Prostitution en Mauritanie : Des voix s’élèvent

Depuis quelques temps, des voix se lèvent pour dénoncer le plus vieux métier du monde. Une organisation dénommée « Non au libertinage » menace même de tout casser sur son chemin, si rien n’est fait pour stopper l’avancée, jugée vertigineuse, du commerce du sexe. Des pratiques sur lesquelles la société mauritanienne ne « communique » pas beaucoup.

La règle de « faire et laisser faire » semble, ici, très respectée. Black-out total, donc, sur une grave problématique qui enfreint et la morale et la religion. Pas de statistiques officielles. Ni sur le nombre de fornicateurs et fornicatrices, ni sur le nombre de réseaux d’entremetteurs et de « gestionnaires » de maisons closes qui seraient, selon les estimations de « Non au libertinage », au nombre de sept cents, dans la seule capitale Nouakchott, ordinairement tenues par des homosexuels, appelés, communément, « gordiguènes ». Certains quartiers ont la mauvaise réputation d’être des foyers de « tension sexuelle », au point de se retrouver nantis de sobriquets très évocateurs. Y passer à certaines heures est, à tout le moins, équivoque. Mais de nouveaux quartiers populaires commencent à leur ravir la vedette. Selon M.S.C., une vieille prostituée, dévergondée et qui ne s’en cache pas : « Les nouveaux quartiers sont, non seulement, plus accessibles, question loyer, mais, aussi, plus discrets et assez éloignés des probables descentes de police ». Aujourd’hui qu’elle est à la veille de la retraite et en passe de se recycler en gérante de maison « ouverte », M.S.C. explique les raisons de sa « vocation ». « Au début, c’était la pauvreté et le dénuement », nous confie-t-elle, « et puis », comme pour donner raison à Emmanuel Kant, « c’est l’habitude qui a pris le dessus ». Curieusement, elle ne semble rien se reprocher. Ni remords. Ni amertume. M.S.C. nous retrace, même, l’histoire de la prostitution en Mauritanie : « Nous n’étions que quelques-unes à Nouakchott. Du temps des cinémas Lejouad, Sahara et El Mouna et, bien après, Oasis et Lansar. Ah ! C’était le bon vieux temps… ». Des rapports avec les autorités sécuritaires, M.S.C. ne veut pas trop en parler. Sur mon insistance, elle finit, pourtant, par lâcher : « Il y a des hauts et des bas. Parfois, c’est la complicité, parfois la répression. C’est souvent à la veille des fins de semaine ou à l’occasion des fêtes que les descentes deviennent plus fréquentes. Mais, habituellement, tout finit par se régler à l’amiable et les choses reprennent leur cours normal… ».

Un défi aux préceptes de l’Islam

De fait, la prostitution s’amplifie à Nouakchott. Quelquefois, ce sont des activités « en haut en haut » licites, comme la restauration, les boutiques de vente de voile, les hammams et autres, qui deviennent, « en bas en bas » et au moment propice, des lieux de rencontres où se tissent toutes sortes de liens, des plus immoraux aux plus ténébreux. C’est un secret de Polichinelle que les gazras de la capitale n’étaient, au départ et à quelques très rares exceptions près, que des lieux de rencontre entre les proxénètes et leurs nombreux clients. Parfois, l’outrecuidance et l’insolence sont si poussées qu’elles frisent la provocation dans une république réputée islamique. Comme ces lieux de sexe à côté de sanctuaires de prières. C’est le cas de cette maison « ouverte » qui fait face à une mosquée, au sixième arrondissement. D’après A.L., son responsable : « Nous sommes là depuis longtemps. Et changer de lieu risquerait de dérouter beaucoup de nos clients. D’ailleurs, il n’est pas facile de trouver une maison aussi vaste que celle-là ». Vous ne rêvez pas : nous sommes bien à Nouakchott. Les gestionnaires des lieux de sexe en parlent sans aucun complexe et prétendent compter, parmi leurs « amis », quelques grands responsables de ce pays. Comme quoi, si l’on nous recommande d’aller chercher le Savoir « jusqu’en Chine, s’il le faut », il est tout aussi permis d’aller chercher le plaisir, jusque dans les tréfonds des plus reculés quartiers populaires de la capitale.
En plus de ses méfaits sanitaires, la prostitution constitue un véritable défi à l’éthique, aux valeurs et aux préceptes sacrosaints de l’islam, en ce qu’elle s’attaque à la dignité humaine. Malgré cela, les autorités nationales ferment les yeux, entraînant, ainsi, une levée de boucliers de certains milieux prétendument puritains qui réclament, à cors et à cris, qu’on mette fin à ce désordre. Mais remuer cette fange peut susciter des vagues de protestation aux conséquences imprévisibles. La réalité du métier le plus vieux du monde est bien plus complexe que certains ne se l’imaginent. Ses ramifications s’étendent à travers toutes les institutions de la République. Un coup dans cette énorme fourmilière pourrait réserver bien des surprises révélant les limites des perceptions simplistes et la prétention des menées répressives. Non pas qu’il faille laisser impunie une pratique aussi condamnable que la prostitution mais il s’agit de bien en appréhender les causes, l’enracinement et l’ampleur, avant de s’y attaquer.
A cet égard, il convient d’analyser ses rapports, souvent très étroits, avec la criminalité et la drogue, perversions qui prennent, elles aussi, de plus en plus d’ampleur. Divers milieux sont impliqués et il s’agit de relations vivantes, aux limites fluctuantes et nuancées, dans toute une gradation d’outrances. S’il faut poser des bornes et trancher dans le vif, la lucidité, le pragmatisme et l’humanité doivent rester, en permanence, à l’esprit, afin de bien circonscrire les problèmes et lutter efficacement contre eux. Cette mesure n’est pas le moindre des défis.

Source : Sneïba El Kory

 

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