Rentes : L’empire à milliards des Nouveaux Riches ( l’état fait et défait les riches)

ige-argentMauritanie, les fortunes (au double sens du terme) se font et se défont au gré des accointances avec le pouvoir. Les 80.000 m2 de quai du Port autonome de Nouakchott dit Port de l’Amitié seraient divisés, à parts égales, entre des proches du Rais ! L’on évoque  aussi un parfum de scandale autour de la construction de la station balnéaire de Ribat El bahr, où l’on parle d’un financement – privé – de près de 6 milliards d’UM, engageant un cadre saoudien de la BID, un colonel mauritanien et un haut responsable.
Des « affaires » à relents de scandales énormes qui font resurgir d’autres questions sur : Les conditions d’attribution du nouvel aéroport de Nouakchott à un consortium d’opérateurs économiques mauritaniens. Une rétrocession déguisée, en quelque sorte, qui permettrait à ces hommes d’affaires dans les grâces du pouvoir de gagner des milliards sans coup férir.  Et la liste se poursuit, longue, avec la vente des Anciens Blocs d’une valeur de plusieurs milliards d’UM qui restent encore une place vide symbole de l’improvisation et des compromissions du gouvernement mais aussi la fameuse convention de pêche avec les Chinois qui continuent, elle aussi, à soulever des points d’interrogations .
Tout cela pour dire qu’aujourd’hui que l’on parle de moins en moins de la lutte contre la gabegie, engagée par le président Mauritanien Ould Abdel Aziz, à son arrivée au pouvoir en août 2008, l’émergence d’une classe de « nouveaux riches » repose la question du système de formation des rentes en Mauritanie. A tous les niveaux de l’activité économique.
Tout l’argent provenant de l’Aide publique au développement (APD), dont  le décaissement, sur trois ans, de quelque 330 millions de dollars US (environ 89 milliards d’ouguiyas) annoncé par le Président Mauritanien Ould Abdel Aziz à Néma  (Hodh el Chargui, 1000 km de Nouakchott), en juin 2011, pour le lancement de plusieurs projets de développement, n’est sans doute pas allé à sa destination initiale. Que ça soit dans le domaine du BTP, des mines, de la pêche ou encore de l’import-export, le parcours de ces « nouveaux riches » recoupe, dans ses grandes lignes, les déviations économico-financières qui ont accompagné la libéralisation du milieu des années 80. Un choix économique qui fait que ces privatisations dictées par le FMI peuvent être comprises comme le début de la constitution des rentes en Mauritanie. Tout est fait, dans le cadre de la passation des marchés, pour que les sociétés étrangères prêtes à payer des commissions, accaparent les grands projets (routes, aéroport, port, etc). Rien à voir avec ce que B.S. Bouleiba souligne dans son « Hommage à feu Moctar Ould Daddah », quand il écrit « En 1975, il (Moctar) obligea la SOMIMA à confier à un groupement de petits entrepreneurs mauritaniens la construction de la cité minière d’Akjoujt. Pour la plupart analphabètes et ayant peu de matériels, ils sortiront expérimentés et fortunés. Ils accaparent désormais tous les grands travaux de ce secteur vital des BTP dans lequel les sociétés étrangères n’eurent plus de place ».

