Rébellion touarègue : Une affaire de gros sous…

Nous vous livrons ici un article de Info-Matin publié sur Malijet le 02 avril 2008 sur la rébellion touarègue.

La rébellion est-elle devenue un fonds de commerce florissant dans le vaste désert du Sahara ? La dernière attaque en date, celle d’Aguel Hoc, perpétrée mercredi dernier et revendiquée, par le groupe MEZOUK jusqu’ici inconnu, en est une parfaite illustration. Chronique d’un racket annoncé !

 

Le nord Mali connaît une escalade de violences depuis le 20 mars dernier ? D’attaques en attaques contre l’armée en enlèvement de soldats, les combattants du rebelle radical Ibrahim Ag Bahanga font encore parler d’eux par leur action de déstabilisation du Nord-Mali. A peine les derniers otages libérés, les voilà prétextant d’un « ratissage par l’armée de leur zone » pour s’emparer de leurs kalachnikovs et roquettes, et c’est la reprise des hostilités contre notre vaillante armée. Que veulent les insatiables rebelles ? Le beurre et l’argent du beurre… négociations secrètes et paiement de rançons. Si l’on n’y prend gare et qu’on n’y mette pas urgemment le holà, le maniement des armes, dans cette partie du pays, commence par devenir un métier très lucratif avec ses otages et cette instabilité qu’on monnaye rubis sur ongle.

Lors de la libération des 22 derniers otages, c’est le président ATT lui-même, en recevant les otages à GAO, qui a en rajouté à la confusion en affirmant ceci : « Pour cette libération, (…) le gouvernement de la République n’a absolument rien payé ». Sur la question, la version officielle est catégorique et péremptoire : « Le Mali n’a rien payé ». Quid de la Libye, s’étaient interrogés plusieurs observateurs.

Avant lui, toujours sur le même sujet, commentant la libération des otages, le Colonel déserteur de l’armée, Hassan Fagaga, s’est directement jeté à l’eau en répondant à l’un de nos confrères de RFI, (ce dernier n’avait d’ailleurs pas explicitement touché la question de rançon), que « ce n’était pas une question d’argent ». Le journaliste de RFI, en l’occurrence, interrogeait le Chef rebelle sur l’implication de la fondation Kadhafi dans la libération des otages. Mais, au-delà de ces propos, pour le moins familiers dans les milieux des négociations d’otages enlevés dans le Sahara, le malentendu est loin de se dissiper sur la très sensible problématique liée à la rançon.

 

Une affaire embrassante

Qu’il s’agisse du récent dossier, concernant les 22 derniers otages, ou qu’il s’agisse des autres, on a parlé sans ambages de rançons. C’était d’ailleurs le cas en février 2004 dans l’affaire des otages occidentaux qui a beaucoup embarrassé le Mali. Bien sûr ! Il y a cinq ans. Le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), dirigé à l’époque par l’islamiste radical algérien, Amari Saïfi dit Abderrazak « El Para » réussi le coup d’éclat d’enlever 32 touristes suisses, allemands et néerlandais.

Nous sommes en 2004. L’armée algérienne, qui ne palabre pas avec les bandits armés, intervient pour libérer dix-sept de ces 32 otages au nord de Tamanrasset (extrême sud algérien). Reste quatorze otages que les ravisseurs trimballent dans le Sahara avant de trouver gîte dans le Nord-Mali ; l’un d’entre eux ayant péri entre temps. Pendant plusieurs mois, Para, qui demande une rançon, déplace les otages de points d’eau en grottes, dans des conditions extrêmes.

A l’époque des faits, l’histoire d’otages ayant défrayé la chronique avait fait l’effet d’une bombe à Bamako. Les médias, qui s’étaient faits l’écho de cette affaire, n’en avaient pas occulté le côté rançon, bruyamment relayé par presses interposées. Voilà ce qu’un journal algérien en disait : « Les 14 touristes occidentaux enlevés en février 2004 au Sahara se trouvent depuis la semaine dernière au Mali. Alors que leurs ravisseurs réclament une rançon, le ballet diplomatique se poursuit. Une situation qui n’arrange pas le Mali ». Depuis l’annonce de l’affaire, l’actualité s’est soudainement focalisée sur le nord de notre pays où une armada de négociateurs malien et étranger a rallié le coin en vue d’y entamer de longs et difficiles pourparlers. Les journalistes, eux, de leur côté, étaient à l’affût.

