Qui est Biram Ould Abeid arrêté en Mauritanie?

IRA-Meeting - Retour du laureat 2013

Le Mauritanien Biram Ould Abeid a été interpellé une nouvelle fois mardi, avec au moins deux de ses camarades de lutte contre l’esclavage. Notre reporter Kossivi Tiassoul’a rencontré 48 heures avant son arrestation.

« …Ma vie comme celle de mes semblables est façonnée par l’esclavage, non seulement l’héritage mais aussi les vécus quotidiens. »

Biram Oud Abeid se définit toujours comme un descendant d’esclave. Dans son pays la Mauritanie, il est l’un des militants les plus virulents pour l’abolition totale de l’exploitation de l’homme par l’homme.

« Comment l’Etat mauritanien peut prétendre combattre l’esclavage quand ce sont les victimes de l’esclavage qui partent en prison. Moi et mes amis nous peuplons les prisons, nous subissons cinq procès chaque année. Nous sommes toujours condamnés à de lourdes peines. »

Biram Abeid qui vient d’être une nouvelle fois arrêté en compagnie d’au moins deux de ses compagnons de lutte est un habitué des geôles en Mauritanie. Il avait déjà été arrêté et condamné puis gracié en 2012 pour avoir incinéré un livre qu’il considérait comme faisant l’apologie de l’esclavage. Mais pour les dignitaires religieux mauritaniens, c’est un livre sacré…

Une journée en compagnie de Biram

L’homme est beaucoup sollicité. Il est 15 heures, Biram Abeid est de retour à la maison après une journée bien chargée comme d’habitude. L’homme apparemment affaibli par un coup de fatigue vient de recevoir en audience au siège de son mouvement IRA, une vingtaine de personnes, chacune venue le solliciter pour l’aider ou à aider un proche à sortir de l’esclavage. Mais décidément ce jeudi, la journée n’est pas de tout repos pour le leader abolitionniste. A la maison l’attendent aussi une dizaine de personnes, tous des harratines ou des Maures noirs. Parmi eux, Aziz venu solliciter l’aide de Birampour la libération de sa mère :

« Ma maman est une Hartani, elle est une esclave. Biram peut nous aider, on compte sur Biram pour libérer les esclaves. Inchallah avec Biram, on va changer la Mauritanie. »

La maison de Biram Abeid est située dans le quartier PK dans la périphérie de la capitale, Nouakchott. Un quartier connu pour être peuplé en majorité de noirs mauritaniens à l’instar du leader abolitionniste. Ici, celui qui est surnommé « le chasseur d’esclavagistes » est un héros. Dans ce quartier, on retrouve notamment, des forgerons, potiers, cordonniers et même des griots. Ils ont en commun les mauvais traitements et injustices appliqués par les soi-disant nobles ou Blancs avec la complicité de l`Etat, dit-on ici. Les composantes ethniques mauritaniennes sont stratifiées en nobles et non nobles. Et parmi les non nobles,Meriem libérée il y a 2 ans grâce à l’intervention de Biram Abeid :

« J’ai été esclave des années durant, mes parents m’ont abandonnée. Aujourd’hui, je suis une personne. Biram, c’est comme mon père. Il a fait de moi ce que je suis aujourd’hui… »

Partout ces castes sont les plus dominées, les plus méprisées, et les moins considérées. Des cas comme celui de Meriem, on en compte des milliers selonBiram Abeid. Et bon nombre d’entre eux, sont sans acte d’état civil. Pour eux, lutte le chasseur d’esclavagistes Biram.

Biram, un homme de renommée internationale

Pour son combat, Biram a reçu des récompenses. Notamment le prestigieux prix allemand des droits de l’homme, « le prix Weimar» du nom de la ville de Weimaret est l’un des six lauréats 2013 du prix des droits de l’homme des Nations unies. Une récompense décernée tous les cinq ans par l’ONU à des personnes ou associations ayant œuvré pour la défense des droits humains dans le monde.Ekkehard Strauss est le représentant du Bureau du Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme en Mauritanie.

« Biram est l’un des Mauritaniens qui apportent sa contribution pour l’abolition de l’esclavage. Il a été l’un des candidats à la présidentielle et obtenu près de 9%. Cela prouve que des anciens esclaves ou descendants d’esclaves peuvent participer à la vie politique du pays… »

Biram qui a longtemps lutté au sein de « Sos esclave », une autre ONG anti-esclavagiste a fondé en 2008 son organisation, l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste, IRA-Mauritanie. Une initiative qu’il définit comme « une organisation de lutte populaire ». Mais en MauritanieBiram Abeid est un homme controversé. Il a été candidat à l’élection présidentielle de juin dernier. Ses détracteurs pointent du doigt son tempérament et son caractère réactionnaire. Avec son entrée en politique, beaucoup ont vu une façon de monnayer sa popularité. L’analyse du journaliste et philosophe, Kissima Diagana :

« Jusqu’à Biram, on peut dire qu’il y a plusieurs acteurs des droits de l’homme qui ont cherché à combattre l’esclavage. Mais le style de Biram est nouveau. Nouveau style pourquoi ? Parce que c’est un style qui est perçu par beaucoup de gens ici comme un style très agressif, très violent. Sa personnalité, c’est la personnalité d’un homme qui a pris beaucoup de risques allant jusqu’à des confrontations physiques avec les forces de l’ordre.

Il faut dire aussi qu’à un certain moment, quand une personnalité de la société civile et ou une personnalité publique commence à avoir une certaine notoriété, il peut lui échapper le réalisme. Il est arrivé à un certain moment au sein de son mouvement, à s’engager politiquement, d’où la création d’un parti politique qui n’a pas été encore reconnu. Au-delà de ce parti, il a saisi l’occasion offerte par la dernière élection présidentielle pour être candidat. Il est arrivé deuxième, ce qui va être pour lui un succès. Il a récupéré un espace politique qui avait été boycotté par les principaux leaders politiques. »

La grande surprise de la dernière présidentielle a été le score réalisé par le candidat indépendant Biram Dah Abeid. C’est à dire les 9% des voix.

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