Passe-droits, fraude du fisc et de la douane

Si l’on se met dans la  tête de chercher le pourquoi de certaines « vérités » économiques choquantes, tout nous ramènera alors à cette collision prouvée, à partir de l’arrivée des militaires au pouvoir, le 10 juillet 1978, entre le capital public et privé.
Car au cours de la décennie 70-80, ce qu’on appelle aujourd’hui la classe des hommes d’affaires mauritaniens se résumaient en l’existence de groupes économico-financiers qui pouvaient se compter sur les doigts d’une seule main (AON, MAOA, Groupe Abass,  Veten, Haba, Mamy). D’autres vont émerger par la suite (Bouammatou, Tajidine, Ghadda), se consolider (Ciment de Mauritanie) ou naître carrément du néant à l’image de certains groupes que l’on taxe, à tort ou à raison, de devoir leur ascension fulgurante à leur proximité avec le nouveau pouvoir de Nouakchott.
Le lien entre tous est d’avoir découvert, à un moment ou à un autre, les opportunités incommensurables du « commerce » avec l’Etat servi, de plus en plus, par des responsables prenant, eux-mêmes, goût aux affaires, et contribuant de la sorte à une transformation – un transfert – du capital public en capital privé par le système des marchés très complaisants ou la cessation d’entreprises sous couvert de privatisations imposées par les institutions de Bretton Woods (Banque mondiale, FMI).
Le passage de l’économie à secteur public dominant a eu, par le passé, partout de beaux jours, et l’on peut même dire que, sans exception, elle fut un levier de développement social et un instrument essentiel de l’optimum économique. En Mauritanie, le milieu des années 80 du siècle dernier, constitue une rupture avec le désengagement brutal de l’Etat de secteurs économiques entiers qui, par le  système de vases communicants, basculent dans le giron d’un privé naissant certes mais montrant déjà des dents très longues.
Tout est parti d’une fausse prévision – d’une analyse – du contexte économique national calqué sur une similitude, irréelle et irréalisable, à court et moyen termes, avec l’environnement qui prévalait chez les voisins du nord (Maroc, Algérie, Tunisie) et du Sud (Sénégal notamment) de la Mauritanie.
On avait alors fait croire, au pouvoir de l’époque, à force de propédeutiques valables seulement dans un contexte de gouvernance démocratique, que le secteur privé pouvait être au cœur de la problématique du développement économique et social en raison notamment des implications que son développement peut engendrer sur l’ensemble du tissu économique et social d’un pays, qu’il peut contribuer à la réduction de la pauvreté à travers son rôle dans la croissance, la réduction des prix et la diffusion de l’information. Que la croissance permet une production des biens et services plus accrue;  laquelle favorise la création d’emploi et la distribution de revenus qui à leur tour permettent d’accroître la consommation des ménages en particulier pour les ménages pauvres. Autre hypothèse hautement improbable dans le contexte de la Mauritanie de 1985, et qui l’est encore, paradoxalement, aujourd’hui : Une offre plus abondante et une concurrence plus accrue contribuent à la réduction et à la stabilité des prix et favorisent ce faisant l’accès des pauvres aux biens et services offerts. Ou encore : La multiplication des initiatives privées renforce la diffusion des connaissances et le développement des échanges.

L’Etat cède la main à moindres prix

Les stratégies successives mises en œuvre depuis le milieu des années 1980, ont été axées sur le désengagement de l’Etat des principaux secteurs productifs et la privatisation des entreprises publiques desdits secteurs, la libéralisation des marchés et des prix, la libéralisation du commerce extérieur par l’élimination des barrières d’entrée et le renforcement du rôle du secteur privé dans la croissance de l’économie.
Dans le domaine agricole, par exemple, les facilités accordées aux opérateurs privés qui, du jour au lendemain se voient bombardés « grands producteurs agricoles » ont vu la naissance de sociétés écrans (SDPA, SAPAD, entre autres) appartenant aux groupes financiers qui avaient déjà la mainmise sur plusieurs secteurs économiques et qui s’en sont servies comme une sorte d’introduction en bourse, avec acquisition quasi gratuite de grands domaines (des milliers d’hectares de terres arables) et des facilités énormes dans l’octroi d’un crédit dont ils n’avaient pas en réalité besoin, et qu’ils vont plutôt réorienté vers leurs activités de commerce et d’investissement dans l’immobilier. La suite on l’a connait : des milliards d’ouguiyas perdus par l’Etat en créances – très – douteuses qui ont servi à affermir l’assise financière de ces groupes que tout le monde connait aujourd’hui.
En favorisant l’entrée du capital privé dans l’Agriculture irriguée, l’Etat n’a donc fait qu’accentuer les inégalités sociales dans la vallée du fleuve Sénégal. Au nom d’une « révolution agraire », qui, en trente ans, n’a pas donné de résultats probants, les mauritaniens important aujourd’hui encore, d’Europe, du Maroc, du Mali ou du Sénégal, plus de 70% de ce qu’ils consomment !
Le financement octroyé par l’UNCACEM (crédit agricole) sont souvent partis en fumée et ont probablement servi aux plus grands détournements dans l’histoire de la Mauritanie, avec, bien sûr, ce qui s’est passé, au cours de la décennie 1980-1990, dans le secteur de la pêche.
Une pratique qu’il ne faut certes pas circonscrire à la période de Taya, puisque, en 2008 et en 2009, la Mauritanie a vécu deux campagnes agricoles, toutes deux qualifiées de « révolution verte » et qui ont constitué, à cet égard le point culminant du pillage systématique des fonds publics mis à la disposition du Crédit Agricole. On parle de plus de 12 milliards d’ouguiyas qui ont été mobilisés pour le financement de cette campagne agricole 2008/2009 mais dont seulement moins de 30% seront investis dans le secteur agricole, alors que les 70% restant seront détournés en servant à financer des entreprises et des organismes fictifs. L’annulation d’un trait de crayon d’une partie de cette dette par le pouvoir d’ Ould Abdelaziz n’a été qu’une manière de couvrir des agissements qui se sont poursuivis avec l’inscription, au titre du plan d’urgence « Emel 2012 » d’une enveloppe de 45 milliards d’UM, d’une importante allocation au chapitre du développement rural.
A propos justement de ce programme d’urgence, la Coordination de l’opposition démocratique (COD) croit savoir que quelque 12 milliards d’UM ont été généreusement distribués, par le biais du gré à gré, à des hommes d’affaires proches du président de la République.
Au cours d’une table ronde dont l’objectif, selon la COD était d’évoquer « les duperies du pouvoir », le diplomate et ancien directeur général des Impôts, Sid’Amine Ould Ahmed Challa, a cité par leurs noms des sociétés qui auraient bénéficié de ces largesses qu’on croyait pourtant révolues au temps de la lutte contre la gabegie prônée par le president Mauritanien. Les sociétés indexées dans ces marchés à parfum de scandale sont : MAGI (un milliard d’UM), une société d’import (600 millions d’UM), la société GMCI (2,7 milliards d’UM), la société MATRIS (2,8 milliards d’UM).
Pour le transport des produits du plan d’urgence « Emel 2012 », les fédérations de transport auraient tout simplement été mises à l’écart au profit de la société DTTC, propriété d’un proche du président, et de surcroit haut fonctionnaire de l’Etat, qui aurait mis dans sa cagnotte des marchés ayant dépassés les 440 millions d’UM.