Le groupe des otages occidentaux avait été d’abord localisé dans la région de Kidal (nord-est), où des notables locaux ont servi d’intermédiaires avec les ravisseurs. Et c’est bien après que les autorités maliennes ont reçu une cassette montrant les otages et faisant état d’une demande de rançon de 4,6 millions d’euros par otage pour leur libération. Selon les médias occidentaux , qui ont suivi cette affaire comme du lait sur le feu, cette cassette vidéo a probablement été filmée près du massif de l’Adrar des Iforas, un massif qui déborde en Algérie, vaste étendue désertique de plusieurs milliers de km et peuplée de nomades. La radio allemande Hessischer Rundfunk a rapporté que les ravisseurs et leurs otages se trouveraient dans la zone désertique malienne de Taoudenni, située entre la Mauritanie et l’Algérie. Ces deux zones frontalières sont peu habitées, méconnues des autorités et sont le théâtre d’un banditisme mobile.

 

Commerces illicites

D’après les médias, le grand Sahara, plus particulièrement le nord du Mali, est en effet la plaque tournante de la contrebande organisée entre les différents pays et les nomades qui se livrent à cette activité. La bande désertique qui comprend une bonne douzaine de pays est inhospitalière. En fait, aucun dispositif de contrôle ou de surveillance n’est suffisamment étoffé pour mieux quadriller l’immensité de la zone. Tout cela fait alors qu’elle devient le fief infranchissable des caïds, des bandits de grand chemin ayant maille à partir avec l’ordre établi. Ces derniers dont les jihadistes inféodés à Al Qaïda, les trafiquants et les mercenaires de tous poils, sans compter les rebelles, sont parvenus à dompter la zone : ils y campent comme dans une base arrière. Ces caïds, qui ne poursuivent pas forcément les mêmes objectifs, hormis quelques accrochages vite maîtrisés, n’ont aucune gêne à cohabiter dans cette immense bande. On le voit, la zone est la plaque tournante de toutes sortes de commerces illicites : drogues, armes, cigarettes, immigration clandestine, trafic d’enfants, circuits frauduleux de la prostitution, etc.

Aussi, le besoin de concertation se pose-t-il aux pays concernés pour se donner la main dans le but d’« humaniser » cette bande désertique. Si des accords sporadiques sont scellés entre les caïds de la bande désertique pour leur éviter des escarmouches inutiles, pourquoi alors les pays frontaliers n’en feront pas autant en vue de se donner les moyens pour mieux contrôler la zone ? Voilà la problématique de cette bande de Sahara, décidément ingérable, sur laquelle les trafiquants de tous poils exercent leur foi sans état d’âme. Cela fait des mois et des mois maintenant que le président malien, ATT, a pris l’initiative d’une concertation sous-régionale axée sur la sécurité de la bande saharienne. Depuis, rien ne bouge à part que les rebelles se font passer maîtres du coin : des militaires sont enlevés du Mali et sont détenus au Niger par l’aile de la rébellion nigérienne. Mais en fait, ce qui bloque cette initiative de concertation, c’est qu’il existe de grandes divergences d’approche entre le Mali et le Niger, deux pays durement touchés, s’agissant du même phénomène, celui des attaques armées dans leur partie septentrionale. Pour le Niger et son président, point de négociation à mener avec le MNJ. Raison évoquée ? Du côté des autorités de Niamey, ce sont des bandits armés. Le Mali et son président, pour leur part, ne rentrent dans aucune logique militaire pour mater les rebelles. Pourtant, même là, le discours change d’événements en événements : les rebelles sont désignés sous le vocable de « bandits » ou de « trafiquants ». Voilà pourquoi la différence d’approche joue négativement sur la politique de concertation prônée par certains.

 

Affaire d’Etat ?

La mystérieuse affaire des otages du Sahara de février 2004 a montré toute la difficulté d’une politique sécuritaire concertée entre les pays. Voilà que les médias du pays qui allait devenir, quelques années après, le facilitateur principal pour le règlement de la rébellion au Mali, s’en prennent automatiquement à la politique de négociation prônée par le président ATT, lors de la libération des otages occidentaux. A partir de là, l’affaire a pris une nouvelle tournure avec les médiations, toutes aussi mystérieuse avec le Groupe terroriste d’El Para. Après moult tractations, les quatorze autres otages sont libérés le 18 août à Kidal après le versement d’une rançon de près de 5 millions d’euros, selon des informations jamais confirmées officiellement, en tout cas pas au Mali. Au sujet de cette affaire des otages libérés au Mali, c’est dans la presse européenne qu’il a été dévoilé la rançon perçue pour la libération des otages.

