Rejet de votre rapport sur l’esclavage en Mauritanie par le Haut Conseil de la Communauté africaine en RFA

BerlinCalame : Moctar Kamara, Président du Haut Conseil de la Communauté africaine en RFA

Zentralrat der afrikanischen Gemeinde in Deutschland e.V.

per Mail                                                                                                                       Berlin, 10.01.2015

A

Mr Louis-Georges Tin,

Président du CRAN

Conseil Représentatif des Associations Noires de France

 

Rejet de votre rapport sur l’esclavage en Mauritanie par le Haut Conseil de la Communauté africaine en RFA

 

 

Cher Mr Tin

J’ai pris connaissance du rapport du CRAN sur l’esclavage en Mauritanie que j’ai lu avec un très grand intérêt.

Je reconnais qu ‘un effort particulier a été fait pour écouter toutes les parties. Cependant d’importants acteurs comme les militants de l’IRA et Association des Femmes Chefs de Famille  entre autres n’ont pas été écoutés et leur point de vue n’a pas été repris dans votre rapport. Et le point de vue des militants antiesclavagiste qui ont été écouté n’a pas été non plus pris en compte dans les conclusions du rapport.

 

L’introduction du rapport montre que vous ne connaissez pas assez la Mauritanie et son histoire.

Un exemple: vous écrivez dans votre introduction „ Même si l’origine de son nom remonte à l’ère romaine, la Mauritanie le doit aux peuplades qui en occupaient symboliquement le territoire. Mauritanie, pays des Maures“.

Jusqu’au 17e siècle, le terme maure désignait aussi les noirs. Il y a de belles sculptures au Musée du Louvre représentant le maure comme un noir.

Le nom Mauritanie n’a rien à voir avec les maures  et ne signifie nullement pays des maures. Et aucune autorité mauritanienne n’ose affirmer cela, car cela ouvrirait la porte aux demandes de changement de nom du pays, car la Mauritanie est le pays des maures arabo-berbères et noirs (négro africains et Haratines).

Avant l’arrivée des arabes  à partir du 8 siècle après JC (islamisation de l’Afrique noire),  l’actuelle Mauritanie était le berceau de l’un des plus anciens empires noirs d’Afrique de l’Ouest, l’empire du Ghana, dont les voyageurs arabes comme Ibn Batouta ont largement  témoigné.

 

Vous parlez aussi de l’esclavage dans les communautés africaines  bien avant la traite transsaharienne, sans donner des preuves de ce que vous avancez, et sans signaler que l’esclavage existait aussi chez les arabes, européens et autres peuples pendant la même période.

Pourquoi avez-vous passé sous silence plus de 8 cas d’esclavagisme avérés qui n’ont fait l’objet d’aucune poursuite malgré la loi criminalisant l’esclavage? Peut-être que votre très court séjour en Mauritanie ne vous a pas permis d’accéder à cette information.

 

Dans votre conclusion vous reprenez mot à mot les formulations officielles comme „séquelles de l’esclavage“ au lieu de «l’esclavage et ses séquelles» expression utilisée par les descendants des victimes et leurs représentants.

Le CRAN écrit dans sa conclusion: «Beaucoup de ces militants de la première heure sont

satisfaits aujourd’hui du chemin parcouru». De quels militants des premières heures parle-t-on?

Mr Messaoud Ould Boulkheir et Boubacar Ould Messaoud, militants historiques de la lutte contre l’esclavage ont clairement exprimé leur réserve sur les les mesures prises par le gouvernement mauritanien et réaffirmé l’existence de l’esclavage en Mauritanie.

Mr Biram Dah Abei, Président de l’IRA et plusieurs membres  de son organisation sont aujourd’hui en prison pour leur dénonciation de «l’esclavage foncier».

La Mauritanie est considérée comme le pays avec le taux le plus élevé au monde par rapport à l’esclavage selon le rapport de « Global Slavery Index 2014″, réalisé par la Walk Free Foundation.

Et même le rapport du représentants de l’ONU que vous évoquez dans votre rapport, tout en se félicitant des efforts du gouvernement mauritanien, signale que l’esclavage continue à exister en Mauritanie.

Slavery international va dans le même sens.

Les reportages de CNN et  autres chaînes de TV ont bien documenté l’existence de l’esclavage en Mauritanie, pendant que le CRAN dans sa conclusion parle de «séquelles de l’esclavage» conformément à la position officielle.

 

Vous parlez dans votre conclusions aussi de progrès par rapport au femmes, sans avoir consulté les associations de femmes qui dénoncent quotidiennement les viols  et autres injustices faites aux femmes mauritaniennes et non punis par le gouvernement de ce pays.

En conclusion: votre rapport a adopté la position officielle du gouvernement mauritanien. Vous avez refusé d’accorder du crédit aux victimes et leurs représentants qui dénoncent la persistance de l’esclavage en Mauritanie, et pris pour argent comptant les dénégations du régime et ses différentes officines.

 

Je vous rappelle que cette attitude est contraire  aux recommandations de la «Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée » des Nations Unies à Durban en Afrique du Sud (31 août 2001 au 07 septembre 2001) obtenue après d’ âpres combats par les  africains et personnes d’ascendance africaine, dont certains membres fondateurs du CRAN,  et relative à la participations des descendants des esclaves dans la lutte contre l’esclavage et ses séquelles.

Le gouvernement mauritanien s’est toujours refusé d’associer les représentants de la société civile et des anciens esclaves dans ses efforts pour éradiquer l’esclavage et ses séquelles, c’est pourquoi je suis choqué de lire dans le rapport du CRAN, qu’il y consensus alors qu’aucun dialogue n’a eu lieu entre les différentes parties.

 

Une organisation aussi sérieuse que le CRAN aurait du s’abstenir d’écrire un rapport sur un sujet aussi complexe que l’esclavage en  Mauritanie après un séjour de seulement 4 jours, qui permet certainement de se faire une idée sur la question, mais insuffisant pour  cerner la question dans toutes ses dimensions, au point de pouvoir écrire un rapport correct.

 

Le Haut Conseil de la Communauté africaine en RFA  rejette catégoriquement les conclusions du rapport du CRAN sur l’esclavage en Mauritanie qui ne correspondent pas du tout à la réalité sur le terrain, dont nous sommes régulièrement informés par les membres mauritaniens de notre fédération.

Malgré cette divergence entre nos organisations par rapport à l’appréciation de l’esclavage et ses séquelles en Mauritanie, nous souhaitons vivement travailler avec le CRAN au niveau européen sur les thèmes du racisme Anti-Noir et  une meilleur intégration des africains et personnes d’ascendance africaine en Europe.

 

 

Veuillez recevoir l’expression de mes sentiments les meilleurs

Moctar Kamara

Président

Zentralrat der afrikanischen Gemeinde in Deutschland e.V

(Haut Conseil de la Communauté africaine en RFA)

 

 

 

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