Que dire à l’enfant monsieur le président?

Je ne sais pas pourquoi je suis toujours poussé à m’adresser à vous, à chaque fois que ma machine à comprendre s’arrête de fonctionner. Je sais que contributionvous ne m’écoutez pas. Vous n’avez pas le temps de m’écouter. Je réalise pleinement la distance qui nous sépare.

L’espace très considérable qui garde à distance respectable ceux qui sont très haut et ceux qui sont très bas. Mais à chaque fois, je décide quand même de vous parler. Même si vous ne m’entendez pas. Même si, et je le sais parfaitement, je suis juste à une centaine de lieues du dernier de vos soucis. Tant pis, je vous parle…simplement… dans le plus limpides des vocabulaires.

Le sujet d’aujourd’hui tourne autour de mon fils Adel. Il est né par un soir de janvier 1987. J’étais à Toujounine et à quatre heures du matin, je n’avais pas de voiture.

Je dû recourir aux services de la fourgonnette qui livre le pain pour transporter sa mère a l’hôpital. Il est né à 6 heures du matin, à la maternité qui a vu naitre ses frères et beaucoup d’autres petits mauritaniens. Il était venu ce matin-là au monde, pour constituer une entité des multitudes de responsabilités qu’Allah décidera quelques années plus tard à mettre sur vos respectables épaules Je peux imaginer votre étonnement potentiel, excellence. Mais attendez. Merci de votre patience…

Depuis la naissance de ce nouveau citoyen, je me suis acharné, en ma qualité de père, de le préparer à affronter ses devoirs nationaux. A être à la hauteur de la hauteur que tous les enfants nés cette année-là, et au cours des années suivantes, devaient atteindre pour que le pays vive et prospère.

Je l’initiai avec une application particulière et un acharnement méticuleux, à prendre conscience des vertus que nos anciennes générations ont léguées aux nouvelles, pour que nous restons nous-mêmes, pour que nous continuons d’exister. Je lui donnai une éducation religieuse seine et pure pour que sa relation avec son créateur et les créatures soit basée sur le respect l’honnêteté, l’altruisme et l’amour.

Allah décida que lui et moi soyons envoyés par les ramifications du sort au Koweït. Je profitais de cette nouvelle situation, dans un environnement plus propice, pour l’éduquer aux arts martiaux à la nage et à bien d’autres sports. J’avais toujours à l’esprit que cette nouvelle génération aura beaucoup plus d’épreuves que la nôtre et que les erreurs de formations ne pouvaient être tolérées. Adel excella dans beaucoup de discipline et comme ses frères, il fut souvent honoré par beaucoup de distinctions au Koweït.

Quand il eut son Bac, je décidai de l’envoyer chez lui pour le lier aux conditions de sa patrie. J’avais toujours tenu à le maintenir dans cette condition d’amour de chez lui de sa terre et de son histoire. Apres quelques années en économie, il décida de joindre l’armée nationale. Je crois qu’il était le mieux placé pour remplir cette fonction de militaire.

Il se présenta, et était à la tête des compétitions sportives. Je parlai de lui à certain très grands officiers amis et parents. Ce n’était pas autant que je voulais que mon fils intègre l’armée nationale, que ma conviction profonde que pendant les jours ou les hommes doivent faire preuve de courage et d’abnégation, Adel devait faire partie de ceux-là. C’est mon fils je l’ai façonné.

Un « Mohssen » me souffla a l’oreille :  » Hanefi ne te fatigue pas les places sont distribuées d’avance. » Cette information m’assomma comme la foudre. Je ne voulais pas que cet enfant pense mal de son pays. Je lui avais tellement flatté les oreilles de la grandeur de son pays que j’éprouvais une certaine honte à affronter ses questions, son regard perdu et sa déception.

Que faut-il faire? Ramener l’enfant au Koweït? Non ce serait un aveu d’échec. D’autant plus que beaucoup de grandes personnalités koweitiennes m’avaient demandé d’engager Adel dans leurs entreprises. Ceci lui aurait valu au moins un salaire aisé. Je décidai pour sauver la face de l’envoyer en Algérie, dans une école internationale.