Si le régime du Président ATT a eu la reconnaissance et la gratitude des Européens, il n’a pas été épargné par la presse algérienne qui n’a pas manqué au passage de traiter notre pays « d’Etat voyou » : « Au-delà des tractations secrètes ayant permis un dénouement pacifique de cette prise d’otages et des implications sécuritaires pourtant prévisibles pour l’ensemble de la sous-région, cette affaire dévoile la véritable nature du régime malien et l’ambivalence de sa politique régionale : un Etat voyou qui, tout en s’attribuant les vertus de la démocratie et de la bonne gouvernance, compose avec le terrorisme.» (Le Quotidien d’Oran, 22 mars 2004). Comment comprendre alors que l’Algérie qui répugne à négocier directement avec les ravisseurs –raison pour laquelle elle a combattu le groupe salafiste- se fasse le champion de la médiation dans la crise du nord entre les preneurs d’otages et les autorités de Bamako ? Mystère !

 

Triangle de Bermudes

Pour cela, ces protagonistes voient d’un très mauvais œil le chassé-croisé des forces militaires et des émissaires maliens et allemands sur leur territoire pendant les rounds de négociations. De plus, « la longue rébellion qu’a connue la région s’est soldée par une trêve qui ne tient qu’à une poignée de mains entre les chefs des tribus et les autorités maliennes », note L’Essor, le quotidien national. Les Maliens ont peur que la situation des touristes étrangers ne dégénère sur leur sol. « Les gens ne sont pas contents, ils sont inquiets, ils ont encore en tête le mauvais souvenir de la rébellion », explique un confrère de la place. Une tension qui a fait réagir le Président Amadou Toumani TOURE. Il a déclaré : « Le Mali est prêt, dans un sens humanitaire, à s’investir et à aider à la recherche d’une solution urgente. (…) Le Mali ne saurait reculer face à cette question qui est d’une importance particulière ». Mais le temps presse. Selon El Watan, six des otages seraient très malades et nécessiteraient des soins rapides. Les médiations maliennes et allemandes se poursuivent donc même si le ministère allemand des Affaires étrangères et le ministère malien de la Sécurité se refusent toujours à tout commentaire, afin de ne pas mettre la vie des otages en danger. Mauvaise nouvelle : la télévision allemande d’information en continu n-tv rapporte dans le même temps que « le contact avec les ravisseurs a été interrompu ». Un moment de panique. Le grand Sahara est-il devenu le triangle de Bermudes engloutissant hommes et pétrodollars ? Autour de cette affaire de prise d’otages, et de beaucoup d’autres affaires similaires qui se déroulent dans le grand Sahara, l’on continue à beaucoup parler de rançon estimée, toujours estimée à plusieurs millions de dollars, mais qui n’est jamais officiellement confirmée.

Base arrière

Ironie du sort ; au début de ce mois de mars, cinq ans après la prise d’otages des Occidentaux, entre les dépêches annonçant la libération des otages maliens et nigériens, détenus en captivité entre les mains des rebelles, un quotidien algérien, Annahar, révèle : « Les ravisseurs des deux touristes autrichiens ont réussi à rejoindre le Sahel, à travers l’Algérie et la Libye et regagné leur base arrière au Mali ». Joints par l’AFP, les autorités maliens restent prudentes : «Nous ne sommes pas encore informés de la présence des Autrichiens et de leurs supposés ravisseurs sur notre territoire ». Enlevés en Tunisie le 22 février dernier, Andrea Kloiber, 44 ans, et Wolfgang Ebner, 51 ans, sont donc sur le territoire malien. Leurs ravisseurs, dont le nombre n’est pas exactement déterminé, relèveraient de la région sud d’Al-Qaïda, placée sous le commandement de l’Emir Yahyia Abou Ammar, rapporte le quotidien algérien. Or, le groupe d’Abou Ammar est l’instigateur présumé de l’assassinat de quatre touristes français, tués en Mauritanie le 24 décembre 2007. Pourquoi alors avoir choisi le Mali ? Selon, Anis Rahmani, directeur d’Annahar, l’armée algérienne a « canalisé les ravisseurs vers la Libye et le Mali où les possibilités de négociation avec les autorités autrichiennes pour une éventuelle libération des otages sont plus grandes ». En d’autres termes, Alger a ainsi évité d’encercler les ravisseurs au risque de mettre en danger les otages et ne voulait pas abriter sur son territoire une négociation pour leur libération. Voilà donc des otages européens détenus dans le Sahara malien pour la libération desquels des négociations pourraient être engagés. Ça ne vous rappelle rien çà

 

Où est la paix ?

Nord-Mali, août 2007. Après la signature de l’Accord d’Alger, en juillet 2006, suite à l’attaque des garnisons de Ménaka et de Kidal, les rebelles de l’Azawad ont repris les armes contre l’armée malienne. A leur tête, le Caporal-chef Ibrahim Ag Bahanga. Ils attaquent cette fois-ci les positions de l’armée malienne, enlèvent des véhicules et demandent le retrait pur et simple de leur zone d’influence, un vaste no man’s land comme étant une passoire de tous les trafics. Pour contrer l’avancée des soldats maliens, la « Bande à Bahanga » pose des mines et fait sauter des véhicules. Au moins, 16 personnes y périront… La boucle du terrorisme est bouclée avec la prise des otages en fin août début septembre. Une cinquantaine de civils et militaires.

