Promotion de l’accès et du contrôle de la terre par les femmes : de nombreux défis à relever

ma-terre-ma-vieEn Mauritanie, l’exercice des droits fonciers des petits exploitants, notamment les femmes, se heurte à des pratiques et coutumes qui les défavorisent, en termes d’accès et de contrôle des ressources du sol. « Les femmes rurales mauritaniennes rencontrent d’énormes difficultés, dans l’accès et le contrôle de la terre, faute à des préjugés d’un autre âge, alors qu’elles sont un puissant levier de développement agricole. Leur potentialité est freinée par la disparité entre hommes et femmes », déclare Sarr Mamadou, président du FOrum NAtional des Droits Humains (FONADH). Des propos tenus à l’occasion de la célébration, samedi 15 Octobre, de la journée internationale de la femme rurale, dans le cadre de la campagne « Cultivons Mauritanie » (Oxfam, Réseau des Organisations pour la Sécurité Alimentaire (ROSA) et FONADH), avec la participation de huit femmes rurales venant de l´intérieur du pays. A Bababé, Djewol, Aéré Mbar, Aéré Goléra, Niabina Garlol, Néré Walo, Kaédi, Boghé, Sabou Allah et un peu partout à travers le pays, d’autres femmes se sont mobilisées, pour célébrer la Journée de celles qui représentent environ 43 % de la main-d’œuvre agricole, produisent, transforment et préparent la quasi-totalité des aliments sont disponibles.

Pourtant, ces personnes qui forment la quasi-moitié de la main-d’œuvre rurale agricole, dans les petites exploitations familiales, ne jouissent, en général, d’aucune une sécurisation foncière en rapport de leur investissement personnel. Sur l’ensemble du continent, elles ne sont propriétaires que de 15% des terres cultivées. Confinées en simple force de travail, elles ont moins de liberté de profiter des revenus générés par leur production. « Les hommes devrait être les premiers à encourager un meilleur accès de la femme à la terre car, quand la femme est financièrement autonome, sa famille l´est aussi », soutient l´adjointe au maire de Bababé, madame Hapsatou Ba. N’étant pas propriétaires des terres qu’elles exploitent, elles ne peuvent y réaliser des investissements durables ni bénéficier de crédits bancaires consistants. Cette situation les confine dans la précarité.

 Le foncier apparaît de plus au centre de tous les enjeux, en Mauritanie. Il constitue le principal facteur de production, de lutte contre la pauvreté et de développement dans l’espace rural. C’est pour résoudre les problèmes générés autour de lui que le FONADH et son partenaire OXFAM ont décidé de mettre sur pied le projet de renforcement du pouvoir citoyen pour la sécurisation foncière, l’accès et le contrôle de la terre par les femmes, dans les communes d’Aéré M’bar et Niabina Garlol au Brakna, Néré Walo et Djéol au Gorgol. Une action financée par l’Union Européenne, à hauteur de 250 000 euros (100 millions d’ouguiyas), pour une durée de deux ans. « Il s’agit », explique Sarr, « de contribuer à l’amélioration de la gouvernance foncière. Renforcer, également, les capacités des coopératives agricoles, pastorales et des exploitants familiaux, pour contribuer à la sécurisation de leurs terres ».

La Journée des femmes rurales devrait aussi permettre, souligne le président du FONADH, de « mettre l’accent sur le rôle de la femme, dans la contribution de l’alimentation et de l’économie locale ». Et d’attirer l’attention des autorités, des organisations de la Société civile, sur les problèmes d’accaparement, dans une totale opacité, des terres des populations rurales, notamment à Tékane et Dar El Barka. Selon lui, les premières victimes de cette situation sont les femmes.

Le directeur par intérim d’OXFAM-Intermon, Djigo Abdoulaye Seydi, a évoqué, pour sa part, le contexte de la célébration d’une journée « extrêmement importante », initiée, en 2008, par les Nations Unies. Il a mis en exergue le rôle que jouent les organisations de la société civile au profit des communautés et surtout des femmes rurales mauritaniennes. En 2015, OXFAM-Mauritanie a adopté sa nouvelle stratégie 2015-2019. « Elle s’organise autour de deux axes », expliqu-t-il, « d’une part, le renforcement du leadership transformateur des femmes et, d’autre part, la sécurisation foncière, l’accès et le contrôle de la terre, par les femmes rurales, dans le but de contribuer à l’amélioration de la gouvernance foncière du pays ». L’objectif général du projet est, d’ailleurs, de « contribuer à l’amélioration de la gouvernance foncière en Mauritanie, à travers le respect du droit à la terre des populations ». Son objectif spécifique vise, lui, à « renforcer les connaissances et les capacités des coopératives agricoles et pastorales et des exploitants familiaux, pour contribuer à la sécurisation de leurs droits fonciers et à la promotion de l’accès et du contrôle de la terre par les femmes ».

