Profs victimes de la note de service 174 : Ils devaient être en classe, ils sont en prison…


Dans l’enceinte du ministère de l’éducation nationale à Nouakchott, une tente. A l’intérieur de cette tente de fortune campent des profs du secondaire victime d’une note de service anticonstitutionnelle. Des profs victime aussi de l’indifférence et du mépris.

« Le droit de grève est reconnu. Il s’exerce dans le cadre des lois qui le réglementent. La grève peut être interdite par la loi pour tous les services ou activités publics d’intérêt vital pour la nation. Elle est interdite dans les domaines de la défense et de la sécurité nationales. » C’est l’article 14 de la constitution mauritanienne.

Pendant l’année scolaire 2011-2012, les enseignants du secondaire, pour l’amélioration de leurs conditions de travail et de vie, déclenchent une grève. Début de l’année scolaire 2012-2013, une centaine de professeurs du secondaire, qui n’ont rien demandé, sont mutés par le ministère de l’éducation nationale. Point commun a tous ces profs « ils ont pris part à la grève de l’année précédente. » Une grève faite dans « le cadre des lois… »
Les syndicats des enseignants du secondaire protestent et dénoncent « une sanction collective et une violation d’un droit reconnu par la constitution. » Les professeurs mutés contre leur gré, refusent de regagner leurs postes de travail. Un bras de fer s’engage avec le ministère.

Les profs affectés, déterminés, dressent une tente dans l’enceinte du ministère e l’éducation et y campent. A part quelques journalistes qui passent de temps en temps s’enquérir de leur sort, ils ne voient personne. Ni les partis politiques, toujours prompts a vociférer pour des broutilles, ni la pléthore d’ONG nationales qui « veulent changer le monde et qui n’ont pas réglé leurs problèmes.»

L’affectation pour raison de participation a une grève, c’est déjà inacceptable. Mais le problème des dizaines de profs a pris une tournure nauséabonde quand « Les 23 et 24 décembre courant, la police mauritanienne a procédé à l’arrestation de deux groupes d’enseignants du Secondaire qui protestaient contre la note de service n° 174 du 18 Septembre 2012.

Une note de service par laquelle le ministère de l’Éducation nationale de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique avait imposé la mutation de plus de cent professeurs en guise de punition pour leur participation aux grèves de l’an dernier.»Le SNES (syndicat national des enseignants du secondaire) a demandé « la libération immédiate des professeurs détenus, l’annulation de la note de service n° 174 et le rétablissement de toutes ces victimes dans leurs droits.»
Ils devaient être en classe, ils sont en prison. Derrière ces dizaines de professeurs, il y a certainement des centaines, voire des milliers d’élèves sans profs.

Mettre aux arrêts des profs est une curieuse façon de pallier le déficit chronique d’enseignants dans les écoles mauritaniennes. Les premières victimes de la note de service 174, ce sont les pauvres collégiens et lycéens qui attendent encore leurs profs d’arabes, de français, de sciences… Aussi, derrière chaque prof, il y a une femme, des enfants, une mère…des ordonnances pas encore payées, des factures d’eau, d’électricité…

Nous sommes tous des profs…

Pour que cessent l’injustice et les souffrances, le scandale de la note de service 174 ne doit pas être seulement celui de quelques profs qui campent sous une tente au ministère de l’éducation nationale. Pour que cesse l’injustice, il faut que parents d’élèves, ministère, ONG, partis politiques, maires, députés, sénateurs, président de la République…Il faut que tout le monde soit prof. Autrement, les élèves des enseignants victimes de la note de service 174 diront un jour : « Nous avons été sacrifiés parce que les enfants des chefs de partis politique, les enfants de ministres, de sénateurs, de députés, du président de la République…vont, eux, dans les écoles privées ou à l’école française. Il s vont la ou il n’y pas de note de service 174… »
Moussa Diop

B. Une décision préjudiciable à la bonne marche du système éducatif Pour se rendre compte de la gravité du tort causé par cette décision au système éducatif , une lecture rapide de la note de service par lesquelles ces professeurs ont été mutés, la note de service n° 174 du 18/09/2012, s’impose. Cette note de service n’a fait qu’annoncer la décision mettant en avant la « nécessité de service » comme prétexte de ces mutations.

Nul n’ignore que les fonctionnaires cherchent d’habitude à éviter d’être mutés vers les zones les plus enclavées ou éloignées de Nouakchott, comme les deux Hodhs, le Guidimagha, le Gorgol, l’Assaba, le Brakna, le Tagant, l’Adrar et le Tiris Zemour. Mais l’administration est contrainte de temps à autre de muter des enseignants contre leur volonté pour nécessité de service dans ces zones. Généralement, cette mesure concerne les nouveaux sortants, ou ceux situés au bas du classement des enseignants établi depuis 2007, suivant des critères d’affectation et de promotion, adoptés de commun accord entre les syndicats d’enseignants et le ministère de l’Education.

Il est surprenant de constater que cette note de service contraint 63 professeurs à quitter ces régions peu convoitées, d’autant plus que cette même note de service procède aux mutations de la totalité des professeurs victimes de ces mutations imposées vers ces régions et que, dans beaucoup de cas, elle force à la permutation des professeurs de la même discipline et du même niveau académique,

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