Les autorités maliennes, surprises par la tournure terroriste du conflit armé, prennent à témoin la communauté internationale, mais opte pour la voie de la conciliation et se refuse à toute confrontation armée avec les nouveaux maîtres du Nord-Mali. Une trêve est décrétée. Bahanga et ses hommes libèrent les civiles et les blessés dont ceux de la mission acridienne. Restent entre leurs mains uniquement des soldats maliens qu’ils brandissent comme des trophées de guerre. Et cyniquement, ils libèrent au compte-gouttes leurs « prisonniers » de guerre : en décembre, janvier et le 8 mars dernier.

Escalade de la violence

La bonne nouvelle consécutive à la libération du dernier groupe des otages, ce 8 mars, sera de courte durée. Elle sera suivie de mauvaises et même de très mauvaises nouvelles provenant toujours dans le nord Mali. La bande à Fagaga est déchaînée : tout s’est soudainement enflammé dans le nord Mali avec les premiers accrochages qui ont eu lieu le jeudi 20 mars où les rebelles ont apparemment mis en exécution leur menace qui consistait à rompre la trêve, en cours depuis près de six mois, si jamais, comme ils l’avaient déclaré en terme d’ultimatum, le gouvernement ne renonçait pas à réduire le dispositif militaire dans la zone. Incompréhension ou provocation ? En tout cas, ce jour, tout bascule dans la zone avec de nouveaux accrochages violents qui sont signalés çà et là. Si l’armée régulière, elle, parle d’une opération de déminage, la rébellion, quant à elle, insiste sur le fait qu’un engagement substantiel, pris par Bamako dans le cadre du respect des accord d’Alger, a été délibérément violé dans la foulée ; en ce sens qu’ils ont assimilé l’opération de déminage à un redéploiement de la troupe au long de la zone « interdite ». En fait, si l’alliance touarègue nord Mali pour le changement (ATNMC), par la voie de son porte-parole, le très hâbleur Hamma Ag Sidi Mohamed, a fait une déclaration dès les premiers signes de la crispation, les autorités maliennes, elles, se sont confinées dans un silence inquiétant. C’est désormais le retour à la case départ : des nouveaux otages et de nouvelles négociations secrètes qui s’annoncent…

 

Kadhafi, le nouveau facilitateur ?

C’est la Libye qui prend provisoirement la place d’Algérie dans les nouvelles négociations avec la bande à Fagaga. Que s’est-il passé avec le facilitateur algérien ? Là-dessus, les autorités de Bamako, comme à l’accoutumée, préfèrent ne rien dévoiler à la stratégie. C’est alors sur les ondes de RFI que l’opinion apprend que de discrètes négociations sont annoncées entre les protagonistes à Tripoli sous la supervision des experts libyens. Particularité ? Les négociations sont indirectes ; à savoir que les deux protagonistes, présents à Tripoli, ne s’observent pas ni ne se parlent directement, la navette étant faite par la partie libyenne. Des sources rapportent que ces discussions peuvent s’étendre sur plusieurs jours.

Le frère Guide et son pays sont à nouveau sur le plateau, comme par le passé, de la résolution des conflits armés dans le nord Mali, d’autant qu’ils ont joué un rôle crucial dans la libération du dernier contingent de rebelles, détenus en captivité entre les mains des rebelles. C’était le groupe des 22 derniers otages. Certes, en aucun moment, ni avant ni après ces opérations tous azimuts de libération d’otages, la Fondation Kadhafi, habituée qu’elle est, n’a reconnu avoir versé une quelconque rançon à des preneurs d’otages. Mais jamais également, elle n’est intervenue sans qu’on ne parle dans son sillage de substantiels pétrodollars alignés en contre partie de la libération des otages, d’où qu’il soit. A son crédit ou à son passif…Tant qu’il aura des otages, il faudrait compter avec la Fondation Kadhafi qui commence à engranger une solide expérience en la matière. Qui s’en plaindra ? En tout cas, c’est qui est sûr, c’est que personne ne fait rien pour rien. En ce qui concerne les Etats, cela se révèle d’autant plus comme une stratégie que de plus en plus on soupçonne Kadhafi, le stratège de ces temps modernes, de lorgner lui aussi dans ses interventions sous régionales un marché économique et monétaire… Qu’en est-il exactement ?

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