Relations de voisinage tendues entre Nouakchott et Dakar

Ould Abdel Aziz et Macky Sall ne se portent pas en estime pourquoi ?
Entre les deux capitales rien ne va plus ! Les deux chefs d’Etat ne se supportent plus. Conséquence : Ould Abdel Aziz et Macky Sall règlent leurs comptes, chacun à sa manière au grand dam des peuples des deux côtés de la rive du fleuve Sénégal. Pourquoi en est-on arrivé à cette situation ?

Sans doute que l’activisme de l’opposition mauritanienne proche de l’ancien président déchu Sidi Ould Cheikh Abdellahi, la COD ainsi que l’opposant Moustapha Ould Limam Chaffi dans la capitale sénégalaise ne sont pas du goût de Mohamed Oud Abdel Aziz. Surtout que cet activisme de l’opposition mauritanienne a repris du poil de la bête avec l’arrivée au pouvoir de Macky Sall très lié à beaucoup d’hommes politiques mauritanien opposés au tombeur de Sidi Ould Cheikh Abdellahi.

Parmi ceux-là, dit-on, figurent l’ancien diplomate Sidamine Ould Ahmed Challa ancien ambassadeur au Mali et Sidi El Moctar Nagi ancien gouverneur de la Banque Centrale de Mauritanie. Des indiscrétions laissent entendre même que les deux hommes seraient proches de l’épouse du président sénégalais.

Qui plus est vent démocratique a tourné imposant une alternance au pouvoir au pays de la « Téranga ». Et cela a de quoi inquiéter et susciter la méfiance de l’homme fort de Nouakchott. Surtout qu’Abdoulaye Wade défait lors des élections présidentielles sénégalaises est accusé par l’opposition mauritanienne d’avoir été l’exécuteur du plan concocté par Nicholas Sarkozy pour installer « démocratiquement » Mohamed Ould Abdel Aziz à la Présidence de la République.

Les opposants de l’extérieur (proches de Sidioca et autres) installés au Sénégal ont été tenus à respect par Wade et par les services de renseignements mauritaniens, bien que bénéficiant de la bienveillance des partis sénégalais de gauche, et de Moustapha Ould Limam Chaffi qui les a introduits aux Présidents du Burkina, de la Guinée, et du Niger. D’ailleurs ce dernier avait été rappelé à l’ordre par les services sénégalais lors d’un séjour au Sénégal. Il lui a été fermement signifié qu’il n’était pas le bienvenu.

D’une brouille à l’autre, le contentieux s’alourdit

A l’inverse, le nouveau président sénégalais élu, n’a pas apprécié que pendant la pré – campagne des présidentielles, l’ambassade de Mauritanie à Dakar se soit fortement impliquée pour mobiliser les sénégalais d’origine maure en faveur de Gorgui. Toujours dans le cadre de la précampagne des présidentielles sénégalaises, on murmure également que des valises type Bourgi, auraient traversé la frontière entre les deux pays et auraient été remises à Wade par de hauts responsables mauritaniens.

Deux noms de convoyeurs des fameuses valises sont cités : Il s’agirait du ministre des affaires étrangères et de la coopération et l’ambassadeur de Mauritanie en poste à Dakar. En vérité la victoire de Maky Sall a été très mal accueillie par les autorités Mauritaniennes. La présence du président de la République à l’investiture de Macky Sall n’a été confirmée qu’à la dernière minute.

Son déplacement n’aurait été favorisé que par l’invitation des pays du champs saharien (Algérie et Mauritanie) au sommet de la CEDEAO consacré à la crise malienne tenu en marge de l’investiture de nouveau président sénégalais. A l’époque, tout le monde a remarqué que les représentants de l’opposition mauritanienne étaient logés au King Fahd Palace (ancien Méridien Président) réservé aux délégations officielles étrangères. Ensuite, lors de la cérémonie d’investiture, les opposants mauritaniens étaient installés au même niveau que celui affecté à la délégation officielle mauritanienne.

Limam chaffi dérangerait-il tant ?

Désormais à l’aise au Sénégal, Moustapha Ould Limam Chaffi est très vite revenu au Sénégal pour prendre ses quartiers au « Radisson Blu » Palace. Entouré, de compatriotes opposants particulièrement actifs à Dakar, il donnait des réceptions fastueuses. Ce qui n’était pas du goût des autorités mauritaniennes. Sans attendre, la Mauritanie a exprimé son mécontentement à travers une demande d’extradition de Moustapha Ould Limam Chaffi adressée aux autorités sénégalaises.

Maky Sall, prétextant que son ami Moustapha Ould Limam Chaffi n’était plus en sécurité au « Radisson Blu » Palace d’où il pouvait être kidnappé par les services de renseignements mauritaniens, l’a hébergé au palais présidentiel jusqu’à son départ du Sénégal.

Cette réponse de Maky Sall à la demande d’extradition de Moustapha Ould Limam Chaffi, a été très mal accueillie à Nouakchott. Amicalement conseillé par un Chef d’Etat maghrébin pour réchauffer ses relations avec son voisin du Nord, Maky Sall a profité d’une interview accordée à JA pour exprimer son intention de se rendre en visite officielle en Mauritanie. C’est ainsi qu’il a chargé son Ministre des Affaires étrangères de porter un message à son homologue mauritanien, après avoir satisfait aux préalables diplomatiques d’usage.

Une fois à Nouakchott, le Ministre des Affaires étrangères sénégalais s’est entendu dire que le Président Mohamed Abdel Aziz n’envisageait pas de le recevoir. Il a cependant été reçu par le PM qui lui a notifié qu’il n’était pas habilité à prendre le message dont il était porteur. Voilà où nous en sommes de la dégradation des relations d’amitié et de coopération entre les deux pays.

Avec Abdoulaye Wade auparavant, les relations entre la Mauritanie et le Sénégal traversaient déjà une passe très difficile. Et pour cause : Blocage des licences de pêche, fermeture des espaces aérien, circulation des personnes et des biens au passage de Rosso devenue pénible du fait des contrôles interminables d’un côté comme de l’autre de la frontière.

Ce genre de situation ne peut perdurer davantage entre les deux pays. La société civile dans les deux pays se doit d’agir vite pour éviter un drame comme celui de 1989. Des forces rétrogrades dans les deux capitales sont tapies dans l’ombre prêtes à bondir pour transformer la région en poudrière. Les deux capitales ont fort à faire avec la crise qui perdure au Nord Mali. Nouakchott comme Dakar ont des menaces terroristes à leurs frontières qui imposent une coopération accrue pour conjurer le danger ensemble. Autre chose n’est que pure diversion.

Moussa Diop

Source: :Le Quotidien de Nouakchott

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