Que fais-tu là, mon frère ? Lettre à Mbareck Ould Beyrouck

Mon Cher Cheikhou, C’est avec une réelle incompréhension que je finis de lire un papier signé de ton nom et relatif à ce qu’il est désormais convenu d’appeler « l’affaire Bouamatou ».

beyrouk Je continue d’espérer d’ailleurs qu’il ne s’agit là que d’un mauvais canular, d’une manipulation, que ce papier n’est pas authentique, que tu ne le destinais pas à la publication, bref, j’imagine tout pourvu que tu n’en sois pas l’auteur conscient.

Laisse-moi t’avouer, mon cher Cheikhou, que tu as toujours représenté pour moi l’intellectuel au sens noble, affranchi à la fois du conformisme social et des compromis politiques. D’ailleurs ta trajectoire professionnelle le montre bien : tu n’as jamais pu occuper un poste officiel important et tu es resté, comme aux premiers jours, aussi mal à l’aise financièrement.

Pourtant tu aurais pu t’enrichir (enfin, être plus à l’aise dans tes affaires domestiques), tu aurais pu occuper tous les postes que tu voulais, il aurait fallu simplement pour toi composer habilement avec le pouvoir et le système en place.

D’autres l’ont fait, moins brillants que toi, mais certainement plus avides, et se sont largement servis. Toi non, tu es toujours resté le même, tu défends (à peu près) les mêmes causes perdues ; nobles, mais perdues. Ta conscience, ta liberté, ton indépendance, ont été pour toi plus essentielles que ton confort matériel.

Un mauvais hasard a voulu que tu travailles dans l’un des domaines les plus fangeux de l’administration, celui de l’information publique, des organes de presse officiels, là où la voix du pouvoir est portée par une nuée de «nègres» pour la plupart serviles et asservis. Mais tu as toujours échappé aux mauvaises trappes, tu as réussi à surnager sur l’îlot immonde, jusqu’à trouver enfin ta voie dans la littérature. La nouvelle et le roman sont devenus pour toi des moyens d’expression plus convenables que les articles de presse.

Pour moi, tu étais un peu l’albatros de Baudelaire, impérial et majestueux dans les airs, gauche et maladroit quand il était contraint de marcher. Voilà l’idée que j’avais de toi, que je voudrais toujours avoir de toi.

La tache est venue de ce papier… Dont j’ai pris connaissance sur un site internet et dans lequel, en gros, tu t’efforces de défendre la république et la légalité contre Mohamed Ould Bouamatou. Tu y défends les avancées de la liberté de la presse enregistrées ces dernières années ; c’est ton droit.

Mais tu t’y attaques aux journalistes et aux intellectuels, accusés de faire un mauvais usage de ces libertés en défendant Mohamed Ould Bouamatou. Là, tu n’es déjà plus dans ton droit puisqu’il ne t’appartient pas, il me semble, de définir en quoi consiste le bon usage de ces libertés ; au passage, tu tombes toi-même dans le même travers puisque tu choisis clairement ton camp et tu tires à boulet rouge, « de l’autre côté ».

Tu t’y attaques aussi à l’opposition qui aurait commis le tort de se découvrir un nouveau « héros ». Là non plus, je pense que tu n’es plus dans ton droit, puisque l’opposition, c’est son rôle naturel, critique tout ce qui vient du pouvoir.

Tu y prétends que cette affaire n’aurait pas dû soulever autant de débats et de passion et pourtant tu ne te prives pas d’y prendre part, passionnément ; tu t’y invites d’autorité, comme si toi aussi tu devais prendre position.

Mais surtout, tu t’y attaques à un homme qui ne t’a fait aucun tort, qui n’en a d’ailleurs fait à personne, à part d’avoir occupé, bien malgré lui, le devant de la scène.

Là réside mon indignation.

Cet homme auquel tu t’attaques, je ne sais si tu le connais. Pour ce que j’en connais moi-même, je te garantis qu’il vaut beaucoup mieux que le portrait réducteur que tu en fais. Je ne t’en dirai pas plus, puisque mon objectif ici n’est pas de le défendre (je le fais déjà au sens juridique et technique) ou de redorer son image, c’est de ton image que je me préoccupe.

En parlant de technique, je me permets de corriger un passage de ton papier où tu dis que « les journalistes et les intellectuels auraient dû être du coté de la loi républicaine, du fisc, de l’égalité de tous devant la loi… », là tu fais un amalgame dangereux pour ta compréhension de ce dossier et celle de tes lecteurs, puisque l’égalité de tous devant la loi, c’est exactement ce que revendique Monsieur Bouamatou, pour sa banque, pour ses impôts, pour sa Fondation.

Il ne veut pas être la cible exclusive ou privilégiée des services administratifs, il veut être traité en usager et en contribuable normal, au même titre que ses pairs et autres confrères. Si cette égalité devant la loi avait été respectée ou rétablie, il n’y aurait probablement pas eu toute cette affaire.

Tu es mon aîné, Cheikhou, tu me permettras néanmoins de t’adresser un conseil, qui est le sens même de ce message : laisse la technique aux techniciens, laisse la politique aux politiciens…

Ce n’est pas l’avocat qui te parle, c’est ton frère, ton ami, qui te dit : Reste toi-même, reste haut, comme l’albatros…

Elyezid Ould Yezid

Source : Mauriweb

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