Campagne de lobbying

En prélude à la journée, la représentation d’Oxfam-Intermon en Mauritanie a lancé une série d’activités, dans le cadre de la Campagne « Cultivons ! », initiée avec ses partenaires, en 2011, à l’échelle mondiale, pour promouvoir la justice alimentaire. Des femmes venues de Bababé, Rosso et Kaédi ont exprimé leurs préoccupations et partagé leurs expériences, notamment sur les bonnes pratiques, avec deux femmes rurales d’Amérique Latine. Olivia Züniga (Honduras) et Maria Raquel (Guatemala) ont fait part, à leurs consœurs mauritaniennes, des avancées notées dans leurs pays et des difficultés de tous ordres qu’elles ont rencontrées. Des pistes de partenariat et de collaboration, afin de faire avancer l’agenda des femmes rurales et asseoir le leadership féminin, ont été explorées.

Lors de leur rencontre avec le réseau des femmes parlementaires, elles ont porté, aux élues, leur cahier de doléances, notamment l’accès à la terre, aux intrants, à l’eau et les possibilités d’obtenir de titres fonciers, en espérant que leurs consœurs politiques poussent les autorités à légiférer en leur faveur. « Nous avons besoin d’un cadre législatif réservant une part importante aux femmes dans les aménagements à venir ». C’est dans cette optique que madame Lalla Aïché Ouédraogo, présidente du ROSA, sollicite qu’un quota soit réservé aux femmes, dans la réforme foncière, et que l’OMVS prenne en compte, dans sa stratégie, les préoccupations des femmes rurales. « Ce qui pourrait contribuer », prédit-elle, « à la sécurisation de leurs droits fonciers et à la promotion de leur accès et contrôle de la terre ».

Sensibles à ce plaidoyer, les femmes parlementaires ont permis, par la voix de leur présidente Mariam Baba Sy, de porter la sensibilisation à différents niveaux. Par ailleurs, la caravane que le ROSA entend mener, à travers le pays, portera, auss,i sur la bonne gouvernance foncière, de manière à permettre à 70% des productrices agricoles de bénéficier d’avantages leur permettant d’améliorer leurs conditions de vie et d’arriver à une autonomie financière. « Une alliance permettant de prendre en compte les préoccupations des femmes rurales est nécessaire », a fait remarquer madame Hapsatou Kane, députée de Sélibaby. « L’accès à la terre constitue un moyen d’accompagnement pour une réelle politique de sécurité alimentaire », a souligné, de son côté, madame Eslemhou mint Abdel Malick, sénatrice.

Du sommet du Kilimandjaro

Clou de la Journée : le 15 Octobre, des femmes de toute l’Afrique se sont rassemblées, pour un moment historique au mont Kilimandjaro, formalisant leur revendication de leurs droits à la terre et aux ressources productives. Certaines sont montés jusqu’au sommet, pour montrer leur détermination à se faire entendre du monde entier. Eradiquer l’extrême pauvreté et la faim, promouvoir l’égalité des genres – priorités des Objectifs du Développement Durables de l’ONU – sont inextricablement liés aux droits fonciers des femmes. 2016 a été également déclarée, par l’Union Africaine, « Année africaine des droits humains, avec un focus particulier sur ceux des femmes », une opportunité supplémentaire de transformer leurs revendications en actions.

Oxfam et ses partenaires  appellent  les gouvernements ouest-africains à assurer les droits fonciers des femmes, en prenant toutes les mesures nécessaires pour promouvoir des droits égaux, tant dans les textes que dans les faits, en renforçant les capacités des femmes à défendre leurs droits fonciers et prendre part, à part égale, dans les processus de décision, et en assurant que le contrôle des terres et les revenus qui en sont dérivés soient équitablement répartis, entre les femmes et les hommes, y compris en ce qui concerne l’héritage et le legs des droits fonciers.

THIAM Mamadou

Source: Le calame

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