisis. Certains confidences distillent que le choix est laissé à la discrétion du ministère la Communication,, ce que la majorité des directeurs de publication rejettent, d’un revers de la main. Une chose est cependant sûre : le choix est effectué depuis la présidence ! Autre curiosité, liée, directement, à la première : les thématiques. Selon différentes rumeurs, nos journalistes-vedettes auraient été priés d’envoyer, à la présidence, les questions qu’ils souhaitent poser au Raïs, ce qui suppose, forcément, que toutes les questions ne sont pas les bienvenues. C’est la raison qui pourrait être opposée à la requête du bâtonnier de l’Ordre National des Avocats (ONA) mauritaniens, maître Bouheibeny, qui s’est invité au gala. Nos journalistes, qui ne brillent pas par leur investigations, encore moins par leur pugnacité, n’iront, très certainement pas, jusqu’à indisposer leur «hôte». L’opportunisme planera sur la « scène» d’Atar. Pour étayer cette thèse du «prêt à consommer», les ministres auraient, eux aussi, instructions de préparer des fiches à celui qui se vante de «tout contrôler, jusqu’au dernier khoums», ce qui devrait lui permettre de maîtriser l’ensemble des grands dossiers politiquement corrects de la République. Nous, les Z’autres naïfs, avions cru que nos journalistes-vedettes devraient jouir de la liberté totale de poser des questions sur les préoccupations populaires qu’ils sont censés remonter au sommet de l’Etat. Las !
L’autre évènement à rapprocher du grand oral du dimanche 5 juin, c’est la publication de la liste des journaux, sites électroniques et groupes de communications éligibles au fonds d’appui à la presse indépendante. Une commission mise en place par le ministère de la Communication et chargée de la gestion et de la répartition du fonds d’aide à la presse privée a rendu sa copie. A l’arrivée, trente-deux journaux, vingt-trois sites électroniques et sept groupes de presse ont été retenus. Même si l’on ne doute pas de la sincérité et du professionnalisme de nos confrères de la commission, on peut, quand même, leur reprocher une certaine largesse, dans les critères. Ces chiffres paraissent excessifs, surtout ceux relatifs aux journaux et aux sites électroniques. Leur classement suscite quelques grincements de dents. Si les journaux francophones les plus réguliers sont retenus, on peut s’interroger sur la place réservée à l’Authentique, à l’Eveil Hebdo, à la Tribune et à la Nouvelle Expression, classée derrière des publications qui ne leur arrivent pas à la cheville. Examinant les notes attribuées, on s’étonne de la très faible différence entre celle du Calame, 14,5, premier du classement, et le Véridique (14), cinquième. Certaines publications auront profité de ce classement pour se faire connaître. Les membres de la commission ont, semble-t-il, voulu ménager tout le monde. Quant aux sites électroniques, la différence de notes, entre CRIDEM et Al Akhbar, laisse perplexe.
Rappelons, enfin, que le fonds d’aide à la presse privée se chiffre à 200 millions d’ouguiyas, un montant dont on ignore à quelle sauce il sera mangé par les rédactions ou ce qui en tient lieu.

DL

Source : LECALAME

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