Prison civile de Nouakchott : Scènes surréalistes

 prison secondaireRMI Biladi : L’ancienne maison d’arrêt de Nouakchott, devenue une prison secondaire après la construction de la prison de Dar Naim, est généralement réservée aux prisonniers ‘’de marque’’ tels que les détenus jihadistes ou les gens accusés de détournement ou de malversation.
Cette prison ultra surveillée a connu, vendredi dernier, une bataille féroce entre gardes et prisonniers salafistes qui a tourné à l’avantage des derniers. Retour sur une affaire qui continue d’agiter l’opinion.
Vendredi dernier, le président Aziz s’apprête à regagner les lieux saints pour présenter ses condoléances aux nouvelles autorités saoudiennes suite au décès du Roi Abdallah. Son voyage sera retardé quelques heures à cause de ce qui est désormais connu sous la crise déclarée sans alerte, à l’ancienne prison de Nouakchott.
Le groupe des prisonniers qui fait beaucoup parler de lui et qui est soumis à un traitement d’exception est bien celui des prisonniers salafistes. Un peu moins d’une trentaine de jeunes islamistes dont certains sont condamnés à mort.
Mais d’autres, un groupe de quatre personnes dont le mandat de détention a expiré, n’arrivent pas à recouvrer leur liberté. Une pratique apparemment fréquente au sein de notre justice où on ne s’embête pas beaucoup à respecter les textes.
En signe de protestation, les détenus islamistes déclarent une grève de faim et un sit-in en prison. En réponse à cette action, les gardes décident d’utiliser, comme à leur habitude, la méthode forte: gaz lacrymogènes, matraques… avant d’engager la bataille corps à corps avec les redoutables détenus qui, semble-t-il, n’attendaient que cela pour montrer une hardiesse et une férocité sans pareille.
Très vite la bataille tourne à l’avantage des jihadistes qui réussissent à faire deux otages parmi les gardes. Cette prise d’otages a contraint les autorités d’engager des pourparlers qui aboutissent, tard dans la soirée, à l’élargissement des prisonniers dont le mandat de détention a expiré contre la libération des gardes tenus en otages par les prisonniers qui ont réussi à créer un rapport de force afin de plier les autorités.
Qui sont ces prisonniers libérés ?
Au-delà du coup asséné à la crédibilité et à l’autorité de l’Etat à travers cette affaire, il faut revenir sur les CV des personnes libérées pour, peut-être, comprendre l’acharnement et la détermination des prisonniers jihadistes à faire libérer leurs amis.
Parmi les gens libérés figure le nom de Teyib Ould Saleck, doyen des prisonniers islamistes en Mauritanie. Il a été arrêté au milieu de la décennie écoulée et a été condamné à huit années de prison pour avoir participé à l’attaque contre la garnison de Lemghaïty en 2005. Il a été également poursuivi et condamné pour enrôlement au profit d’AQMI en prison et pour avoir reçu des fonds de l’étranger.
C’est apparemment un véritable militant de la cause jihadiste. D’ailleurs, le Royaume d’Espagne a sollicité l’autorisation pour l’interroger sur les attentats du 11 mars 2004 à Madrid.
Le second jihadiste libéré n’est autre que Mohamed Said Ould Moulaye Ely. Il avait rejoint AQMI au nord Mali avant d’être envoyé combattre en Algérie où il fut arrêté lors d’un accrochage avec l’armée algérienne. Il a été jugé et condamné à trois années de prison.
Après l’expiration de sa peine, il a été remis aux autorités mauritaniennes qui l’ont condamné à deux années de prison. C’est le premier qui a donné le coup d’envoi du sit-in dans la salle d’accueil de la prison avant d’être suivi par le reste de ses amis.
Autre ancien prisonnier libéré à la suite de la bataille de la prison : Taleb Ould Ahmednah. C’est le frère de Abdel Kader Ould Ahmednah, tué récemment au cours d’un raid de l’aviation sur la frontière mauritano-malienne. Il a été interpellé en 2009 à Dakar avant d’être remis aux autorités mauritaniennes, quatre mois plus tard.
La justice mauritanienne l’a accusé d’appartenance à AQMI, enlèvement ou tentative d’enlèvement d’étrangers. Il fut condamné à cinq ans de prison qui ont expiré il y a plus de deux mois.
Le quatrième islamiste élargi est Mohamed El Hafdh Ould Cheikh, alias Jouleybib. Il fait partie du groupe libéré suite au dialogue mené par les oulémas en 2010. A la fin de la même année, il sera arrêté et remis en prison. Il était accusé d’avoir constitué une cellule de jihadistes dont il est devenu l’émir.
Il écope, en première instance, d’une peine de trois ans qui sera ramenée à trois ans par la cour d’appel. Que comptent-ils faire dans l’avenir ? Difficile à savoir même si tout porte à croire que le foi dans l’action jihadiste demeure intacte.

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