Radio al-Salam porte la voix des déplacés irakiens

Dans les locaux de Radio al-SalamRFI: Née à Erbil il y a une semaine, la « Radio de la Paix » s’adresse aux milliers de déracinés qui l’écoutent dans les camps de réfugiés du Kurdistan irakien. Cette antenne sert de pont entre les différentes communautés, chrétiennes et musulmanes, déplacées et locales, et ouvre une fenêtre de secours sur le monde extérieur.

Dimanche 5 avril, jour de Pâques, une voix monte des faubourgs d’Erbil, et se propage sur les ondes courtes de la petite région autonome kurde du nord-est de l’Irak. C’est la naissance de Radio al-Salam, destinée à « tous ceux qui ont été chassés de chez eux, tous les réfugiés », selon les termes de Mgr Pascal Gollnisch, directeur général de L’Œuvre d’Orient.

Il y a un an, l’arrivée brutale en Syrie du mouvement terroriste de l’Etat islamique, puis sa  conquête de vastes pans du territoire irakien, ont jeté sur les routes près de 2,5 millions de personnes en 2014. Principal refuge pour ces populations en exode, le Kurdistan irakien. Chrétiennes venues de la plaine de Ninive, yézidies, et même musulmanes : des familles entières issues de minorités religieuses ont été déracinées, probablement pour longtemps. Dans cet asile fébrile du Kurdistan, qui a résisté à l’envahisseur jihadiste, elles doivent réapprendre à vivre.

« A Erbil, malgré la proximité du front, l’atmosphère est détendue, témoigne Vincent Gelot, coordinateur de la radio. La situation des déplacés s’améliore mais elle reste précaire, d’autant que le conflit s’éternise. Les Kurdes continuent d’accueillir et de protéger la population locale et les nouveaux arrivants. »

Une radio 3D : détente, utilité, échange

C’est là que la petite équipe d’al-Salam entre en jeu. Elle a confectionné son nid dans un simple studio, au sein du quartier chrétien d’Ankawa. Vincent Gelot, 27 ans, dont nous avions déjà fait écho du parcours aventurier au Moyen-Orient, est un volontaire en solidarité internationale. A ses côtés, un journaliste passé par Radio France a pour rôle de former et d’encadrer quatre animateurs-reporters en herbe, eux-mêmes réfugiés : Samir, kurde, Sevin, syro-russe, Fabien et Rayan, tous deux chaldéens. Une diversité à l’image de la mosaïque de communautés vivant désormais à Erbil.

Al-Salam, « c’est d’abord une radio normale, de détente, avec des infos, la météo, l’horoscope, de la musique… », explique Vincent. Au micro, de l’écoute, du vivant et pas trop de larmes. Il faut porter l’espoir au cœur des foyers. « Dans les camps, les gens vivent un peu dans une bulle. Cette radio les aide à en sortir, à s’ouvrir sur l’extérieur. »

Deuxième mission : s’adresser aux déplacés à travers des programmes spécifiques, et leur communiquer des informations pratiques sur des actions concrètes menées par les ONG. Tel est le but, par exemple, de l’émission phare La Voix du camp, dans laquelle un responsable de camp le présente, décrit sa population, le situe, évoque les problèmes du quotidien. « Dans quelques jours doit débuter une campagne pour l’enregistrement des naissances, développe Vincent. Ce sont des démarches administratives compliquées. Pour en parler, nous invitons dans notre studio trois responsables, de l’ONU, de camp et d’ONG. » « Il y a énormément d’organisations à Erbil, complète son collègue journaliste, et je ne suis pas sûr que les réfugiés connaissent un dixième des actions qui sont menées dans leur direction. On a un gros travail de communicationdans les camps, où l’on est par ailleurs très bien accueillis. »

Un travail de long terme

Liée aux deux autres, la troisième finalité d’al-Salam est de devenir un lieu d’échanges : « Nous voulons être un pont entre des communautés isolées, entre les habitants d’Erbil et les réfugiés, pour permettre aux gens de se parler, de s’écouter », explique encore le chef d’orchestre de la station. Ainsi, l’émission Le Tour de la table permet à des voix anonymes de se faire entendre dans les camps. Deux cents cinquante postes-radio ont pour le moment été distribués, un par famille, et les dons se poursuivront quand les fonds seront là.

Antenne de langue locale – arabe, kurde et syriaque -, Radio al-Salam émet sur la fréquence 95,5 FM, mais aussi sur Internet. Elle porte sur un rayon d’environ 60 à 70 km, et atteint donc Mossoul, l’une des principales villes chrétiennes du pays, tombée aux mains de Daech le 10 juin 2014. Une radio de résistance, aussi ? « On ne sait pas si on nous écoute là-bas. Porter la voix des déplacés, c’est quelque part un acte de résistance. Mais on ne fait pas de politique ni de propagande. En fait, ce projet répond à leur demande que l’on s’intéresse à eux sur le long terme. Beaucoup de médias sont venus effectuer des reportages, mais peu restaient. Cette radio, c’est la voix des déplacés », tranche Vincent.

Gagner la confiance des réfugiés en allant à leur rencontre, en sillonnant les camps, en tendant le micro, en récoltant leurs témoignages, leurs messages de colère ou d’espoir : pour Radio al-Salam commence une longue aventure humaine. Laquelle semble néanmoins parsemée de défis :« Cela va de l’administratif, comme obtenir une fréquence, à la communication avec notre propre équipe de journalistes locaux ; monter et faire tourner une radio dans une région au terreau culturel, religieux et linguistique compliqué. Il faut aussi ménager les différentes susceptibilités… »

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