A chaque groupe sa banque

De l’avis d’experts, la consolidation des rentes en Mauritanie a été renforcée, parallèlement, à la naissance d’une classe de « nouveaux riches », par la facilitation donnée à chaque groupe parmi les plus grands du pays (Abass, AON, MAOA, BSA,Tajidine) de la possession d’une banque, synonyme de création de la monnaie et donc de financements sans restriction de nouvelles activités.
Dans ce domaine précis, tout est parti de la libéralisation de la politique de change qui s’est traduite par l’assainissement et la privatisation des banques. Paradoxalement, cette action qui devait se solder par le renforcement substantiel de leur contribution dans le financement de l’économie (avec une progression constante du taux des crédits) et la libéralisation des taux et des opérations sur devises, n’a pas pris la tournure escomptée. Le financement des banques reste en revanche orienté vers des opérations de court terme au détriment des opérations de long terme et donc de l’investissement. Les activités de commerce et de services prédominent dans la distribution des crédits (40% des crédits) alors que l’accès au crédit bancaire des micro, petites et moyennes entreprises demeure faible, les groupes financiers préférant consacrer leurs ressources à des secteurs (assurances, pêche, BTP, import-export) où ils rivalisent entre eux. Et au lieu d’exercer son pouvoir régulateur (de contrôle et non de retour au monopole), l’Etat favorise plutôt cette fuite en avant, en octroyant plus de facilités qui répondent exactement à l’adage qui dit « on ne prête qu’aux riches » : simplification des formalités de constitution des sociétés, réforme du code des investissements (suppression des exonérations et de l’introduction de régimes de points francs) et du code des marchés publics. Les principales mesures réalisées dans ce domaine à l’époque ont progressivement permis de réduire le taux maximum du droit fiscal sur l’importation à 20% de supprimer la taxe sur les exportation, de ramené le taux du BIC à 20%, d’allonger le report du déficit jusqu’à la 5ème année, de rendre la déductibilité de l’IMF à 100%, de permettre l’application d’un taux unique de 0,5% du droit d’enregistrement, de supprimer le droit proportionnel de la patente et d’élargir l’extension du remboursement de la TVA aux importations de biens d’équipement. Tant de mesures qui apparaissent aujourd’hui comme des faveurs faites à ceux qui mettaient toutes leurs forces à assurer leur mainmise sur l’économie du pays, tout en privilégiant des méthodes qui ramenaient tout au secteur informel, et donc privaient l’Etat et les citoyens des retombées d’une croissance économique sans réelle redistribution.

