Quand l’abattage clandestin épaule les consommateurs

En cette période  où la chaleur commence déjà à se manifester de force, la pratique de l’abattage clandestin prend des proportions immenses et ABATTAGE CLENDESTINpréoccupantes, à travers les neuf communes de la wilaya de Nouakchott, où les carcasses des bêtes sacrifiées sont transportées par des moyens de locomotion banaux et sans la moindre mesure d’hygiène.

C’est le cas, par exemple, de la Moughataa d’El Mina, où plusieurs enclos sont transformés en abattoirs et en boucheries à ciel ouvert. Aux premières heures de la matinée, des éleveurs viennent proposer aux « bouchers » la viande des bêtes qu’ils égorgent, dépiautent et dépècent sur place. Les quartiers de cette viande sont alors cédés à une clientèle, de plus en plus nombreuse, au fil des heures.

De la polyclinique au marché de la capitale, à côté des dépôts de la société de nettoyage Pizzorno, ce sont des points de vente qui s’improvisent aux abords de certaines rues dont les trottoirs sont envahis de charrettes et des véhicules, stationnés n’importe comment. Ce sont les clients « lève-tôt » qui s’arrachent les meilleures morceaux et surtout les abats, foie et cœur, très prisés et à bon prix. Les retardataires doivent se contenter du «tout venant». L’affluence sur ce type de marchés clandestins que l’on retrouve aussi à l’arrêt des bus et au rond point de la BMD, s’explique par les prix pratiqués qui sont, nettement, plus avantageux par rapport à ceux du boucher régulier, sous les regards des autorités. A El Mina et Sebkha, la viande est proposée entre 1100 et 1200 ouguiyas, contre plus de 1300 dans les points de vente «légaux». Si l’acheteur gagne, en fin de compte, sur le prix, il se fait, toutefois, et souvent arnaqué par ces bouchers qui font preuve d’un pouvoir de persuasion très efficace. D’abord, la viande n’est pas pesée car rares sont les bouchers sur place, qui disposent d’une balance. La viande est découpée au «museau» et le client, convaincu de faire une bonne affaire, accepte cette situation. Ensuite, les bouchers clandestins font passer les carcasses de brebis et même de chèvres pour celles de l’agneau. Cette tromperie «marche et même va vite » aussi bien puisque rares sont ceux qui parviennent à distinguer la différence.

Les conditions d’hygiène, enfin, sont des plus déplorables : c’est dans une cour où cohabitent des peuples de mouches, des odeurs nauséabondes et du sang coagulé que s’effectuent toutes les étapes, de l’abattage à la vente. Sur place, dans l’abattage d’El Mina, les bouchers pataugent dans des flaques marécageuses et sanguinolentes. Aucun contrôle sanitaire n’est effectué sur les bêtes avant d’être égorgés et mêmes sur leurs carcasses.

Le boucher s’improvisant en expert, juge au coup d’œil rapide, la qualité de la viande qu’il vend à sa clientèle. Les morceaux suspects sont tout simplement découpés et jetés avant l’arrivée des acheteurs ou du contrôleur du service d’hygiène qui sera corrompus avant d’apposer son cachet qu’il fait sortir de sa poche. Le reste de la carcasse est vendu normalement. Les risques d’épidémie sont évidents et personne ne semble s’en inquiéter en Mauritanie. Vendeurs comme acheteurs ont d’autres objectifs différents d’ailleurs : gagner le plus d’argent, en limitant au maximum les pertes, pour les premiers et acheter de la viande à bas prix pour ne pas dire insignifiants, même si c’est au détriment de leur santé, pour les seconds. Ainsi va la vie de Riyad à Arafat, de Tarhil à Mellah, de Toujounine à Dar Naim, et de Carrefour-Madrid au Ksar. Et c’est comme cela que se résume la crise économique croissante.

  Aboubecrine SIDI

LA TRIBUNE

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