Procès des détenus du mouvement IRA : L’indépendance de la justice sur la sellette


Le procès de Birame Ould Dah Ould Abeid, président de l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) et de ses compagnons s’est ouvert hier dans une vive tension devant la Cour criminelle du tribunal de Nouakchott. Alors que ses avocats avaient introduit une requête pour la redéfinition des charges retenues contre leur client et que le Parquet avait placé sous le volet « Apostasie  » ses partisans se sont massés aux alentours du Palais de justice. En face, une impressionnante armada policière.

La séance a été suspendue hier, après quelques heures de débat entre les avocats de la défense des détenus IRA, en l’occurrence Birame Ould Dah Ould Abeid et ses compagnons d’une part et d’autre part, la cour criminelle. Les magistrats s’étaient retirés pour étudier la demande introduite par le collectif des avocats portant redéfinition des charges liées à l’Apostasie retenues par le Parquet. Cette charge, si elle est maintenue, fait en effet encourir aux prévenus la peine capitale. C’était hier, mercredi 27 juin 2012, à l’ouverture du fameux procès d’IRA.

Il faut dire que le procès des militants de cette organisation antiesclavagiste, accusés d’avoir incinéré des manuels du rite malékite en mars dernier dans la Moughataa de Riadh, est en passe de devenir un procès communautaire. Un parterre de magistrats Maures blancs jugeant des Harratines noirs. C’est du moins sous cet angle que les partisans d’IRA voient ce procès qu’ils considèrent comme le procès du siècle. Massés en grand nombre devant le Palais de justice de Nouakchott, banderoles au vent, ils scandaient « Libérez Birame et ses amis ! » face à des policiers aux visages patibulaires et lourdement harnachés. Plusieurs parents de détenus étaient également présents, ainsi que de simples sympathisants des diverses communautés. La présence dans le box des accusés de Aboumediana Ould Batta, fausse tout de même le caractère communautaire que les amis d’IRA voudraient bien donner à ce procès que beaucoup considère cependant comme inutile. Il faut noter d’autre part que c’est la première fois qu’une autorisation de marche fut accordée aux militants d’IRA. C’était le mardi, à la veille du procès. Ce qui leur a permis de sillonner librement l’artère menant de la Nouvelle Maison des Jeunes à l’Ancienne. Le slogan était le même : « Libérez Birame et ses amis. L’occasion aussi de mobiliser la troupe pour le sit-in du lendemain.

Parmi les points noirs relevés par les observateurs présents au procès des militants d’IRA, la présence parmi la Cour chargée de juger le dossier, d’un membre du Haut Conseil islamique, Sidi Ould Mhamed. Les défenseurs des droits de l’homme ont perçu derrière cette présence l’ombre de l’Exécutif qui chercherait à peser sur le déroulé du procès. Ce qui à leurs yeux augure déjà d’un jugement partial.

Par delà le geste, jugé par certains érudits de gravissime et par d’autres de petit pêché, se dessine tout un amalgame juridico-politique et communautaire. Birame Ould Dah Ould Abeid dérangeait en effet au plus haut point la nomenklatura social par sa méthode de lutte, son franc parler, son courage et son incorruptibilité face à ce qu’il a toujours considéré comme son combat pour la liberté des esclaves et la refondation de la société Beydane. Il s’attaquait non seulement à ce système de privilège et de classe, à l’aristocratie esclavagiste comme il aimait à le dire, mais aussi au clergé local et à ses dogmes. Courtisé par les défenseurs des droits de l’homme en Europe et aux Etats-Unis en particulier, Birame Ould Dah s’était construit une crédibilité internationale qui lui donnait presque une certaine immunité au niveau local. Toléré mais pas reconnu, les autorités locales après avoir tenté de le domestiquer, s’abstenaient de toute action judiciaire à son égard. Mais il était sous constance surveillance des services de renseignements. A défaut de pouvoir l’atteindre dans sa liberté et dans son intégrité physique, le pouvoir chercha à l’abattre par d’autres moyens, en le diabolisant tantôt, en créant des scissions au sein de ses militants dont certains ont mordu à l’appât du gain.

Cette guerre souterraine durera jusqu’à ce jour fatidique, où il franchit le Rubicon en brûlant un vendredi, jour de prière collective, des livres du rite malékite que l’inconscient collectif considère comme sacré. Le geste de trop qui permit au pouvoir et à ses affidés, à travers la rediffusion continue de son autodafé sur la chaine nationale, à le montrer comme un monstre aux yeux de l’opinion publique, un Apostat et un espion d’Israël. Le résultat dépassa l’espérance du pouvoir. Des milliers de Mauritaniens marchèrent à Nouakchott et dans toutes les villes du pays, pour vouer Birame Ould Dah et ses amis aux gémonies. Un instant d’euphorie pour Mohamed Ould Abdel Aziz qui improvisa une mini tribune devant la présidence de la République pour se substituer aux juges et déclarer qu’il va infliger à Birame et à ses amis, la sanction extrême. Tout était dit. Et la présence parmi la Cour criminelle d’un homme qu’il a lui-même nommé au sein du Haut Conseil islamique prouve que le véritable juge dans cette affaire, sera certainement Mohamed Ould Abdel Aziz.

Cheikh Aïdara

Source; LAUTHENTQUE

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