Pêche : les licences licencieuses

Jusqu’au milieu des années 80, on expliquait certaines richesses en Mauritanie par l’exploitation, qui profitaient à certains privilégiés, des richesses halieutiques du pays. Nouadhibou, mis au devant de la scène en 2007 par l’affaire de la drogue, était alors réputé pour ses armateurs qui ramassaient l’argent à la pelle, ses matelots prodigues et son luxe qui ne se retrouvait nulle part ailleurs, même pas à Nouakchott.
Mais depuis une décennie, le secteur halieutique connaît une déprime que d’aucuns considèrent comme le résultat d’une surexploitation des ressources maritimes, elles-mêmes une conséquence négative d’une politique des pêches irréfléchie menée par des pouvoirs qui n’avaient devant les yeux que le profit immédiat qu’ils tiraient d’Accords de pêche avec l’Union européenne, de la vente de licences « licencieuses » autorisant tous les agissements répréhensibles, au niveau de l’exploitation de produits à forte valeur commerciale, et de complicité avec des bateaux-pirates qui écumaient les mers Mauritaniennes sans scrupules. Tout le monde se rappelle encore du grand scandale qui a secoué ce secteur, la tristement célèbre « affaire Mahonova » qui a éclaté du temps de Ould Taya, à la fin des années 80, et qui avaient pour principaux acteurs, le ministre des pèches de l’époque, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, devenu président de la République, en 2007, Mohamed Salem Ould Lekhal, alors ministre des Finances, et Dieng Boubou Farba, ancien président du Sénat, gouverneur de la Banque Centrale à l’époque de l’éclatement du scandale et l’homme d’affaires aujourd’hui décédé Hmeida Oud Bouchraya.
 Aujourd’hui encore, beaucoup des grosses fortunes de ce pays restent attachées à la pêche et aux privilèges qui ont permis à certains de puiser des milliards d’UM rien qu’en rétrocédant des licences de pêche, généreusement offertes par l’Etat, à des armateurs étrangers (Français, Espagnols, Russes, Coréens ou Chinois).

La richesse par le bradage du domaine foncier

C’est un secret de Polichinelle : Le bradage du domaine public à Nouakchott notamment a permis à des citoyens de sortir de la précarité pour entrer dans la classe des riches ou d’autres qui l’étaient déjà d’ajouter des centaines de millions, voire des milliards, à leur patrimoine immobilier. Une anecdote raconte qu’une dame à laquelle un ancien ministre des Finances avait octroyé un terrain dans la zone huppée de Tevragh-Zeina a été surprise d’entendre le topographe dire qu’un carré de 20 lots appartient au frère d’une ancienne Première Dame ! C’était avant le changement du 3 août 2005. Mais ces pratiques, ont-elles pour autant cessé ?
D’aucuns pensent que non. La vente des Blocs A, il y a près de deux ans, censée servir à la restructuration du centre-ville de la capitale, avec la construction de  tours pour la SNIM, la BCM, le Ministère du Pétrole et de complexes commerciaux pour des hommes d’affaires qui auraient consenti à puiser dans leurs trésors pour payer au prix fort un mètre carré vendu à plus de 600.000 UM, est vue aujourd’hui comme la parfaite illustration que les pratiques d’antan n’ont pas cessé. Elle fut même suivie par la vente de l’ancien camp Fanfare qui sert aujourd’hui de dépotoir d’ordures et du transfert, d’ici peu, de l’actuel aéroport international de Nouakchott dans le domaine privé, au terme d’une transaction (troc) entre l’Etat les Groupes Ciment de Mauritanie et AON qui n’a pas fini de faire parler d’elle.
Autant dire que si la pêche et les secteurs du commerce et du BTP ont toujours été considérés comme la poule aux œufs d’or par certains mauritaniens, l’orientation des affaires vers l’immobilier est en train de donner une tournure, essentiellement mercantiliste, à la circulation des biens en Mauritanie.

Les nouveaux riches, un phénomène qui écorche la lutte contre la gabegie d’Aziz

Il est clair donc que la Mauritanie souffre, aujourd’hui plus qu’hier, de ces inégalités qui n’ont rien à voir avec les privilèges de la naissance ou du cursus. L’octroi de facilités dont on accusait le régime de l’ancien président Taya donne l’impression d’avoir repris aujourd’hui de plus belle pour permettre la constitution de fortunes –certains diront d’empires économico-financiers – en un temps record. L’Ordre Nouveau n’est, pour ainsi re, que la continuation de l’Ancien. « Rien, ne se perd, tout se transforme… »
MN

Source : Point Chaud

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