Deux années plus tard, l’enfant, frustré par sa première exclusion, qu’il n’avait jamais pu expliquer revint dans son pays et me contacta pour me dire qu’il se présente pour être « pompier ». Décidément il voulait porter une tenue mauritanienne.  » C’est une bonne chose rétorquai-je, il n’y-a pas de sot métier »

Il se présenta au concours et fut sélectionné parmi un certain groupe de postulants. Mais c’était compter sans la machine infernale de l’interventionnisme et de l’injustice qui préside au destin de nos jeunes générations. Un autre « quidam » me souffla :  » Il faut payer les responsables de sélection. C’est la seule issue ». J’étais prêt à payer n’importe quoi pour ne pas semer le désespoir dans l’âme de mon fils.

Mais en vieux professeur, je répugnai à avoir recours à ce genre de contraventions morales. Adel fut écarté des pompiers après avoir passé tous les examens et les péripéties possibles et imaginables. Aujourd’hui sur facebook, j’ai vu Adel, que j’ai renvoyé en Algérie pour faire sa soutenance, avec un groupe de jeunes mauritaniens. Ils portaient un drapeau, le drapeau de leur pays. Et sous les photos était écrit : « Nous avons levé très haut le drapeau de la Mauritanie. Nous avons remporté la coupe. » La Mauritanie a écarté des enfants qui tiennent à lever très haut son nom.

Elle a fermé ses bras devant ceux qu’elle devait étreindre et envelopper. Elle jette ses enfants dans les antres de toutes les malversations internationales. Tous nos enfants, victimes des manigances et des manipulations perverses dans ce monde, le sont parce que nous les avons jetés, nous les avons rejetés, nous les avons poussés vers ces destins dramatiques et tristes qui ne devaient pas être les leurs.

La Mauritanie a beaucoup de moyens pour occuper tous ses enfants. Elle peut faire que tous ses fils soient fiers de lever leur drapeau national sur leur territoire national et non pas ailleurs. La condition est de bien orienter la barque, bien aménager les meubles pour que tout le monde puisse s’asseoir.

Si les chinois, les esquimaux et les Bororos viennent prospérer chez nous, comment se fait-il que nos enfants ne puissent s’insérer chez eux? Avons-nous vraiment assez de bras pour défendre ce pays en proie à toutes les convoitises et qui voit chaque jour des crimes plus horribles les uns que les autres? Pourquoi monsieur le président, il n’a pas été permis à ces jeunes de lever le drapeau national sur le sol national? De participer à sa construction? D’être fiers d’appartenir à son évolution?

Beaucoup de pères, comme moi seraient prêts à payer le gouvernement pour qu’il ne brise pas la confiance et la foi qu’ils ont en leur pays, en leurs origines. Excellence, pensez à la comparution devant Dieu.

Ce ne sont pas vos fautes, je suis sûr, mais elles entrent dans le domaine de votre responsabilité, de ce de quoi vous rendrez compte inévitablement à Dieu. Et parce que je vous aime, je vous prie d’accorder une certaine importance à ce genre d’inégalités qui affaibli le pays et sème la discorde et le doute dans l’esprit des citoyens. Comme Dieu a dit :  » Vous le jugez minime alors qu’il est très grave aux yeux du Seigneur. »

Vous êtes le garant de ces petites injustices qui font de grands chagrins. Surtout excellence ne pensez pas que je cherche à incorporer mon fils dans l’armée nationale, pour laquelle je voue un profond respect. J’ai fait moi-même le service militaire. Mes promotionnaires sont généraux aujourd’hui. Leur bravoure les a poussés à continuer dans le métier des armes et mes rêves m’ont fait choisir la littérature.

Mais je vous dis une chose que tout le monde scande et que personne n’applique  » L’homme qu’il faut doit être à la place qu’il faut. » C’est bien simple et bien efficace pour tout le pays. Dieu est juste. Il aime les justes. Dieu est vérité, il aime la vérité. Dieu guide vos pas vers la justice et l’équité. Que Dieu vous fasse voir la droiture et vous aide à la suivre et qu’Il vous dévoile les mailles du faux et vous aide à les défaire.

Mohamed Hanefi
Chef département de français Koweït

 

Source : mohamed hanefi

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