Quand la France envoie son « ami solide » au chevet de son ami fragile

«  La Mauritanie est un ami solide de la France et la solidité de cette amitié s’est traduite dans des actions concrètes.» Ainsi s’est exprimé le 15 fabus1avril dernier à Nouakchott M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères français. Après avoir été reçu par le Président Mohamed Oudl Abdel Aziz, M. Fabius a révélé que l’entretien a porté, outre les questions bilatérales, sur la situation régionale et internationale.

Il a été notamment question du Mali, a dit le chef de la diplomatie française qui a expliqué que la Mauritanie suit ce qui se passe au Mali avec énormément d’intérêt. « Nous avons une analyse extrêmement convergente. Le Mali a besoin de sécurité comme toute la région. L’intervention qui a eu lieu a permis de rétablir la sécurité mais il faut conforter cet élément là. Vous savez sans doute que d’ici quelques jours l’ONU va adopter ce qu’on appelle une opération de maintien de la paix qui permettra d’avoir une force de sécurité très importante au Mali qui va continuer à sécuriser le Mali et nos amis mauritaniens envisagent y prendre part et ils définiront eux-mêmes la manière de le faire. »

Laurent Fabius a ainsi informé l’opinion mauritanienne de ce que ses dirigeants ont l’intention de faire : envoyer des troupes au Mali pour faire partie des forces de maintien de la paix.
Visiblement il s’agit là d’une mission que la France confie  à « un Président de la Mauritanie qui est un ami de la France. » Et puis,  « l’armée mauritanienne a l’avantage de maitriser la zone d’intervention », souligne l’analyste Jean Delors Biyogue-Bi-Ntougou.  Cité dans un article publié sur le site de la Deutche-Wele, M. Bi-Ntougou  trouve que  « l’apport de l’armée mauritanienne sera d’une grande importance. Ne serait-ce qu’à cause de son expertise (qui) est déjà un appui considérable. »

Pour cette mission  1.800 soldats mauritaniens vont rejoindre les 12.000 hommes  de la MINUSMA, force des Nations unies au Mali. Celle-ci aura pour  rôle de débusquer les groupes terroristes et de sécuriser totalement le Nord-Mali.

Depuis que la France avait ébranlé une intervention armée au Mali qui l’avait appelée à son secours, il a été dit à plusieurs reprises que la Mauritanie allait s’engager aux côtés de ce pays. Car, selon les milieux politiques, de l’opposition notamment, ce fut sous la dictée de Paris, dirigé alors par Nicolas Sarkozy que la Mauritanie de Mohamed Ould Abdel Azz avait mené des opérations dites préventives contre des forces terroristes dans le Nord du Mali. Et ce,  bien avant le putsch qui va finir par renverser ATT, le président malien. Mais cette participation ne fut pas effective. La Mauritanie se contentant officiellement de garder ses deux mille et quelques kilomètres de frontières avec ce gigantesque pays voisin en proie aux feux de la rébellion et du djihadisme.

C’est donc maintenant que les choses sont dites quasi-officiellement : c’est comme si la France avait parlé pour la Mauritanie par la bouche de Fabius ; un peu comme l’impression avait été donnée dans la proximité entre François Hollande et Mohamed Ould Abdel Aziz qui venait d’être soigné à Paris suite aux effets d’une balle qu’il reçue en Octobre à Nouakchott.

On se rappelle également que qu’en janvier 2013, le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz et le président français François Hollande ont eu des discussions à Abou Dhabi, en marge du Sommet sur la durabilité des énergies du futur et du sommet mondial de l’eau. Ces discussions avaient porté  sur les opérations militaires de  la France au Mali contre les groupes islamistes armés. Même si  la Mauritanie avait jusqu’alors  affirmé  ne pas être prête à s’impliquer dans cette guerre, cette rencontre donnait l’impression à certains observateurs que le France, à laquelle, selon eux, le chef de l’Etat est redevable d’avoir pu se maintenir au pouvoir après son putsch de 2008 et d’avoir guéri des effets du fameux de coup de feu qui avait failli l’emporter en octobre 2012, était en train de le charger d’une mission spéciale à ses côtés dans son aventure contre les djihadistes.

Au-delà des impressions et des suppositions, il y  la réalité qui sûrement peut motiver la Mauritanie à s’inscrire dans une histoire en train de se réaliser. Sans avoir pris part aux victoires de la France et des pays africains qui l’ont assistée, la Mauritanie aurait finalement intérêt à ne pas rater la construction de la paix jusqu’en dehors de ses murs.

