Question et guerre du Sahara mauritanien (suite)

Kaige Bertrand Fessard de Foucault_18Le calame: (Suite des publications de documents diplomatiques français,Voir Le Calame des 14 & 28 Décembre 2010 – 4 & 25 Janvier, 8 & 22 Février 2011 – 22 Juillet, 12 Août & 14.28 Octobre & 3.17.23 Décembre 2014 – 21 Janvier & 4.11 Février 2015).
L’orthographe, l’emploi ou non des majuscules sont le fait des rédacteurs
Les difficultés de fixer la frontière franco-espagnole
Avant de présenter les échanges d’arguments devant la Cour internationale de justice à La Haye et de préciser les circonstances du « partage » en 1900, l’état chronique des relations sur le terrain – dont témoignent ces rapports de 1948 – indique d’une part les incertitudes du tracé de la frontière entre les deux possessions coloniales, et d’autre part – indubitablement – que les deux métropoles et leurs acteurs locaux confondent leurs « ressortissants » les considérant tous comme des tribus maures, et ne parvenant pas à se les répartir.
Le cas de figure de la Sebkha d’Idjil dont on ne soupçonne pas les richesses minières – elles ne seront prospectées qu’en 1950 – et de la « pointe » de Choum, traite par prétérition ce qui sera l’élément fondateur de la viabilité du Territoire.
Bertrand Fessard de Foucault – Ould Kaïge

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Colonie de la Mauritanie
Cercle de l’Adrar
Subdivision de Fort-Gouraud
Gouvernement de la Mauritanie. confidentiel. cabinet. arrivé le 21.10.48. n° 1031
Notes
Sur la  Frontière hispano-française
Dans la région de fort-Gouraud

Espagne et la France, se partageant en 1900 un Sahara occidental qu’elles connaissaient mal, adoptèrent généralement comme frontières une succession de parallèles et de méridiens. Mais leur décision d’attribuer à la France les salines d’Idjil et l’ignorance où l’on était de leur emplacement exact, aboutirent, pour la région de Fort-Gouraud, au texte suivant, particulièrement imprécis :
I – Texte de la convention :
Du point 13° ouest de Greenwich, 21°20’ de latitude nord (Choum) … « … la ligne décrira entre les méridiens 15°20 et 16°20 ouest de Paris (13° et 14° ouest de Greenwich) une courbe qui sera tracée de façon à laisser à la France, avec leurs dépendances, les salines de la région d’Idjil, de la rive extérieure desquelles la frontière se tiendra à une distance d’au moins 20 km. Du point de rencontre de la dite courbe avec le méridien 15°20’ ouest de Paris (13° ouest de Greenwich) la frontière gagnera aussi directement que possible l’intersection du tropique du Cancer avec le méridien 14°20’ ouest de Paris (12° ouest de Greenwich) … » (Ce dernier point étant Guelb Jrad)
Ainsi, au nord de Choum, la frontière admet une limite ouest : le 14° méridien et une limite est : le 13° – sauf là où il passe à moins de 20 km des salines d’Idjil (dont la détermination des rives peut aussi prêter à contestations) : la marge est d’une centaine de km. (1)
II – La Sebkha D’Idjil :
Centre de répulsion des ambitions espagnoles, les salines occupent, à quelques trente km au nord-ouest de Fort-Gouraud, le milieu d’une sebkha s’étendant à hauteur du puits d’El Aouj sur une largeur de 8 km environ. Elle se prolonge d’une vingtaine de km vers le sud où elle s’élargit et prend le nom de sebkha d’Imarchen. Par contre, vers le nord, elle ne dépasse pas les guelbs d’El Aouj : à partir de là, les efflorescences blanches caractéristiques font place à un terrain uni, plat, sans végétation, l’« admassa » des Maures, sol contenant certainement du sel, mais qui ne saurait être extrait.
Ce « terrain sebkhateux » est le fond d’une étroite dépression s’incurvent vers le nord-nord-est et longue d’une cinquantaine de km. Elle est parfois peu marquée et souvent envahie par des dunes couvertes de végétation. A son extrémité, elle s’élargit pour former la sebkha de Mout Sferat, constituée principalement de gypse.
III – La région :
Ecornant le Tijirit et coupant les dunes de l’Azefal au sud, cette partie de la frontière traverse surtout le Tiris, grand rag semé de pitons, où les pluies sont généralement fécondes mais rares.
Deux puits permanents : Aouadi, dont l’eau est douce et Arouenit, où elle est buvable, ont un débit suffisant à l’abreuvoir d’une centaine de chameaux par jour pour le premier, du double pour l’autre.
Excessivement salés, El Molina et l’amlragh Zezayet ont un débit variable, de même que les points d’eau douce de Aljik Mou Sférate et Mabrouk, qui sont temporaires.
IV – L’interpretation française :
Arrivés les premiers, les Français n’ont profité que modestement de la marge d’interprétation laissée par le texte de la convention de 1900 : renonçant à Aouadi et El Molina, ils revendiquent Arouanit et Mijik. Pour englober ce dernier point, ils n’ont pu faire rejoindre le 13° méridien par leur frontière qu’à la latitude du Tropique.
Et pour appuyer sans doute cette manière de voir, ils ont établi un tracé tendancieusement exagéré de la sebkha d’Idjil (2) comprenant Mou Sferate, ce qui serait insoutenable en commission mixte de délimitation, et est d’ailleurs inutile, la latitude laissée dans la distance de la frontière aux salines permettant de garder le même tracé frontalier en représentant le contour exact de la sebkha.
V – L’interpretation Espagnole :
Les Espagnols n’ayant pas encore reconnu officiellement les salines, il semblerait qu’ils n’aient pu déterminer de frontière. En fait, de Choum et de Guelb Jrad, leur limite vient directement tangenter une courbe de 20 km de rayon ayant comme centre le point d’exploitation du sel. C’est l’interprétation maxima.
VI – Les intrerêt eb jeu :
La région ainsi contestée a une superficie d’environ 4.500 km carrés. Sous réserve de richesses souterraines ignorées, ses ressources se limitent aux pâturages éventuels, les régions d’Arouenit et surtout de Mijik pouvant voir les bonnes années d’assez importants rassemblements de nomades. Ce sont généralement des ressortissants français (en particulier les Ouled Moussa) qui fréquentent cette zone – mais il est vrai que les Espagnols ne considèrent pas la répartition des tribus maures comme étant accomplie. L’absence de point d’eau potable jusqu’à loin à l’ouest de la zône litigieuse en rend les puits nécessaires aux Espagnols pour contrôler l’est de leur colonie.
Enfin, il se pose pour les deux puissances une question de prestige vis-à-vis des indigènes, au courant de leur rivalité. Cet argument – si faible soit-il – touche d’ailleurs plus la France qui dût déjà reculer devant ses voisins lorsqu’ils occupèrent leur hinterland.

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