Et selon  Jean Delors Biyogue-Bi-Ntougou toujours cité par l Deutche-Wele,  la proximité avec le Mali donne le devoir à la Mauritanie de participer sérieusement à cette mission, pour éviter le risque de contagion à une région bien plus vaste car, explique-t-il, « la menace qui frappe le Mali ne peut pas laisser à l’abri longtemps la Mauritanie. Si on veut assurer la sécurité de toute la région, il faut forcément que tous les États se mettent ensemble pour que certains pays ne deviennent pas des bases arrière des mouvements rebelles qui sont pourchassés au Mali ou dans d’autres pays. Donc il faut qu’il y ait une mutualisation des efforts pour maitriser la menace et neutraliser les bandes armées terroristes qui sévissent dans la région. »

Neutraliser les bandes armées terroristes, voilà une tâche à laquelle la Mauritanie s’était pourtant attelée il y a trois ans. Elle avait poursuivi ces groupes jusqu’en territoire malien sous le regard d’un Amadou Toumani Touré resté passif jusqu’à sa propre chute.

Si l’opposition mauritanienne avait dénoncé à l’époque  « une guerre par procuration » menée par Mohamed Ould Abdel Aziz pour « le compte de la France qui avait besoin d’un gendarme au sahel pour faire face au terrorisme », comme l’ont affirmé certains, aujourd’hui, ils ont l’occasion de crier à la prise de relais par la Mauritanie d’un chaos créé par la France de Hollande. En effet c’est au moment où les troupes français e vont se retirer que la Mauritanie se voit appeler à la rescousse. Il faut cependant retenir que Mohamed Ould Abdel Aziz dont le pas n’est pas membre de la CEDEAO a souvent répondu à ceux qui l’interrogeaient au sujet d’une intervention Mali, qu’il était prêt à participer à des forces des Nations Unies ans ce pays voisin. On retiendra également que pour avoir fait sa part de guerre contre les terroristes tapis dans le nord malien Ould Abdle Aziz ne rechignait pas à  soutenir la coalition anti-AQMI. La condition pour lui, était que  les autorités maliennes le lui demandent.

En termes d’enjeux pour la Mauritanie d’une intervention au Mali, ce serait plutôt socioculturel. Car même si le pays ne compte pas de populations touarègues reconnues officiellement, une bonne partie des habitants de l’Est mauritanien  partage des liens culturels et sociaux ainsi que des liens de sang avec les maures et autres tribus arabes du nord Mali. Ceux-ci  constituent souvent le prolongement communautaire de plusieurs tribus mauritaniennes. Les nostalgiques évoquent une période qui selon eux faisait du  Sahara Occidental, de  l’Azawad et d’une bonne partie de l’espace mauritanien le fameux  Trab El Bidhane,  terre des maures.

Par ailleurs avoir à gérer sur son territoire près d’un million de réfugiés ayant fui la guerre, place la Mauritanie dans une position délicate. Elle ne peut plus rester  passive. D’où un engagement sécuritaire qui devra sans doute se traduire par une surveillance scrupuleuse des mouvements et flux auxquels le territoire sera soumis.

En définitive, il faut retenir que l’annonce de l’envoie de troupes mauritaniennes au Mali est intervenue dans le contexte de  la 10e réunion des ministres des affaires étrangères des pays membres du Dialogue 5 + 5 qui regroupe les 5 pays de l’Union du Maghreb arabe(Mauritanie, Maroc, Libye, Tunisie, Algérie) et 5 pays de l’Union européenne (France, Espagne, Italie, Portugal, Malte). Cette réunion a également consacré une part importante à la situation au Mali. Ce qui signifie que la préoccupation va au-delà de la zone du Sahel. Sachant surtout que des événements terroristes ont touché l’Algérie tout récemment avec les enlèvements et meurtres d’Ain Amenas, le soucis dicté par la diplomatie française par la voix de Laurent Fabius est d’éviter que ce conflit malien ne prenne  «aucun caractère religieux » mais parvienne à stopper la progression des « terroristes », à « protéger la population » du Mali et à « rétablir l’intégrité territoriale » de ce pays. Ce souci est-il suffisament retenu par l’Algérie dont le ministre des affaires étrangères et de la coopération, Mourad Medelci a, quant à lui, plaidé en faveur de la mise en œuvre, avant la fin de l’année 2013, de l’Observatoire 5 + 5 pour la sécurité alimentaire ?  Une conception de la sécurité qui est donc différente selon que l’on est Européen ou Maghrébin, pour ainsi dire. Mais pour sécuriser le Mali, un ami fragile, la France a clairement fait appel à un « ami solide » : La Mauritanie ou…Mohamed Ould Abdel Aziz.

Kissima

Source : La Tribune

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